Doctor Who – The Day of the Doctor (50è anniversaire)

Par , le 30 juin 2015

Après plusieurs mises en bouche favorisant le suspense, The Day of the Doctor, l’épisode spécial commémorant les cinquante ans de Doctor Who, est arrivé à l’antenne le 23 novembre 2013. En dehors de sa diffusion évidente en Angleterre, ce téléfilm de soixante-cinq minutes est également sorti simultanément dans plusieurs pays, dont la France. C’est une démarche suffisamment rare pour être notée et l’on en vient à rêver que cela se fasse plus régulièrement. Aucun spoiler.

À Londres, au XXIè siècle, l’organisation UNIT réquisitionne assez brusquement le Docteur et Clara dans le but d’éclaircir les mystères se cachant derrière des peintures illustrant Gallifrey en proie aux flammes. Au même moment, à une époque différente, un individu s’apprête à anéantir la planète des Seigneurs du Temps et ses habitants afin de sauver l’Univers. Sa rencontre avec deux de ses futurs pourrait très bien l’amener à changer sa décision, voire à bouleverser l’ordre pourtant établi depuis plusieurs centaines d’années.

Pour être honnête, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec cette aventure très particulière. Ce n’est pas un secret, Doctor Who ne m’enthousiasme plus autant qu’avant depuis que Steven Moffat se trouve à ses commandes. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer pourquoi donc je ne vais pas me répéter de nouveau, au risque de radoter encore plus. Il n’empêche que je garde une profonde affection pour ce microcosme haut en couleur et il n’en faut pas beaucoup pour me satisfaire au moins provisoirement. Si cet unitaire avait été écrit par Russel T Davies, je l’aurais lancé les yeux fermés, mais comme ce n’est pas le cas, j’avais l’impression de m’engager sur un terrain miné. Je craignais d’être déçue parce que ce n’est pas tous les jours que l’on fête un anniversaire de cette trempe et il convient de mettre les petits plats dans les grands. Avec un format aussi court, quelques invités de prestige et une exploration d’un pan de l’histoire du héros jamais montré jusqu’alors à l’écran, il y a de quoi avoir le tournis. Alors, quid du résultat final ? Eh bien, sans surprise, les bons côtés se frottent à d’autres, moins satisfaisants. L’important est peut-être de regarder cet épisode comme un vibrant hommage à la série et de ne pas chercher à trop l’analyser, car les références sont omniprésentes, mais un peu plus de souffle ou d’émotions n’aurait pas été refusé.

The Day of the Doctor dispose d’une chronologie éclatée, avec trois intrigues spatiotemporelles différentes gouvernées par trois individus singulièrement identiques. Le téléfilm commence avec Clara donnant des cours à quelques élèves avant d’aller rejoindre Eleven qui l’attend dans le TARDIS pour une nouvelle pérégrination. Sauf que Kate Stewart, travaillant toujours à UNIT, ne trouve pas mieux que de plus ou moins involontairement transporter par hélicoptère le Docteur et sa compagne à Trafalgar Square. Tout en leur montrant une représentation en trois dimensions de Gallifrey au cours de la Guerre du Temps, elle délivre au héros un message provenant d’Elizabeth I. Cette peinture n’est pas totalement anodine puisqu’en dehors de son aspect technique original, elle est désormais vide de ses personnages. Où sont-ils passés ? En réalité, des extraterrestres métamorphes, les Zygons, sont derrière cette affaire et tentent d’envahir la planète. Cette intrigue reste superficielle, avouons-le. Simultanément, Ten est auprès de la Reine vierge et se prépare justement à combattre l’une de ces créatures venues d’ailleurs, tout en se faisant ouvertement draguer par la souveraine d’Angleterre qui paraît bien moins prude que l’évoque son surnom. Et, de manière tout aussi parallèle, un vieil homme appelé le Docteur, mais refusant ce titre, choisit de recourir à l’utilisation d’une arme de destruction massive, le Moment, susceptible de désintégrer les galaxies et, donc, d’anéantir le terrible conflit opposant les Seigneurs du Temps aux Daleks. Racontée de la sorte, l’histoire de cet épisode semble éventuellement confuse, voire ambitieuse, avec si peu de minutes devant elle. Ce n’est pas réellement le cas et la structure narrative demeure claire malgré un nombre incalculable de prises de liberté, dont certaines pouvant grandement irriter.

