Hotaru no Hikari | ホタルノヒカリ (saison 1)

Par , le 4 septembre 2015

Après toutes ces reliques du petit écran japonais nous ayant occupés récemment, il est l’heure de revenir à une fiction plus jeune ; bien qu’en y réfléchissant, elle commence aussi à dater. Toutefois, elle est probablement plus connue et affectionnée parmi les amateurs, sûrement parce que la comédie romantique a toujours la cote. Discutons donc de Hotaru no Hikari si vous le voulez bien, et plus particulièrement de sa première saison constituée de dix épisodes diffusés sur NTV entre juillet et septembre 2007 ; le premier et le dernier sont rallongés d’une dizaine de minutes. Il s’agit d’une adaptation du josei manga en quinze tomes du même nom de Hiura Satoru, publié entre 2004 et 2009 au Japon, et disponible en France sous le titre Hotaru. Fort du succès de ce passage à la télévision, la série a repris l’antenne en 2010 avant de se conclure en 2012 avec un film ; les deux seront traités plus tard sur Luminophore. Aucun spoiler.

Amemiya Hotaru mène une existence paisible lui convenant parfaitement. Le jour, elle travaille dans une entreprise de design intérieur, collabore gaiement avec ses collègues et s’apparente à l’archétype de la jeune femme peaufinant son apparence. La réalité est tout autre puisque dès qu’elle met les pieds dans sa maison, elle endosse un survêtement, se coiffe n’importe comment, s’affale par terre et boit de la bière. Ce qu’elle aime, elle, c’est de rester seule, tranquille, sans personne à l’embêter. L’amour ? Elle s’en fiche royalement. Mais lorsqu’un nouvel employé arrive, les choses semblent progressivement changer.

N’ayant pas lu la version à bulles et ne m’étant pas des plus renseignée sur l’histoire en tant que telle, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je serai par conséquent incapable de préciser si cette transposition à l’écran est fidèle. Il n’empêche qu’il paraît assez évident que le style et l’ambiance sont calqués sur le manga tant les réactions y sont amplifiées, surjouées et, donc, pas toujours des plus crédibles. Hotaru no Hikari n’est pas une comédie romantique habituelle au sens où l’on entend en dehors du Japon. Effectivement, le cabotinage des acteurs est quasi perpétuel et les marques d’affection sont presque inexistantes. En cela, si l’on souhaite de grandes effusions ou une certaine finesse, ce n’est pas du tout vers cette série qu’il faut se diriger, au risque de subir une sacrée douche froide. D’ailleurs, les débuts sont assez poussifs puisque l’héroïne en fait beaucoup et a de quoi irriter à gesticuler et à se montrer aussi excessivement idiote et peu futée dès qu’il est question de ses interactions avec autrui. C’est à croire qu’elle n’a jamais vécu avant que sa trombine ne s’affiche à l’écran. À condition d’accepter ce parti pris et un registre humoristique finalement assez japonais, le visionnage ne devient pas du tout déplaisant malgré une approche classique, voire convenue. En tout cas, ce n’est pas du côté de la réalisation qu’il importe de chercher de l’originalité, car elle se veut basique, et la musique composée par Kanno Yûgo (Last Christmas, Innocent Love) est jolie, à défaut de se révéler inoubliable. De toute manière, l’alchimie et les caractérisations des protagonistes sont plutôt ce qui est nécessaire dans une histoire de cette trempe.

