Doctor Who – The Time of the Doctor (Christmas Special 2013)

Par , le 14 juillet 2015

Comme le titre du billet de ce jour l’indique plus ou moins explicitement, il est l’heure de faire ses adieux au Docteur, ou plutôt, à l’un de ses visages. À peine quatre ans après avoir endossé le costume du héros coloré de Doctor Who, Matt Smith s’en est allé au cours de cette aventure de Noël diffusée le 25 décembre 2013 sur BBC One. The Time of the Doctor dure une heure et représente également le huit centième épisode de la série. Aucun spoiler.

La dernière fois que le public a dit au revoir à une régénération de ce voyageur atypique, c’était avec le superbe duo The End of Time, qui marquait aussi la fin de l’ère Russel T Davies. Depuis, Steven Moffat a donc pris les commandes, mais si son protagoniste phare quitte le navire, ce n’est pas son cas à lui, malheureusement. J’avoue que j’aurais vraiment, vraiment aimé voir Eleven sous la houlette de l’ancien showrunner, mais bon, ça n’aura jamais été possible. Tant pis. Il n’empêche que ces épisodes symbolisant la conclusion d’une certaine époque gardent une tonalité particulière et sont davantage attendus que ceux s’insérant dans la trame routinière. En outre, il s’agit ici d’une histoire passée à la période de Noël, donc elle se doit également de disposer d’une atmosphère propice aux fêtes. Après une septième saison bancale, le défi semble par conséquent assez compliqué à relever. Tristement, ce n’est pas encore cette fois que l’on rangera ses critiques habituelles au placard, car l’unitaire en tant que tel laisse une sensation quelque peu mitigée malgré de jolies qualités.

Des vaisseaux abritant une multitude de races extraterrestres différentes se sont rassemblés en orbite autour d’une modeste planète quelque peu inconnue émettant un message dans tout l’Univers. Personne n’est parvenu à décrypter ce curieux signal, d’autant plus qu’un bouclier protège ce monde et empêche d’y mettre les pieds. Forcément, tout ceci intrigue le Docteur qui, lui aussi, souhaite comprendre ce qui s’y passe. Il embarque alors Clara fêtant de son côté Noël et choisit d’essayer de lever le voile sur cette affaire. Contre toute attente, il se pourrait bien qu’il ait un rôle très conséquent à y jouer…

Daleks, Cybermen, Anges Pleureurs, Sontariens, le Silence et plein de créatures diverses se regroupent autour de cet objet céleste anonyme ne dégageant pas grand-chose d’exaltant, mais attirant les foules. Et pour cause, il n’est autre que le lien vers les Seigneurs du Temps, car ces derniers envisagent vraisemblablement de réapparaître. Or, à part quelques rares individus, personne ne veut d’eux et chacun est prêt à tout mettre en œuvre pour éviter cette émersion soudaine. Le Docteur se retrouve coincé entre deux feux puisqu’il est le seul susceptible de ramener ses congénères. Pour cela, il lui suffit de répondre à une banale question transmise à travers une faille, une de celles de la saison cinq. The Time of the Doctor associe en effet tous les éléments apportés par Steven Moffat, quitte à ce que les téléspectateurs frôlent l’indigestion. Comme par hasard, en plus, Gallifrey revient sur le devant de la scène alors que l’on en parlait précédemment dans The Day of the Doctor. Quelle drôle de coïncidence, dites donc ! Le scénario cherche à relier tous ces pions, probablement dans le but de prouver qu’il a été pensé en amont et suit une logique implacable. Il y a de fortes chances que la réalité diffère et ce qui, de toute manière, nuit ici à l’ensemble, c’est que l’épisode ressemble à un vrai cafouillis. Bien sûr, boucler la boucle de la sorte est appréciable et illustre un certain savoir-faire, mais il importe de ne pas s’y adonner de façon aussi artificielle et parachutée. Les facilités, incohérences et raccourcis pullulent tout en s’acoquinant à un rythme effréné ne prenant jamais le temps de poser convenablement le cadre. Beaucoup d’hypothétiques intrigues sont disséminées, sauf qu’aucune ne s’installe dans la durée. Le personnage de Tasha Lem détenant maints points communs avec celui de River Song n’accentue que davantage cette impression de paresse scénaristique. En d’autres termes, malgré une volonté de répondre aux questions en suspens, le peu de subtilité ne permet pas à cette aventure de réellement convaincre. Tout y est expédié, à commencer par le départ d’Eleven qui n’a pas été suffisamment préparé auparavant.

