Toujours dans ma tentative de mettre de l’ordre dans mes dossiers, j’ai ressorti dernièrement une vieillerie cachée sous toute une couche de poussière virtuelle : Mukodono! Cette série composée de douze épisodes fut diffusée sur Fuji TV entre avril et juin 2001 ; comme souvent, le premier d’entre eux bénéficie de quinze minutes additionnelles. Le scénariste de cette production n’est autre qu’Izumi Yoshihiro, déjà connu pour ses travaux sur Yankee Bokô ni Kaeru ou encore Kurokôchi, ainsi que pour celui sur lequel il est actuellement penché, à savoir l’adaptation télévisée du manga Death Note. À noter que le j-drama nous intéressant aujourd’hui dispose d’une sorte de suite intitulée Mukodono 2003 ; elle sera traitée plus tard par ici. Aucun spoiler.

Aux yeux de la population, Sakuraba Yûichirô est un chanteur à succès faisant hurler ses fans en raison de son charisme et d’une machine commerciale bien huilée. Chacune de ses apparitions tourne presque à l’émeute et il vend ses albums comme des petits pains. En réalité, il n’est qu’un grand benêt passant tout son temps libre en survêtement. Lorsqu’il décidé de se marier avec la femme dont il est amoureux, son quotidien se corse sérieusement puisqu’il doit cacher à ses admiratrices qu’il n’est plus le célibataire qu’elles convoitent, mais aussi réussir à s’intégrer dans la famille de sa bien-aimée. Bien que son mode de vie change du tout au tout et que les épreuves s’accumulent, il refuse de baisser les bras.

Mukodono!, c’est avant tout le spectacle de Nagase Tomoya. Il ne semble pas inintéressant de rappeler le contexte entourant la sortie de la série. Effectivement, le Johnny’s était alors sur tous les fronts et sa popularité probablement à son maximum. Ce n’est pas tant qu’il soit désormais inconnu, mais il a laissé sa place à d’autres, beaucoup plus jeunes. Ici, le parallèle avec son parcours est particulièrement jouissif et, si l’on réfléchit à l’agence l’employant et ses moult règles, il paraît même étrange qu’il ait eu l’autorisation d’obtenir un rôle de cette trempe. Tout du moins, les premiers épisodes amènent cette impression, mais rapidement, la fiction montre qu’en dépit d’un ton parfois novateur et non consensuel, elle tombe immédiatement dans tous les écueils typiques du petit écran nippon. Comme d’habitude, se lancer dans une œuvre de cet âge induit quelques craintes légitimes vis-à-vis de son visuel et de sa mise en scène. Globalement, l’ensemble se tient et si les vêtements et autres costumes font souvent plus que kitsch, ils apportent une sorte de charme suranné attendrissant. Tout ce mélange participe à l’ambiance décalée, niaise et gentiment stupide. Malgré ce que le synopsis laisse imaginer, Mukodono! n’est en aucun cas une comédie romantique, mais une série familiale prônant maintes valeurs chères au pays et à ses habitants, cela avec tous les défauts et les qualités que cela implique.

Sakuraba Yûichirô n’était encore qu’un enfant lorsqu’il est devenu orphelin. La vie n’a pas été des plus faciles pour lui, ce qui ne l’a pas empêché de garder une grande joie de vivre. Plutôt que de se morfondre, il a choisi d’emprunter une voie lui permettant d’exorciser ses démons à travers ses chansons et d’offrir un sourire à ses nombreuses fans. Son existence suit un cours relativement tranquille. Il partage ses journées entre ses apparitions dans le monde du showbiz et ses moments de détente, là où il n’a pas à taire sa personnalité radicalement opposée à ce qu’il montre au grand jour. Seuls son manager et le dirigeant de son agence sont jusque-là au courant de sa véritable nature. Le premier, Hakozaki Otohiko (Danta Yasunori), veille au grain et rabroue constamment Yûichirô du fait de son attitude assez laxiste, tandis que le second lui accorde tous ses caprices en arrondissant systématiquement les angles. Cette équipe réduite fonctionne parfaitement et amuse régulièrement en dépit d’une mécanique redondante, les personnages ne sortant finalement guère du rôle dans lequel ils se trouvent. Cependant, Hakozaki tire son épingle du jeu par rapport au reste de la distribution assez ennuyante. Lorsque le chanteur rencontre la douce Arai Sakura, c’est presque le coup de foudre instantané surtout qu’elle ne le reconnaît absolument pas. Tout ce qu’il veut, lui, c’est l’épouser et couler des jours heureux, paisiblement. Depuis son plus jeune âge, il rêve de faire partie d’une famille et il a enfin l’opportunité de le faire. Sauf que sa carrière pose problème et il doit vivre caché, ne révélant à personne en dehors des Arai qu’il n’est plus célibataire. En effet, sa cote de popularité repose en grande partie sur l’idée qu’il n’ait aucune petite amie et qu’il se dévoue intégralement à ses fans possessives.