Hotaru no Hikari illustre deux fils rouges assez distincts, mais gouvernés tous deux par une même dominante qui, évidemment, est celle de l’amour. Hotaru est en apparence une héroïne bien sous tous rapports, prenant soin de sa petite personne et ne sortant pas des sentiers battus. En vérité, elle est ce que l’on appelle une himono onna, soit littéralement une femme-poisson séchée. Au lieu de courir les rendez-vous et de mener une vie sociale digne de ce nom en dehors de ses heures de travail, elle choisit de rester entre les quatre murs de son domicile, de paresser et de se détendre comme elle le souhaite. Son look est plus que négligé entre ses vêtements troués, son palmier sur la tête et le fait qu’elle dorme sous des journaux ! Elle n’a aucune envie d’entretenir une quelconque relation, notamment parce qu’elle trouve ça fatigant et susceptible de lui procurer plus de désagrément qu’autre chose. Son célibat, elle le cultive. Au sein d’une population veillant à ce que tous soient performants et où les femmes se montrent irréprochables, cette série apporte un vent d’air frais plus que réjouissant. Si Hotaru finit par changer d’avis sur les liens amoureux, cela ne signifie absolument pas qu’elle se force à devenir ce qu’elle n’est pas. Derrière l’humour, l’écriture délivre en filigrane une critique ironique des attentes de cette société conformiste. L’idée est de faire comprendre au public que personne n’est parfait et qu’à partir de l’instant où ce que l’on fait plaît, où est le problème ? Rien que pour ça, le j-drama satisfait et rend cette héroïne plutôt attachante en dépit de son idiotie parfois prédominante et de sa candeur digne d’une enfant. Elle doit être poussée, bousculée dans ses fondements et, au départ, ne parvient pas à avancer d’elle-même. C’est au contact de son patron, le buchô, Takano Seiichi, qu’elle amorce tout doucement sa prise en main, en conservant tous ses défauts.

Suite à certaines circonstances, Hotaru n’a pas d’autres choix que de cohabiter avec son supérieur hiérarchique momentanément séparé de son épouse. Quand celui-ci découvre le pot aux roses, autrement dit que son employée n’est pas du tout la femme posée qu’il croit être et qu’elle se métamorphose tous les soirs, il tombe des nues. Elle est aussi dispersée et laxiste qu’il est maniaque et strict. Évidemment, les disputes s’enchaînent à vitesse supersonique, mais l’audience voit bien que derrière se cache une évolution des sentiments et que Seiichi se laisse attendrir. En vivant ensemble, les deux progressent, apprennent de leurs erreurs et réfléchissent sur leur futur. Le rayon de lumière de la série est ce manager incarné par un Fujiki Naohito (Itoshi Kimi e, Kôkô Kyôshi 2003) enthousiaste. Cet homme donne l’impression d’être froid, sérieux et imperturbable, mais il semble surtout seul et apprécie le contact de cette femme survoltée. Il n’hésite pas à la critiquer et la moquer si ce n’est que ses attaques caustiques sont généralement justes et ressemblent plus à des piqûres de rappel pour qu’elle ne subisse pas sa vie et en devienne spectatrice. L’alchimie entre ces deux protagonistes illumine et pimente les épisodes ponctués de dialogues savoureux. Ils interagissent sans fard et charment par leur complicité et un naturel plus que réjouissant. Bien que le personnage inexpérimenté de Hotaru ne soit pas dénué de défauts et souffre d’une maladresse exagérée, l’interprétation d’Ayase Haruka demeure tout à fait satisfaisante et prouve que l’actrice sait sortir de son registre habituel bien plus dramatique. Contre toute attente, alors que l’on se doute tous que Hotaru et son manager sont faits l’un pour l’autre, le scénario mène l’héroïne vers une direction opposée, celle de son collègue pour qui elle s’imagine avoir le béguin.

Quand Teshima Makoto revient dans l’entreprise après quelques années d’absence, la timide jeune femme a le coup de foudre. Pour la toute première fois de sa vie, elle est amoureuse ! Sans aucune surprise, elle est totalement incapable de tenter de faire le premier pas, voire de répondre aux avances étranges de ce dernier qui, étonnamment, semble envoûté par sa consœur. Grâce au soutien indéfectible de son supérieur, elle ose et s’arme d’un minimum de courage. Autant la relation maîtresse de la série est pétillante, drôle et attendrissante, autant la connexion reliant Hotaru à Makoto est d’une incroyable platitude. Le jeu raide et figé de Katô Kazuki n’arrange clairement pas, mais le personnage est ennuyant, gauche et bizarrement écrit. Supposément, les deux s’aiment si ce n’est que rien n’est fait pour donner envie d’adhérer à cette dynamique insipide, surtout quand on la compare à celle survitaminée avec le manager. Certes, le saisissant contraste de ce triangle amoureux illustre bien ce qui convient à l’héroïne ; toutefois, un peu plus d’homogénéité n’aurait pas été de refus. Autour de ce trio gravitent des figures secondaires, toutes employées dans l’entreprise, car la fiction utilise régulièrement le monde professionnel pour asseoir ses intrigues. La rivale ne sombrant pas dans la caricature habituelle campée par la sympathique Kuninaka Ryôko (Churasan, Madonna Verde), l’experte en relations romantiques (Itaya Yuka – Dôsôsei), l’adorable comptable et unique ami de Seiichi (Yasuda Ken) ou encore l’éternel éconduit (Takeda Shinji – Renai Kentei) apportent ce qu’il faut pour alimenter convenablement la production en rythme, rebondissements et diverses émotions.

