Strawberry on the Shortcake | ストロベリー・オンザ・ショートケーキ

Par , le 26 août 2015

Poursuivons donc les fouilles archéologiques de la télé nippone avec une énième vieillerie : Strawberry on the Shortcake. Cette série scénarisée par Nojima Shinji (Pride, Bara no nai Hanaya, Love Shuffle) que l’on ne présente normalement plus fut diffusée sur TBS entre janvier et mars 2001. Elle se compose de dix épisodes durant quarante-cinq minutes chacun, à l’exception du premier et du dernier qui disposent d’un petit quart d’heure additionnel. Un remake sud-coréen est sorti courant 2014, SOS Nareul Guhaejwo (SOS Save Me). Aucun spoiler.

Irie Manato ne supporte que difficilement sa morne existence et pour ne pas y être directement confronté, il décide de jouer un rôle quand il se trouve en compagnie d’autrui. Au moment même où il rencontre la pétillante Misawa Yui, il comprend qu’il souhaite conquérir son cœur envers et contre tout. Sauf que cette jeune fille, elle, aime un autre et, de surcroît, s’apprête à devenir sa demi-sœur. Doit-il étouffer ses émotions et accepter, par exemple, de se rapprocher d’une camarade de classe qui n’est visiblement pas indifférente à son charme ?

Dans les années 1990/2000, les histoires de Nojima Shinji avaient le vent en poupe, trustaient les audiences et plaisaient pour leur sensibilité et leur capacité à dépeindre efficacement les sentiments. Sans surprise, Strawberry on the Shortcake est un nouveau récit romantique ; en prime, il ne croque pas une seule relation, mais plusieurs liées entre elles. La série s’attarde en effet sur une sorte de carré amoureux autour duquel gravitent quelques électrons libres. Quand vous souhaitez déguster une pâtisserie, commencez-vous par la fraise la surplombant ou, au contraire, réservez-vous la pour la toute fin ? Si l’on se fie aux propos narrés dans les épisodes, il y a de fortes chances pour que vous soyez quelqu’un de passif dans le second cas alors que dans le premier, vous prenez le taureau par les cornes en décidant vous même de votre destin. Irie Manato et sa voisine et camarade d’enfance Sawamura Haruka s’opposent ainsi à Misawa Yui et à Saeki Tetsuya, un jeune adulte bloqué au lycée pour diverses raisons. Quatre protagonistes pour quatre caractères différents. Chacun cherche à se construire, doute, peine et veille à ne pas se perdre au passage, car il semble toujours plus facile de suivre le mouvement et de se mentir au lieu d’affronter la vérité et ses propres craintes. Dans une certaine mesure, Strawberry on the Shortcake dépeint des sujets fédérateurs et se focalise plus particulièrement sur les relations amoureuses au sein d’un établissement scolaire.

Pour échapper à la réalité, Irie Manato s’est créé une personnalité totalement imaginaire et se cache derrière des lunettes inutiles. S’il en est quelque peu conscient, il ne s’en formalise pas et préfère perpétuellement endosser ce rôle de composition plutôt que de se frotter au monde. Cet adolescent vit seul avec son père et ne mérite pas d’être plaint. Ses journées s’écoulent tranquillement, trop peut-être, parce que sa vie est dénuée d’étincelles. Pour autant, il ne fait rien pour la changer et reste prostré dans son attitude indécise et son manque de courage flagrant. Manato n’est pas un personnage foncièrement attachant et le voir si timoré finit rapidement par ennuyer. L’interprétation du Johnny’s Takizawa Hideaki (Majo no Jôken) n’est pas des plus inspirées, ce qui n’arrange forcément pas la situation. Dans tous les cas, quand une jeune fille guillerette au manteau rouge l’aborde sur un pont et lui lance un défi, il est intrigué, voire charmé. Qui est cette Yui ? Comment peut-elle être aussi insouciante et taquine ? Alors qu’il rêve de la rencontrer de nouveau, il apprend qu’elle s’apprête à venir vivre chez lui, la mère de celle-ci épousant son propre père. Manato est ainsi livré à un cas de conscience. Certes, Yui ne partage aucun lien de sang, mais elle demeure sa demi-sœur et puis, surtout, elle ne paraît pas du tout amoureuse de lui, à son désarroi. Les épisodes s’attardent sur la dynamique les unissant qui semble presque vouée à l’échec ; la narration de Manato au ton mélancolique laisse augurer un épilogue pessimiste. Il n’empêche que les pions sont régulièrement chamboulés, la série ayant pour elle d’entretenir les possibilités ouvertes.

