Kodai Shôjo Dogu-chan | 古代少女ドグちゃん

Par , le 3 juillet 2015

Si les Super Sentai, Kamen Rider et quelques-unes de ces franchises apparentées viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on pense aux tokusatsu, il existe d’autres séries plus discrètes appartenant à cette catégorie fort particulière favorisant les effets spéciaux. Kodai Shôjo Dogu-chan est justement l’une d’entre elles. Cette production réalisée par Iguchi Noboru – notamment connu pour son film horrifique stupidement drôle Kataude Machine Girl – comporte douze épisodes de vingt-trois minutes diffusés sur MBS entre octobre et décembre 2009. Une sorte de suite intitulée Kodai Shôjo-tai Dogun V est sortie en 2010, mais elle ne reprend que le concept et non pas la majorité des personnages évoluant dans la fiction nous concernant aujourd’hui ; je n’envisage pas de la regarder, donc elle ne sera pas traitée sur Luminophore. Aucun spoiler.

Suite à certaines circonstances, un lycéen ressuscite une chasseuse de créatures surnaturelles japonaises et doit l’aider dans sa tâche.

Généralement, qui dit tokusatsu signifie qu’il importe de ne pas se montrer trop critique et de lancer la machine en partant du principe que le kitsch sera assurément de la partie. Sans surprise, Kodai Shôjo Dogu-chan dispose d’un budget anémique et chaque scène ne fait que le prouver. Après tout, cela ne nuit pas forcément à l’intrigue en tant que telle et il peut toujours être possible de s’amuser devant un spectacle assumant ses défauts. Car effectivement, la série ne se prend jamais au sérieux, joue de ses faiblesses, se tourne parfois en dérision et n’hésite pas à multiplier les passages profondément ridicules. Pour ne pas souffrir, il convient par conséquent de regarder les épisodes au minimum au trente-sixième degré, au risque sinon de frôler l’apoplexie. La forme n’arrange pas la situation avec de moches maquillages, des effets spéciaux et trucages en carton-pâte. L’audience visée est clairement différente des j-dramas plus traditionnels puisqu’outre le costume de l’héroïne, les gros plans sur la poitrine féminine et les sous-entendus sexuels pullulent, sans pour autant sombrer dans du vulgaire ou du salace. Tristement, les scènes de combats filmées assez platement se veulent consensuelles et sans une seule goutte de sang ou de violence. En fait, tout y demeure gentillet, probablement histoire de ne pas trop choquer la morale bien pensante. Cependant, ce n’est pas étonnant que la série soit passée dans la nuit, en catimini, à une heure où les stupidités sont davantage tolérables.

Alors qu’il est obligé de suivre son farfelu de père archéologue (Kamikawa Takaya – Warui Yatsura) dans la forêt, Sugihara Makoto met la main sur un curieux objet qui, en le touchant, fait revenir à la vie une chasseuse de yôkai issue de la période Jômon, soit la Préhistoire japonaise. Cette femme nommée Dogu-chan est dotée de pouvoirs spéciaux lui permettant de venir à bout des monstres envahissant régulièrement Tôkyô et manipulant les habitants. Pour cela, elle s’aide d’un dogû, une statuette en terre cuite qui, là aussi, sort de la norme, parle à coup de doki doki, bouge comme une hyperactive et s’avère non dénuée d’un sens de l’humour assez sarcastique. Dogu-chan a la particularité de manger de petites branches d’arbre, d’adorer la boue et d’avoir une forte poitrine qu’elle cache à peine. Naïve et simplette, elle tente de se faire au XXIè siècle et pour cela, elle espère bien être secondée par celui qui l’a ressuscitée, qu’il le veuille ou non. Makoto n’a donc pas le choix de se coltiner cette créature au demeurant bizarre, ce qui n’est peut-être pas un mal étant donné qu’il reste cloîtré chez lui depuis le décès de sa mère. Les voilà qui se lancent ainsi dans une lutte contre les êtres surnaturels du folklore nippon. Chaque épisode se borne à un cas à régler, souvent profondément idiot, et les incohérences se mêlent aux grossières facilités. C’est d’ailleurs l’occasion d’y retrouver quelques acteurs parfois connus et que l’on n’aurait jamais imaginé être de la partie comme, par exemple, Takenaka Naoto (Nodame Cantabile). Le charme innocent de Kodai Shôjo Dogu-chan repose grandement sur ses personnages principaux et la candeur s’en dégageant.

Dans les faits, Dogu-chan aurait tout pour irriter en raison de son absence totale de réflexion et de l’interprétation catastrophique de Yazawa Erika. Contre toute attente, elle finit par amuser et réussit même en fin de parcours à attendrir un peu. La conclusion se révèle effectivement plutôt inattendue et n’hésite pas à associer au reste décalé une tonalité douce-amère agréable. Certes, ne nions pas que voir la jeune femme courir, avec ces gros plans sur les rebondissements de sa poitrine, laisse perplexe – et de marbre quand on n’est pas du tout intéressé par la chose comme moi ! Aux côtés de cette chasseuse insatiable se trouve donc un lycéen incarné par le toujours très sympathique Kubota Masataka (Keitai Sôsakan 7). L’acteur effectue plus que correctement son travail en tant qu’ado un peu dépassé par la situation, souffrant de quelques blessures familiales, mais tombant rapidement sous le charme original de cette fille peu vêtue. Les deux forment une paire mignonne, à défaut d’être exaltante. Les amis du garçon, dont l’un est campé par Emoto Tokio, viennent se mêler à eux et débitent des dialogues tout aussi limités que le reste de la galerie. Ces aventures hautes en couleur se laissent regarder, car elles sont courtes et s’apparentent à des vignettes hautement fantasques même si, sporadiquement, la tonalité n’hésite pas à immiscer quelques relents plus dramatiques

En définitive, Kodai Shôjo Dogu-chan raconte les pérégrinations d’une chasseuse de yôkai en usant d’une tonalité totalement grotesque à même d’effrayer plus d’une personne. Les épisodes se doivent d’être regardés à un rythme très espacé afin de ne pas trop agacer ou ennuyer parce qu’en plus du scénario inexistant, le schéma reste mécanique. Avec son univers improbable choyant les monstres en latex et les costumes sexys mais pas trop, la série n’est qu’à destination d’une infime tranche de la population aimant rigoler devant des stupidités japonaises sortant quelque peu du carcan habituel. Les autres passeront sans regret leur tour puisqu’il faut l’avouer que ce j-drama est profondément idiot, bien qu’un tant soit peu attachant pour tant de naïveté ridicule.


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