En conclusion, la première saison de Hotaru no Hikari dépeint la cohabitation forcée et cocasse d’une femme nonchalante prônant l’aisance plutôt que le glamour avec son manager sérieux et propre sur lui. Même si la série ne parvient pas à s’affranchir de quelques défauts dispensables comme un prétendant incolore, un surjeu sensiblement excessif ou une héroïne parfois trop naïvement simplette, grâce aux étincelles fusant de partout, un duo phare en très grande forme et des séquences riches en humour, le divertissement répond à l’appel. Les épisodes collent alors le sourire sur les lèvres et mettent de bonne humeur, car avouons que tout est rondement calibré pour amuser et passer d’agréables moments. En plus, sous le couvert d’un scénario conventionnel, cette comédie romantique se permet de joliment remémorer que ce qui importe, c’est de s’accepter soi-même, de ne pas hésiter à se laisser aller et de trouver quelqu’un de tout aussi tolérant. Avec un peu de chance, la suite garde de cette fraîcheur délirante.


8 Comments

  1. Caroline
    Zure• 23 septembre 2015 at 17:50

    Hello !
    Ayant lu le manga car intriguée par ton article, j’ai fini par sauter le pas et regarder le drama : saison 1 et 2. Une bien bonne découverte, ma foi :)

    Pour information, le drama est globalement bien plus édulcoré que sa version papier (il n’est pas question de s’emballer pour un simple baiser, les choses avancent bien plus vite) mais l’esprit est là.

    Il est aussi vrai que la Hotaru du drama est bien plus candide et sans « savoir-vivre » que son pendant manga. Cette dernière est âgée de 27 ans pleinement consciente de sa double identité d’himono-onna/office lady parfaite, et du fait qu’elle doive « se caser » vite.
    Quant au contraste d’appréciation entre les deux hommes (Buchô & Teshima), il est également moins marqué dans le manga. Makoto y est bien plus jovial et appréciable quand Buchô est plus effacé, caractérisé par son rôle de conseiller trop âgé pour être un petit ami potentiel. Après, je comprends tout à fait la déception liée à la relation Makoto/Hotaru sur le petit écran, Katô Kazuki semble vraiment… hum, inerte, il a un visage tellement figé que son amour n’est pas crédible pour un sou.

    Pour finir, tout à fait d’accord sur le fait que le manager incarné par Fujiki Naohito est un petit rayon de soleil dans ce drama. Il est bien plus strict mais ses échanges verbaux avec Hotaru sont tellement drôles. On sent qu’il se laisse petit à petit porter par la fraîcheur de Hotaru. Bref, adorable.

    Hum, sur ce, je pense que je vais arrêter avec mes gros pavés, on a compris que j’ai beaucoup apprécié cette série dans ses deux formats xD

    Merci encore pour la découverte !

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    • Caroline
      Caroline• 24 septembre 2015 at 22:15

      Bienvenue par ici Zure~

      Malheureusement, ce que tu écris concernant le ton du manga ne m’étonne que peu. Les séries japonaises ont un peu trop la fâcheuse manie de se montrer un tantinet prudes. Je trouvais d’ailleurs cette approche très adolescente assez surprenante, car habituellement, les josei se révèlent plus libérés que ça. En tout cas, merci beaucoup d’avoir pris le temps de comparer l’adaptation avec le matériel original. Je suis contente de voir que cette transposition se veut finalement plutôt fidèle. Ton commentaire me donne bien envie de me pencher sur la question. Avant cela, je compte évidemment regarder la deuxième saison et conclure avec le film ^^.