Le terme mukodono fait référence à une spécificité japonaise où le mari adopte le nom de sa femme. En s’unissant à Sakura, Yûichirô intègre simultanément la famille Arai dont les membres ont tous un caractère assez flamboyant. Ils résident sous le même toit, selon les codes en vigueur au Japon, et suivent donc toutes les règles inhérentes à cette situation. Forcément, l’irruption de l’artiste ne plaît pas surtout qu’il donne dans un premier temps l’impression de n’être qu’une poupée superficielle, mais alors quand ils réalisent le pot aux roses, autrement dit que le héros est naïvement candide, ils tombent des nues. Progressivement, les défenses s’abaissent, Yûichirô prouve sa bonne foi et son envie de vivre tous les moments d’une vie familiale. Il n’hésite pas à se mêler de ce qui ne le regarde pas et résout instantanément les problèmes au demeurant fades. Chez les Arai, le pouvoir repose entre les mains des femmes, sûrement parce qu’elles sont en position de force. Sakura a trois grandes sœurs au parcours respectivement chaotique. Elles sont traitées séquentiellement et ne réussissent pas à réellement marquer le public. Entre l’exubérante ayant fui son mariage (Akiyoshi Kumiko), une mère célibataire (Suzuki Anju) ayant une peur bleue des hommes et l’indépendante (Shinohara Ryôko – Unfair, Last Cinderella) entretenant une relation adultérine, il va de soi qu’elles sortent du carcan traditionnel. En ça, Mukodono! se révèle moderne étant donné qu’elle s’écarte quelque peu du chemin banalisé et tend à bouleverser légèrement les mentalités. Quoi qu’il en soit, Yûichirô se doit de conquérir ces sœurs qui ne se laissent pas aisément apprivoiser. En plus, il n’a pas de chance, car quand il parvient enfin à amadouer l’une, il froisse l’autre. Le patriarche (Utsui Ken – Gokusen) n’est pas d’un grand secours, lui qui se contente de rester perpétuellement borné tout en jouissant des avances d’une élève de son cours de thé. À côté des adultes gravitent également des plus jeunes. C’est d’ailleurs l’occasion d’y découvrir le Johnny’s Aiba Masaki (Last Hope) en ado émerveillé par sa prof (Koyuki) et Kamiki Ryûnosuke (Henshin) qui était alors haut comme trois pommes – et là, je suis fière de moi parce que je l’ai reconnu immédiatement grâce à son sourire. Malgré quelques invités comme Endô Kenichi et Tanihara Shôsuke susceptibles de changer de la routine, tous les épisodes reposent sur un canevas identique, comme si le schéma narratif de la série était immuable.

Impossible de le nier, Yûichirô est idiot et détient une personnalité fort lisse totalement improbable. Plutôt que de critiquer le fait qu’il se joue de ses admirateurs, le scénario cherche à prouver qu’il est un homme remarquable au grand cœur. Prêt à tout pour les siens, il surmonte les adversités et n’hésite pas à mettre de côté son propre orgueil. S’il n’est pas très futé, il compense par sa beauté, son charme et ses bons sentiments. Nagase Tomoya l’incarnant s’en donne à cœur joie et cabotine comme jamais. Au début, son interprétation amuse, mais à la longue, elle finit par user. Ces gesticulations et grimaces deviennent rébarbatives. Cela étant, Yûichirô et sa femme, Sakura, possèdent une sacrée alchimie et s’accordent à merveille. L’héroïne, campée par la sympathique Takeuchi Yûko (Pride, Bara no nai Hanaya), n’est pas des plus développées et se contente un peu trop d’être l’épouse du chanteur. Ne nions pas que voir les deux aussi ridiculement niais fait sourire. Chaque semaine leur délivre une nouvelle embûche, qu’elle soit liée à l’univers professionnel ou familial. La série se permet alors d’aborder des thématiques fédératrices comme l’ijime, la volonté de se détacher des traditions, l’absence d’un père, etc. La comédie est quasi constante tout en s’associant à des ressorts dramatiques peu heureux, dont une tendance au larmoiement. Ajoutons-y une bande-son favorisant les violons et l’écriture oublie la finesse, choisissant à la place de manipuler honteusement son audience. En fait, le scénario se révèle extrêmement forcé et, outre les répétitions, s’empêtre dans les facilités et coïncidences fortuites. À la rigueur, tout cela s’avère presque tolérable grâce à la bonne humeur digne d’une histoire des Bisounours, mais les derniers épisodes changent l’atmosphère en incluant un rebondissement mélodramatique gâchant totalement l’impression générale de légèreté insouciante.

Pour conclure, Mukodono! raconte les aventures hautes en couleur d’un chanteur quelque peu simplet préférant les disputes chaleureusement familiales aux artifices pailletés de la célébrité. À toute petite dose et à condition de laisser de côté son esprit cynique, la série demeure assez amusante parce qu’elle fait preuve de tendresse et d’humour. Toutefois, le format très schématique, les développements insipides, le surjeu parfois hystérique de certains et le sentimentaliste outrancier ont de quoi finir par lasser, voire irriter. Les fans de Nagase Tomoya sauteront sur l’occasion d’y retrouver leur artiste favori puisqu’il se veut égal à lui-même, mais les autres n’auront aucun scrupule à aller voir ailleurs tant cette fiction ne mérite pas un réel investissement.