Le Complexe Papal, une sorte d’église de l’espace, est arrivé le premier sur les lieux et, pour éviter tout débordement, a déployé un champ de force autour de la planète. La Mère supérieure, Tasha Lem, ne souhaite pas le retour des Seigneur du Temps parce qu’elle sait qu’une nouvelle terrible guerre s’annoncerait alors. Il se trouve que cette femme est une grande amie du Docteur et elle l’autorise exceptionnellement, avec Clara, à fouler le sol d’une commune appelée tout simplement Noël. Eleven est confronté à un dilemme moral en mesure de le diriger tout droit vers un sacrifice personnel. Le petit village méritait réellement d’être exploré, mais il demeure vide de contenu et ce n’est pas là qu’il faut chercher une quelconque empathie. Clara, elle, s’apparente à une jolie poupée sans identité véritable et la voir agir aussi bêtement à deux reprises n’arrange rien. Au moins, le scénario essaye vainement de lui adjoindre des antécédents familiaux, bien que tout cela se veuille peu concluant. Oui, comme répété à plusieurs reprises, l’épisode est un patchwork d’idées disparates. Dans tout ça, la onzième – enfin…, douzième si l’on se lance dans le nouveau méli-mélo dû au Docteur de la Guerre – version du Docteur tire sa référence. Le ton n’est pas grandiloquent et n’use pas d’emphase démonstrative. Non, Eleven s’en va tranquillement, s’éteignant presque comme une bougie arrivée en bout de course. Malgré tous les défauts précédemment relevés, la chronologie qui avance trop rapidement et les manques de l’écriture, ces adieux paraissent assez convenables. Le talent de Matt Smith n’est pas anodin tant il émeut à travers un regard et des dialogues, et c’est peut-être son départ à lui que l’on regrette… La vision d’une fameuse rousse figure dans les moments culminants de ce final touchant, à défaut d’être profondément bouleversant ou épique. Ce Docteur a vraisemblablement divisé l’audience en deux parties distinctes. Agaçant par ses enfantillages, son égoïsme, ses manipulations et le fait de ne jamais tenir en place plus de deux secondes, il a par la même occasion amusé. Derrière ces blagues et gesticulations se cachent des blessures vivaces, une mélancolie lancinante et des difficultés à porter le poids de l’Univers sur ses frêles épaules. La justesse du ton plaît, finalement, et ce n’est déjà pas si mal.

Pour conclure, The Time of the Doctor choisit de favoriser une ambiance intimiste et douce-amère avant de laisser s’envoler sa onzième régénération. Si l’épisode souffre d’un aspect bien trop compressé, que beaucoup d’éléments auraient daigné plus de développement, que d’autres s’apparentent à un puzzle aux pièces dépareillées, que la force émotionnelle n’est pas suffisamment intense ou que sa structure narrative manque singulièrement de fluidité, il a au moins le mérite de posséder de beaux moments. Pour cela, il convient sûrement de remercier Matt Smith qui, en dépit du temps imparti, réussit à toucher en plein cœur le téléspectateur dans les dix dernières minutes. Au bout du compte, cette aventure symbolise à merveille les écueils de la série depuis que Steven Moffat en a pris sa tête. Avec beaucoup de chance, tous ces tics d’écriture et facilités disparaîtront avec ce nouveau Docteur incarné par Peter Capaldi.


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