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  2. Caroline
    CaptainMaggie• 15 décembre 2015 at 22:32

    Un autre de mes classiques… ^^ Je suis une inconditionnelle de Buchô et de la véranda où l’on peut boire des bières. Et j’aime bien Hotaru, même si elle est simplette. Biru, biru, biru…
    J’ai le même avis que vous sur Makoto, très mal servi par l’acteur (et l’écriture du rôle) alors que celui du manga est beaucoup plus sympa. A contrario, j’aime beaucoup la rivale de Hotaru, la « fille admirable » jouée par Kuninaka Ryoko.
    Je ne suis pas sûre que tu auras envie de pousser jusqu’au film après avoir vu la saison 2. Il y a un personnage masculin beaucoup plus intéressant que Makoto mais Hotaru est, si c’est possible, encore plus candide et 1er degré que dans la 1ere saison. J’ai regardé avec plaisir cette suite, mais je n’ai pas eu envie d’aller au-delà.

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    • Caroline
      Caroline• 16 décembre 2015 at 22:00

      Oui, moi aussi j’aime beaucoup la collègue rivale qui, finalement, ne l’est pas réellement ; elle a en plus pour elle de ne pas sombrer dans les clichés typiques, ce qui fait beaucoup de bien. J’avoue également avoir beaucoup de sympathie pour son interprète.

      Malheureusement pour moi, même si la deuxième saison ne me plaît pas, j’enchaînerai avec le film. Je souffre d’une terrible pathologie qui m’oblige à toujours aller jusqu’au bout des choses, quitte à m’en mordre les doigts ^^;;;. Ce que tu écris ne me donne tout de même pas envie de précipiter le visionnage.

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  3. Caroline
    Ipsos• 14 janvier 2016 at 15:38

    Un vrai plaisir de lire ta critique de cette super série, ça rappelle les bons moments passés devant ! C’est qu’on s’attache vite à ce petit couple de cinglés. Un peu trop d’ailleurs, je me rappelle qu’après avoir vu cette série j’étais tellement enthousiaste que je me suis lancé dans le visionnage d’une partie de la filmographie d’ayase haruka : mauvaise idée^^.

    Bon courage pour la saison 2.

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    • Caroline
      Caroline• 14 janvier 2016 at 22:13

      C’est vrai que tu me demandais il y a déjà un paquet de temps quand est-ce que j’allais enfin regarder cette série. Voilà, c’est chose faite ! Je comprends maintenant pourquoi tant de personnes y ont adhéré.

      Rhoo, il y a des productions pas si mal dans la filmographie d’Ayase Haruka quand même ^^;;. Cela dit, tu parles peut-être exclusivement des films ? Parce que dans ce cas, je n’en ai pas vu assez pour pouvoir m’avancer. Mais il est certain qu’elle n’a pas la carrière la plus homogène du monde.

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      • Caroline
        Ipsos• 15 janvier 2016 at 0:55

        Comme tu le vois je continue à passer pour voir si tu dégottes de petites pépites. Quand on est orpailleur dans la jungle de la télé nipponne il faut savoir bien s’entourer et en l’occurrence ton blog est une vraie mine.

        Oui, j’exagère :) Elle a fait de bonnes choses comme Jin même si j’ai été moins emballé que toi par la série. M’enfin ce béguin m’a tout de même fait endurer de beaux navets comme Mr Brain où elle campe l’assistante potiche de Kimura Takuya ou le taiga Yae no Sakura. Je serais curieux d’avoir ton avis sur cette dernière série d’ailleurs si tu l’as vue.

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        • Caroline
          Caroline• 15 janvier 2016 at 21:38

          Merci ;).

          Mr Brain et Yae no Sakura figurent justement sur ma liste de séries à tester un de ces jours. En revanche, je doute que cela se fasse cette année tant j’ai un tas de trucs sur le feu – et aussi parce que ce que tu en dis ne me donne pas envie ^^;;;. Sinon, avec Ayase Haruka, j’ai beaucoup aimé à l’époque Byakuyakô et, dans une moindre mesure, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu.

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