Top Caster | トップキャスター

Par , le 26 juin 2015

À défaut de regarder des séries de fraîche date scénarisées par Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Saikô no Rikon, Mother), je me plonge dans ses travaux plus anciens. C’est ainsi que Top Caster est récemment arrivé sur mon écran. Ce getsuku fut diffusé sur Fuji TV entre avril et juin 2006 et comporte onze épisodes ; comme souvent, le premier et le dernier durent quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

La présentatrice de journal Tsubaki Haruka est de retour à Tôkyô après huit années passées à New York. Elle revient au pays dans un climat assez particulier puisqu’elle l’avait fui suite à une erreur notable. Qu’importe, le directeur des programmes lui propose de prendre les rênes d’une émission télévisée et elle est bien décidée à en sortir victorieuse. Pour l’occasion, elle s’entoure de plusieurs collègues et choisit d’employer une jeune recrue comme assistante personnelle.

Si le Japon prouve régulièrement apprécier immerger son public dans le monde professionnel, l’univers des médias n’est, contre toute attente, pas des plus chéris. Comme son titre l’indique, Top Caster tente d’en faire la part belle, car il se déroule au sein de la rédaction d’un journal télévisé qui, pour être honnête, n’est assurément pas authentique. En fait, la série donne immédiatement le ton et s’apparente à un mélange bancal de plusieurs genres doté d’une réalisation banale et d’une musique poussive composée par un Satô Naoki (Orange Days, H2) que l’on a connu plus inspiré. Sans aucune surprise, le résultat final reste profondément basique et l’on en vient à se demander si le scénariste est vraiment celui qui, quelques années plus tard, est capable d’écrire de vraies pépites de sensibilité et de finesse. Parce qu’il faut l’avouer, ce n’est pas du tout le cas de Top Caster qui, outre ses nombreux écueils, opte pour un humour assez lourd n’hésitant pas à multiplier des blagues sur les flatulences et autres odeurs corpulentes peu ragoûtantes. Les personnages secondaires gravitant autour des héroïnes ne font qu’accentuer cette impression constante d’hystérie collective. Ça hurle un peu trop, ça gesticule dans tous les sens et tous paraissent idiots et incompétents. Naturellement, aucun n’a le droit à un développement satisfaisant et leur utilité semble plus que discutable. Pourtant, plusieurs acteurs sympathiques comme Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty), Matsuda Shôta et Namase Katsuhisa (Gokusen) se trouvent dans les parages, mais les individus qu’ils incarnent sont soit insipides, soit irritants. Leurs collègues féminines, à savoir Matsushita Nao (Gegege no Nyôbô) ou encore Sudô Risa (Shinya Shokudô), ne sont pas davantage choyées. De toute manière, même les pièces maîtresses de la fiction ne sont pas exploitées convenablement.

La légende de la télévision Tsubaki Haruka remet les pieds au Japon après l’avoir quitté avec perte et fracas. À l’époque, elle n’a pas perdu que son emploi parce qu’elle a aussi rompu simultanément avec son petit ami, Yûki Masato, devenu depuis un des décisionnaires de CNB Television. Forcément, quand elle retrouve un poste quelque peu similaire et son ex, l’ambiance est assez froide, mais cela ne la dérange vraisemblablement pas. Le directeur paternaliste arrondit les angles et doit sûrement être la caution amusement rigolo de la série pour son calme olympien. Haruka ne brosse personne dans le sens du poil, révolutionne tout sur son passage et instaure ses propres règles. En résumé, si elle revient, c’est pour faire les choses comme elle le souhaite. Sa forte tête est indiscutable et elle démontre à maintes reprises qu’elle sait où elle désire se rendre. Cette femme à poigne impressionnant autrui est incarnée par Amami Yûki (BOSS) à qui ce type de caractérisation va comme un gant. Pour autant, le personnage est rapidement décevant, car il ne tient pas ses promesses sur le long terme. Le premier épisode amène à imaginer une battante vivant pour sa passion et tentant de se détacher du carcan traditionnel japonais. Celle-ci se place presque en moteur en veillant à ouvrir les yeux à celle qu’elle cherche à pousser vers une voie plus active, la candide présentatrice de météo, Asuka Nozomi, qui travaille en attendant de trouver le mari idéal. Top Caster laisse croire à un message féministe pertinent et moderne avant de se prendre les pieds dans le tapis et ne rien développer du tout, préférant asseoir une mécanique répétitive où tout est bon pour multiplier les situations propices au sentimentalisme gratuit.

Chaque épisode repose sur un format similaire où le but est, pour l’équipe de Haruka, de dévoiler une exclusivité avant les concurrents. Impossible de ne pas éclater de rire en découvrant la qualité de ces révélations qui sont surtout très ridicules. Entre une supposée voyante, un médecin ayant commis une erreur médicale ou le suicide d’un homme, il n’y a pas grand-chose de bien trépidant. Cela n’empêche pas la journaliste de se penser investie d’un pouvoir divin et de prouver que la justice prévaut avant tout. Attendez, Haruka bat à plates coutures le meilleur des policiers ! Les espèces d’enquêtes illustrées dans Top Caster ne dégagent rien à part une morale bon marché favorisant les valeurs chères au Japon. Le registre parfois dramatique de ces affaires est souvent ruiné par l’humour douteux et redondant. Quoi qu’il en soit, Haruka décide dès son arrivée au Japon d’embaucher une assistante personnelle et la force à venir vivre chez elle et de la suppléer en tout. Oui, le principe est improbable et ridicule. Qu’importe. Nozomi (Yada Akiko – Last Christmas) est à première vue l’employée nippone typique rêvant au prince charmant. La série oppose constamment ces deux femmes et les fait se disputer, l’idée étant qu’elles cheminent progressivement pour se dépasser. L’amitié entre elles est palpable, mais peine à convaincre pour cause d’un classicisme rébarbatif. L’ajout d’une tonalité romantique avec l’ancien petit ami de Haruka, Masato (Tanihara Shôsuke – Magerarenai Onna, Tsugunai), n’est pas des plus réjouissants non plus. Qui plus est, cet homme change un peu de personnalité à tout moment, reproche qui pourrait presque être émis à l’encontre de bien des personnages. Les derniers épisodes leur mettent des bâtons dans les roues totalement artificiels et prévisibles, probablement afin d’injecter un peu de suspense préfabriqué. Bref, le perpétuel mélange des genres dans cette production donne le sentiment qu’elle se cherche une identité propre, comme si le scénariste ne pouvait choisir entre les affaires journalistiques et les relations entre les protagonistes.

Pour conclure, Top Caster est une série dépourvue d’originalité se contentant de répéter inlassablement un schéma monotone où son héroïne journaliste triomphe des adversités pour supposément dénicher le scoop du siècle. Cette fiction n’est pas profondément mauvaise, mais elle sombre dans les défauts habituels de cette flopée de j-dramas génériques où aucun élément ne réussit à divertir sur une durée convenable. Même les personnages demeurent incolores, voire pénibles, et l’interprétation régulièrement excessive laisse place à une frustration plutôt désagréable. En ne se montrant ni drôle ni touchant, mais plutôt incohérent et stupide, Top Caster ne parvient jamais à intéresser un minimum d’autant plus que tout est bon pour injecter une morale fort consensuelle, cela malgré des prémices encourageantes.


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