Majo no Jôken | 魔女の条件

Par , le 12 août 2015

Tout doucement, je poursuis mon opération de tri par le vide de mes dossiers et je m’attelle à des vieilleries datant de Mathusalem. Je crois avoir récupéré Majo no Jôken lors de mes tous débuts dans le monde des séries japonaises, c’est dire à quel point elle y prend de la poussière. Sûrement en raison de sa distribution et de son sujet controversé, elle a réussi à demeurer assez connue malgré son grand âge. Effectivement, cette production – dont le titre signifie approximativement les conditions de la sorcière – fut diffusée sur TBS entre avril et juin 1999 et comporte onze épisodes ; seul le premier dispose de quinze minutes de plus que la quarantaine habituelle. Le scénario écrit par Yukawa Kazuhiko (Magerarenai Onna, Mahiru no Tsuki) est totalement original et non adapté d’un quelconque médium, chose présentement tellement rare qu’il est bon de le préciser. Aucun spoiler.

Hirose Michi travaille comme professeure dans un lycée et semble parcourir un chemin que beaucoup de femmes lui envieraient. Encore mieux, son petit ami vient de lui demander de l’épouser, et elle a accepté. Sauf que pour une raison qu’elle ne parvient pas à s’expliquer, elle n’est pas réellement heureuse. Sa rencontre avec Kurosawa Hikaru, un nouvel élève à la dérive, lui apporte ce qui lui manquait jusque-là. Malgré la morale, la loi et tout ce qui s’en suit, les deux décident de s’aimer.

Bien que l’intitulé de cette fiction le laisse transparaître, il n’est nullement question d’une sorcière sur son balai menant tout le monde à la baguette. Non, le scénario met à l’honneur une enseignante en apparence banale si ce n’est qu’elle s’empêtre dans une situation explosive qu’elle ne contrôle visiblement pas. Ce n’est pas la première fois qu’une série nippone s’adonne aux romances atypiques et vertueusement critiquables. Kôkô Kyôshi, dans sa version de 1993 comme de 2003, figure sûrement parmi les plus réputées avec Majo no Jôken. Compte tenu de son succès d’audience et des avis finalement plutôt élogieux la concernant, je m’attendais à en ressortir assez satisfaite. Je devrais savoir depuis longtemps que ce n’est pas parce qu’une production est régulièrement citée et vantée que cela signifie qu’elle mérite le coup d’œil. Oui, car il est incontestable que ce j-drama ressemble à une vaste farce improbable ne dégageant rien de probant. C’est bien simple, entre le scénario ridicule, les personnages incolores, la surenchère de pathos et les relations écrites à la truelle, il ne reste plus grand-chose à quoi s’accrocher. L’âge avancé de la série n’arrange rien tant la réalisation s’avère plate et que l’on ressent le poids des années. Seule la jolie chanson First Love d’Utada Hikaru permet de momentanément sauver les meubles.

À l’instar des femmes de sa génération, Michi doit rentrer dans le moule de la société et ne pas sortir des rangs. Pour l’instant, elle exerce dans un lycée, mais dès qu’elle aura épousé son fiancé, elle devra quitter son emploi, élever sa progéniture et s’occuper de son petit mari. Son père veille au grain et lui impose sa façon de vivre, qu’elle le veuille ou non. Majo no Jôken a l’excellente idée de critiquer cette influence patriarcale et la nécessité de demeurer dans le fameux chemin balisé, afin de ne pas se mettre en marge de tous. Le scénariste prouve encore une fois son envie de bousculer les habitudes extrêmement ancrées en modernisant de la sorte son propos. C’est notamment en partie pour cela que la série laisse un arrière-goût désagréable, car elle dispose d’un intéressant potentiel, mais elle s’embourbe dans un traitement et des rebondissements stupides. Voir une prof tomber sous le charme d’un élève pourrait, à la rigueur, se révéler tolérable si cela était crédible. Or, ici, ce n’est pas du tout le cas. Effectivement, le développement de la romance entre les deux héros est inexistant. Ils se rencontrent et, quelques jours plus tard, les voilà transis d’amour l’un pour l’autre, prêts à tout sacrifier pour poursuivre leur relation. Ils ne dégagent absolument rien ensemble comme séparément et, au lieu de tenter de faire cheminer leurs sentiments avec richesse et empathie, l’écriture préfère multiplier les artifices mélodramatiques grossiers. Le couple est en prime peu homogène ou sur un même pied d’égalité, le plus mature n’étant pas forcément le plus âgé.