La Grande Guerre du Temps n’a, jusqu’à présent, jamais été illustrée à l’écran. Le Docteur l’a évoquée à maintes reprises et l’on sent systématiquement dans son regard et ses paroles la douleur sourde qui l’anime rien que d’y repenser. Il ne s’agit alors que de vagues zones d’ombre funestes. Tristement, l’approche proposée ici ne convainc que fort rarement. Ce qu’il y a d’autant plus regrettable, d’ailleurs, c’est que bien qu’habituellement, les travaux de Steven Moffat disposent d’une cinématographie léchée, celui-ci s’avère plutôt terne. Gallifrey s’apprête à disparaître et le téléspectateur ne ressent que trop partiellement la tragédie qui s’annonce. Parler de la mort de millions d’enfants est facile et ne permet aucunement de créer un véritable impact. D’aucuns répliqueraient qu’avec soixante-cinq minutes et un budget sûrement peu exaltant, les contraintes se veulent nombreuses. Certes, mais personne n’a jamais forcé qui que ce soit à l’illustrer, cette guerre. À ce niveau, la déception est donc de mise et pour pouvoir totalement adhérer au cas de conscience du Docteur, il faut en comprendre les enjeux. À la rigueur, tout ceci serait excusable si l’unitaire ne se fourvoyait pas dans un retournement de situation exécrable et des Seigneurs du Temps dépeints comme de pauvres victimes loin de tout reproche. Sans trop dévoiler ce qu’il en est, il convient uniquement de préciser que Steven Moffat choisit, encore une fois, de détruire ce qui a été construit auparavant pour le remodeler à son goût. Bien sûr, arrivées à la fin de l’épisode, les cartes sont redistribuées et en mesure d’alimenter à bon escient la mythologie de la série, mais là n’est pas la question. Le Docteur est un individu foncièrement perturbé par plusieurs de ses anciens comportements, dont ceux qu’il a commis au cours de cette guerre innommable. Avoir le culot de bouleverser la donne et, de surcroît, passer outre des points fixes supposés immuables, laisse pantois. The Day of the Doctor agace dans une certaine mesure avec son écriture présomptueuse, mais heureusement, malgré son récit imparfait, il ravit au plus haut point grâce à la réunion de ces trois visages du Docteur.

Ma version préférée du voyageur spatiotemporel étant celle de Nine, je dois admettre que j’aurais grandement apprécié qu’il soit de la partie, mais son interprète, Christopher Eccleston, ne l’entendait pas de cette oreille. Quoi qu’il en soit, l’épisode s’apparente à un délicieux régal avec ces retrouvailles étranges se dotant d’une alchimie assez incroyable. Effectivement, Ten, Eleven et le Docteur de la Guerre sont obligés d’interagir. Déjà, précisons que de revoir Ten fait extrêmement plaisir et rend presque nostalgique, car il rappelle l’enthousiasme et l’exaltation ressentis autrefois devant Doctor Who. Qui plus est, David Tennant est en grande forme et le scénario a la bonne idée d’employer un Ten proche de sa fin. Sa dynamique avec Eleven se révèle absolument jouissive, drôle et diablement enlevée. Les deux sont différents, portent le poids du monde sur leurs épaules à leurs manières tout en tentant régulièrement de donner le change à travers des phrases rigolotes. Les répliques savoureuses ponctuées de nombreux clins d’œil et le rythme entraînant occultent aisément les maintes faiblesses de l’histoire. Le Docteur de la Guerre n’est pas en reste et surprend même étant donné qu’il est loin d’opter pour une attitude grave et sombre. Au contraire, il se montre assez blagueur, ce qui semble en définitive presque normal compte tenu de ses diverses identités. John Hurt lui offrant ses traits effectue correctement son travail et laisse une impression somme toute satisfaisante. En tout cas, le trio fonctionne parfaitement à la télévision comme sur le terrain. Ils s’allient, se serrent les coudes et veillent à prendre des décisions parfois terribles ensemble. Après tout, les choix de l’un impactent ceux des autres. L’ajout quelque peu artificiel de Billie Piper amenait lui aussi une certaine crainte, mais elle se révèle totalement infondée et l’actrice possède un rôle discret, mais remarqué, indispensable au cheminement du Docteur de la Guerre, et apprécié. Inversement, Clara ressemble à une plante verte et la voir si proche d’Eleven chiffonne, car l’épisode a beau tenter de nous faire croire que les deux entretiennent une relation indéfectible, sa progression n’a jamais été croquée à l’écran…

Pour résumer, ce téléfilm célébrant le cinquantième anniversaire de Doctor Who a de quoi exalter les amateurs grâce à ses références et diverses apparitions surprises, ses dialogues ciselés et à la réunion délectable de plusieurs visages complémentaires de son superbe héros. Rien que pour son ambiance bon enfant et la tendresse dont il s’arme, cet unitaire plaît et divertit plus que convenablement. Pourtant, quelques éléments viennent légèrement gâcher ce tableau à première vue idyllique. L’absence de véritable souffle épique ou tragique, des procédés scénaristiques plus que discutables et une mise en scène moyennement engageante peuvent frustrer et amener à relativiser cet hommage qui, bien que sympathique, aurait pu être davantage mémorable.


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