Depuis quelque temps, les fins d’années sont désormais marquées par le retour sur nos écrans de Fais pas ci, fais pas ça. C’est donc sans surprise que la septième saison est arrivée sur France 2 en décembre 2014. Néanmoins, cette fois, elle ne comporte que six épisodes de cinquante-deux minutes, soit deux de moins que d’habitude. Une suite est d’ores et déjà prévue. Aucun spoiler.

Cette nouvelle salve d’aventures commence avec Valérie et Denis qui, visiblement, traversent une grave crise puisqu’ils décident de… divorcer ! Suite à cette séquence au demeurant dramatique pour le couple, la narration repart quatre mois en arrière. Difficile de ne pas soupirer face à ce procédé devenu presque galvaudé d’autant plus que l’on se doute que les Bouley n’iront pas jusqu’au bout. Un des premiers fils rouges repose par conséquent sur le pourquoi de cette séparation plutôt brutale et rapide. Malheureusement, tout y est profondément ennuyant et le dénouement se veut plus consensuel qu’autre chose. Denis s’empâte, notamment car il passe ses journées à manger et penser nourriture. Le voir aussi peu dynamique agace Valérie qui, de son côté, agit sans réellement réfléchir, en suivant ses pulsions du moment. Ces deux personnages se révèlent tout au long de cette saison respectivement insipide et irritant. Entre l’affreux Médusor, les séances auprès d’une thérapeute ridicule jouée par Sylvie Testud et des scènes redondantes, il n’y a pas quoi que ce soit de consistant. Par chance, Eliott sauve quelque peu cette famille du naufrage total étant donné qu’il continue de grandir tranquillement, en n’hésitant jamais à lancer quelques phrases assassines du plus bel effet. De toute manière, Fais pas ci, fais pas ça a toujours soigné ses répliques et elle le prouve encore cette année. Il n’empêche que chez les Bouley, le matériel est très moribond. Du côté des Lepic, le constat n’est d’ailleurs pas beaucoup plus reluisant.

Fabienne tolère difficilement le fait d’être désormais grand-mère et, en prime, le prénom de son premier petit-fils ne lui plaît aucunement. À ce propos, il paraissait légitime d’attendre un véritable développement concernant Christophe, Tiphaine et Kim, mais le récit choisit d’éviter cette toute jeune union. Effectivement, les deux mariés se plongent dans un projet utopique et irréaliste, jettent quelques-unes de leurs idées au gré des épisodes, et ressemblent presque à des plantes vertes. C’est à croire que les scénaristes ne savent pas trop que faire avec eux. La pauvre Soline subit le même sort parce qu’il faut avouer que son histoire avec FX survient déjà très tardivement et, de surcroît, se montre peu exaltante. Parmi les enfants Lepic, seule Charlotte possède suffisamment de matière solide pour convaincre. Presque majeure, elle commence à prendre son envol, doute beaucoup sur sa sexualité et offre par la même occasion à la série une jolie exploration du mariage pour tous. Son association piquante avec Eliott symbolise également l’une des réussites de la saison. Pour en revenir aux parents, Fabienne dispose d’agréables séquences, mais elles sont noyées dans d’autres, peu concluantes, surtout que ce qui lui arrive n’est, dans un sens, guère inédit. Renaud, lui, se sent revivre en partant sous les tropiques avant d’être confronté aux affres de la société capitaliste actuelle. Le personnage en lui-même détient une telle cote de sympathie qu’il parvient systématiquement à demeurer attachant. Cependant, l’ultime rebondissement susceptible de changer radicalement le paysage du voisinage laisse circonspect, ne serait-ce que parce qu’il est ridiculement amené. Se focaliser uniquement sur de la comédie de situation n’offre pas la possibilité à une quelconque fiction de s’installer correctement.

Bien qu’elle ne soit raccourcie que de deux épisodes, cette septième année de Fais pas ci, fais pas ça en souffre. Sans évoquer ses intrigues répétitives écrites de manière parfois fort paresseuse, elle chemine bien trop rapidement, voire brusquement en fin de parcours, et ne prend jamais la peine d’explorer convenablement ce qu’elle amorce. Le public a donc tous les droits d’en ressortir frustré parce qu’il aimerait que le récit se pose un peu plus. Ce qu’il y a de plus dommage, c’est que le divertissement tant attendu n’est que partiellement présent. Bien sûr, l’attachement pour ces familles subsiste, mais il n’est pas suffisant. L’humour des dialogues régulièrement acérés ne contrebalance pas les scénarios mécaniques. Cette année semble avoir opté pour une approche plus mature, avec des thématiques difficiles comme le divorce et l’adultère, et a laissé en retrait les débords bien trop surréalistes parasitant quelques saisons passées. Techniquement, ce renouvellement du registre ne gêne absolument pas, mais l’écriture oublie qu’il importe d’injecter également de vrais moments de comédie familiale rafraîchissante. Là, on s’ennuie devant tant de mollesse d’autant plus que le ton n’est plus aussi pétillant qu’avant. L’intrigue sur le baptême l’illustre totalement, car au lieu de faire preuve d’impertinence, le récit se prend les pieds dans du politiquement correct désagréable. Quoi qu’il en soit, ces aventures continuent de cultiver leur identité française et de dépeindre notre société, ce qui se révèle toujours plaisant. Par exemple, les références politiques se multiplient et font parfois bien rire, bien que tout cela reste assez inoffensif.

Pour résumer, les saisons précédentes de Fais pas ci, fais pas ça laissaient craindre le pire en se montrant si peu exaltantes. Est-ce que la série n’avait pas perdu tout ce qui faisait naguère son sel ? Cette septième année ne rassure absolument pas, voire tant à conforter l’opinion comme quoi les meilleurs moments sont désormais derrière nous. Outre un format raccourci très mal géré où la fin s’enchaîne à vitesse supersonique, les épisodes donnent surtout l’impression de ne plus avoir grand-chose à raconter. L’aspect mécanique prend le dessus sur la tendresse et, de surcroît, l’humour se veut bien trop ténu pour divertir convenablement. Que l’écriture s’essaye à un ton plus dur et amer n’est en aucun cas une tare, mais il convient de ne pas oublier d’amuser le public parce que là, il doit s’ennuyer plus que de raison !