Certes, nous sommes encore bien loin des fêtes de fin d’année, mais faisons comme si, d’accord ? Alors que je croyais être venue à bout de tous les tanpatsu qui traînaient dans mes dossiers, il me restait Pinjo no Merry Christmas. Cette série japonaise dont le titre peut être approximativement traduit par le Noël d’une célibataire ne comporte que trois épisodes de quarante-trois minutes chacun. Elle fut diffusée les 18, 19 et 20 décembre 2012 sur NTV. Aucun spoiler.

Noël arrive et Matsubara Kaede réalise qu’elle le passera encore une fois seule, sans petit ami. Elle ne s’en formaliserait pas plus que ça si son travail n’en pâtissait pas. Effectivement, elle a remarqué qu’elle était bien plus efficace lorsqu’elle était amoureuse. Or, comme sa principale mission est d’inventer des slogans et autres messages romantiques sur les cartes vendues par sa société, il est impératif qu’elle retrouve la flamme. Poussée par ses proches, elle décide d’essayer de trouver chaussure à son pied, mais elle semble déjà partir perdante…

Si en France, Noël se fête en famille, ce n’est pas du tout le cas du Japon où tout est fait pour concocter une soirée en tête à tête avec l’élu de son cœur. Sans grande surprise, la pression pour les célibataires est assez importante et beaucoup ne souhaitent pas demeurer seuls. Cela fait désormais trois ans que Kaede n’a pas ressenti grand-chose pour qui que ce soit. S’en plaint-elle ? Non. Tout son amour se concentre dans la papeterie dont elle raffole. Alors depuis qu’elle a réussi à obtenir son poste actuel où elle passe tout son temps dans les cartes, crayons et autres articles de ce genre, elle est aux anges. Tout aurait pu continuer tranquillement si elle ne se retrouvait pas au pied du mur. Sa muse semble l’avoir quittée et pour la récupérer, elle doit impérativement dégotter le prince charmant. Et fissa. Pour cela, elle peut compter sur l’aide de ses trois amis avec qui elle se réunit presque tous les soirs, boit de l’alcool et mange des petits plats cuisinés avec soin par l’unique garçon de la bande, Irie Wataru. Les quatre sont célibataires, se connaissent parfaitement et n’hésitent pas à se bousculer pour mieux avancer. En somme, ils forment un groupe soudé. Pinjo no Merry Christmas étant une série très courte, elle va directement à l’essentiel et ne s’embarrasse pas du superflu. Le rythme est ainsi soutenu d’autant plus que la structure narrative revêt une forme très particulière composée d’allers-retours réguliers, maximisant l’effet burlesque et presque décalé de l’ensemble. Même si la fiction favorise plusieurs décors typiques de Noël, dont des illuminations, elle ne fait pas preuve d’une atmosphère festive et empêche dès lors le public de ressentir un vrai esprit digne de cette période. Ce n’est pas grave, mais compte tenu de son cadre, il était légitime d’en attendre davantage. En revanche, elle utilise joliment la papeterie avec son générique, des métaphores filées ou le journal que tient Kaede. La mise en scène et la photographie se montrent tout aussi soignées, ne serait-ce qu’à travers les teintes feutrées dans l’appartement d’Irie, quand tous sont réunis et refont le monde. Quoi qu’il en soit, l’histoire est chronologiquement éclatée et l’on s’amuse à suivre les pérégrinations romantiques de l’héroïne qui se révèle sacrément défaitiste et, par moments, un poil démoralisante.

Afin de célébrer Noël en bonne compagnie, les deux amies de Kaede lui suggèrent d’envoyer un message à tous ses contacts masculins. Elle devra alors proposer un rendez-vous au premier d’entre eux qui répondra. Cette dernière n’est pas franchement emballée par ce projet, mais elle est quelque peu forcée de s’y atteler. Et la voilà qui se lance dans une course contre la montre, en espérant finir par ressentir un minimum d’exaltation et des étoiles dans les yeux, comme dans les shôjo mangas que ses copines lui ont prêtés pour se forger une expérience en la matière. Pinjo no Merry Christmas repose sur une idée classique favorisant l’éveil des sentiments, mais malgré plusieurs qualités, la personnalité de son héroïne tend à légèrement plomber l’impression générale. S’approchant de la trentaine, Kaede est une femme particulière et parfois presque bizarre, déconnectée et molle, bien que ses doutes peuvent aisément raisonner avec ceux du public. C’est surtout son ambivalence qui, à la longue, laisse perplexe. Elle dit vouloir être amoureuse, mais elle ne fait aucun effort, se complaît dans son échec et n’est pas capable de la moindre concession, comme si toute contrainte la bloquait. À croire qu’elle apprécie de voir le pire toujours arriver. En fait, elle n’a pas envie de se compliquer la vie et choisit la facilité. Elle paraît au final plutôt immature et qu’elle papillonne de la sorte accentue cette sensation. Heureusement, Kanjiya Shihori (Buzzer Beat, Love Shuffle) l’incarnant atténue sensiblement les lacunes psychologiques du personnage, sans pour autant lui permettre de se montrer foncièrement attachant. Ses camarades ne sont pas une seule seconde exploités et se contentent de la place de faire-valoir ou de représenter le mécanisme susceptible de la pousser dans les bras d’un homme. Les deux filles jouées par Tanimura Mitsuki (Cat Street) et Hiraiwa Kami sont drôles, mais Irie se révèle très fade et ce n’est pas l’interprétation plate de Tsukamoto Takashi (Kisarazu Cat’s Eye, Tiger & Dragon) qui améliore l’individu. Sinon, le supérieur hiérarchique de la jeune femme se veut particulièrement truculent. Les prétendants de Kaede sont plus intéressants et c’est notamment l’occasion d’y retrouver Hirayama Hiroyuki, Nakao Akiyoshi (H2) et Kaneko Nobuaki (Buzzer Beat).

Pour conclure, Pinjo no Merry Christmas raconte les efforts souvent infructueux d’une presque trentenaire désirant quitter son célibat alors que Noël s’apprête à prendre ses quartiers. Allant de désillusion en désillusion, elle est bien tentée de capituler, mais elle a la chance de pouvoir compter sur un trio d’amis toujours là pour la forcer à sortir de sa zone de confort. Bien que l’histoire demeure conventionnelle et que les personnages restent trop peu explorés, la série plaît assez par son rythme savamment déstructuré, son côté atypique et par son ambiance légèrement décalée et cocasse. Suivre l’héroïne au demeurant plutôt bizarre dans ses aventures romantiques s’avère dès lors truculent et amusant. Après tout, l’amour est embêtant, mais on ne peut s’empêcher de s’y diriger encore et encore. En d’autres termes, à défaut d’être franchement enthousiasmant, le divertissement répond à l’appel, ce qui est déjà satisfaisant.