Si Manato est renfermé comme une huître, Yui est tout l’inverse. Ingénue, boute-en-train et vive, elle fait preuve d’une grande détermination et choisit de tout mettre en œuvre pour arriver à ses fins. Que l’élu de son cœur soit attiré par une autre ne la freine absolument pas. Quitte à devenir agaçante, elle le suit partout et ne recule devant aucun obstacle. Son obstination mérite d’être saluée si ce n’est qu’elle finit rapidement par tourner à l’obsession et au ridicule comme le démontre la conclusion de la fiction sombrant dans des rebondissements excessivement dramatiques et, surtout, hautement non crédibles. En fait, la série veille à ne pas se contenter des ressorts scénaristiques éculés et préfère opter pour une approche plus adulte, avec une réflexion plus poussée, moins adolescente. De la sorte, elle prend le temps de développer ses héros, ce qui est, techniquement, une excellente chose, même si le résultat global reste peu convaincant. Dans tous les cas, l’écriture cherche sûrement à rendre le personnage de Yui mignon et attendrissant, mais c’est tout le contraire qui se passe. Qui plus est, Fukada Kyôko (Kamisama Mô Sukoshi Dake) lui offrant ses traits est d’une telle médiocrité qu’elle accentue les lacunes latentes. C’est très simple, l’actrice donne encore une fois l’impression de pavaner. La relation entre Yui et Manato est à l’image des protagonistes séparément : rébarbative. Les deux ne disposent pas d’une véritable alchimie et plombent régulièrement la série, car si l’on ne s’attache pas à ceux-ci, il ne subsiste plus grand-chose à quoi se raccrocher. Heureusement, leurs amis complétant le quatuor romantique se veulent plus consistants et intéressants.

Manato se prend d’affection pour Yui. Yui est amoureuse de Tetsuya qui, lui, en pince pour l’une de ses enseignantes, Asami Mariko (Ishida Yuriko – Sayonara Watashi), n’ayant pas encore réussi à faire le deuil de son mari décédé. Tetsuya est bien plus âgé que ses camarades de classe puisqu’il a redoublé plusieurs fois, apparemment en raison d’une maladie assez grave. Il a surtout pour lui d’être campé par un Kubozuka Yôsuke (Ikebukuro West Gate Park, Long Love Letter) virevoltant. Ce lycéen majeur donne l’impression de se laisser porter et de s’amuser perpétuellement, mais il sait se montrer davantage réfléchi et mature. Bien que sa liaison avec la prof soit incolore, le personnage en tant que tel égaye grandement la série qui en a rudement besoin tant elle se révèle redondante. Les épisodes se ressemblent tous, avancent très lentement et tout tourne autour de relations peu engageantes. Tatsuya n’est toutefois pas le seul à sortir légèrement des sentiers battus étant donné que la voisine de Manato, Haruka (Uchiyama Rina), s’avère sympathique. Elle a un faible pour le héros depuis presque toujours, sauf qu’elle n’a jamais osé le lui avouer. Sa lucidité et son évolution plaisent, et elle paraît bien l’une des rares à progresser au fur et à mesure du déroulement de l’histoire. D’ailleurs, ses moments avec Tatsuya apportent une dose d’humour et de gentilles disputes salvatrices. Les chansons d’ABBA entendues de-ci de-là, à savoir Chiquitita et SOS, rythment également ces aventures qui tendent à trop régulièrement sombrer dans une torpeur ambiante, non dénuée d’un soupçon nostalgique. Il est en plus amusant de retrouver ces compositions occidentales, surtout qu’elles commencent à dater et qu’elles offrent un contraste plutôt agréable avec ce qui se passe devant nos yeux.

Pour résumer, Strawberry on the Shortcake plonge dans un lycée où quatre individus essayent tant bien que mal que de se forger une identité propre, tout en veillant à choyer la personne faisant battre leur cœur plus vite. La série en tant que telle n’est pas mauvaise d’autant plus qu’elle cherche à explorer finement ses protagonistes et qu’elle évite toute grossière prévisibilité, mais elle ne parvient que très rarement à impliquer émotionnellement son audience qui a de quoi bâiller devant ce scénario délayé si redondant et peu exaltant. Le héros falot et sa demi-sœur égocentrique rapidement agaçante ennuient, et les autres élèves ont beau être plus intéressants, ils ne sont pas suffisants pour contrer cette romance scolaire se voulant vainement plus réfléchie et sérieuse que d’habitude. Un peu plus d’énergie, d’humour et d’entrain auraient au moins été nécessaires pour rendre le visionnage un minimum satisfaisant.


2 Comments

  1. Caroline
    Dramafana• 2 septembre 2015 at 14:28

    C’est marrant, parce que je viens commenter cet article, alors que j’étais venue chercher autre chose à l’origine sur ton blog.
    Mais voilà, il se trouve que ce drama-ci m’intrigue depuis un moment. J’ai lu déjà pas mal de critiques à son sujet – car, en effet, ce drama fait partie de ceux que l’on ne présente plus! – et ton avis vient corroborer un peu ce que j’ai pu lire par ailleurs.
    Pourtant, j’avais commencé à le visionner il y a un bon moment de cela et je l’avais mis de côté, car le tout début me plaisait. Je pense que je le regarderai un jour dans son intégralité. Je ne me souviens plus très bien, mais je pense que j’ai vu 1 épisode et demi, ou quelque chose comme ça!
    Je pars avec l’avantage de savoir que je risque d’être déçue, mais tant pis, je vais tout de même prendre ce risque…

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    • Caroline
      Caroline• 2 septembre 2015 at 21:15

      Pour tout te dire, le premier épisode m’a paru plutôt sympathique et je m’attendais donc à ce que la suite soit dans cette veine. Malheureusement, j’ai trouvé que plus la série avançait, plus la qualité déclinait. Après, cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit mauvaise, mais j’avoue ne pas du tout comprendre le pourquoi de sa renommée. Dans tous les cas, j’espère que, toi, tu y adhéreras davantage ^^.

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