Majo no Jôken s’attarde principalement sur les embûches se trouvant sur le parcours des amants. Tout le monde leur met des bâtons dans les roues et ils essayent tant bien que mal de s’en affranchir. Étonnamment, la fiction divulgue rapidement le pot aux roses et ne cache pas cette liaison. Michi n’hésite par exemple pas à clamer à une salle entière son amour pour son étudiant. La jeune femme est dans un premier temps effacée et se laisse porter par ce que l’on attend d’elle. L’incarnation sans saveurs de Matsushima Nanako (Yamato Nadeshiko) accentue cette torpeur ambiante et nuit à tout attachement envers ce personnage totalement inconscient. Pourtant, il paraît presque légitime de souhaiter la comprendre. Ce n’est pas tant Hikaru qu’elle aime, mais peut-être plutôt cette envie de transgresser la morale, de vivre pour elle et non pas par rapport à ce que son abusif et violent père (Tsuji Kazunaga) lui ordonne. Tout comme le lycéen, elle est perdue et ne sait plus que faire. Sa mère (Shirakawa Yumi) demeure en retrait, ce qui ne l’empêche pas d’être la figure la plus intéressante de la production ; son évolution progressive fait plaisir, elle qui prend courage grâce à sa fille à l’attitude peu lucide. Quoi qu’il en soit, Michi manque de volonté, peine à choisir, se préoccupe perpétuellement du regard des autres et son indécision amplifie les problèmes qui s’accumulent rapidement autour d’elle. L’élève en question, Hikaru, n’est pas beaucoup mieux loti et s’empêtre dans une succession de clichés.

Rebelle et régulièrement renvoyé des établissements qu’il fréquente, Hikaru subit l’absence d’un père et le comportement limite tendancieux de sa mère possessive. C’est le Johnny’s Takizawa Hideaki (Strawberry on the Shortcake) qui interprète ce garçon normalement blessé, mais qui, en réalité, n’est qu’une coquille vide. Il est jeune et qu’il soit fasciné par Michi s’excuse aisément. En revanche, que la prof réagisse de la sorte à ses sentiments ne s’explique pas du tout. Rapidement, les deux vivent une histoire à la Roméo et Juliette. Les collègues de l’école, dont un joué par Nukumizu Yôichi, réprouvent l’attitude moralement discutable de Michi, et voilà les deux qui consomment leur relation dans la bibliothèque, partent à la recherche d’un individu du passé de Hikaru, fuient la police qui n’a pas l’air de réellement s’inquiéter, et souffrent terriblement d’être autant reniés par la société. Les ressorts scénaristiques comme la caricaturale amie jalouse de Michi (Nishida Naomi), le fiancé aveuglément idiot se faisant honteusement manipuler et, surtout, la mère toxique et surprotectrice du héros (Kuroki Hitomi – Otome-san), sont poussifs et redondants. À ce sujet, cette dernière représente l’élément le plus irritable de la fiction, ne serait-ce qu’en raison de son comportement incompréhensible. Majo no Jôken ne fait que répéter inlassablement le même récit, ennuyant profondément le public. C’est d’ailleurs assez antithétique, car si tout avance brutalement, le rythme demeure profondément lent. La fin symbolise en outre à merveille la stupidité ambiante.

Pour résumer, Majo no Jôken illustre les déboires sentimentaux interdits d’une enseignante irresponsable et de l’un de ses élèves tout aussi perdu qu’elle. Alors qu’ils ne demandent qu’à vivre leur amour tranquillement, ils sont confrontés à de nombreux obstacles. En dépit d’une critique en filigrane des attentes excessives de la société japonaise et de son fameux compresseur de l’originalité, la série s’apparente à une vaste farce inepte où tout est bon pour préfabriquer des drames et compliquer inutilement une situation excessivement pathétique. Entre les protagonistes à la personnalité et à l’intérêt inexistants, la redondance du scénario, les comportements ridicules et improbables, et le manque total d’alchimie au sein du couple de héros, il ne reste rien à quoi s’accrocher au cours du visionnage qui en devient, par conséquent, profondément douloureux.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Katzina• 25 août 2015 à 15:25

    Oh, il était donc si mauvais que ça ? :D Je l’ai vu il y a bien longtemps, à l’époque où j’étais beaucoup plus indulgente (je m’en rends compte en relisant mes vieux billets en ce moment !). Ce qui est certain, c’est que quand Yukawa Kazuhiko se plante, il ne le fait pas à moitié, j’ai pu le voir il y a 2 ans avec l’asadora Jun to Ai. Allez, un de moins sur ta liste de vieilleries, courage ! ^^

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 25 août 2015 à 22:04

      J’ai vraiment trouvé cette série affligeante ^^;;;. Peut-être que, comme toi, je l’aurais davantage appréciée en débutant les j-dramas, mais maintenant, pas du tout. Pourtant, justement, avec Yukawa Kazuhiko aux manettes, je me disais que ça s’annonçait pas mal même si je n’ai pas été spécialement convaincue par un autre de ses anciens scénarios (Mahiru no Tsuki). En tout cas, je continue de garder Jun to Ai barrée parce que là, pour le coup, la souffrance risque alors d’être longue si je m’y mets !

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