La mythologie n’a décidément pas la cote à la télévision ; en effet, les séries sont rapidement annulées, voire ne voient même pas le jour comme Hieroglyph, tuée dans l’œuf. Atlantis est une énième victime puisque la BBC l’a rangée au placard au terme de sa seconde saison. Celle-ci comporte douze épisodes – dont le dernier est double – et fut diffusée en deux temps sur BBC One : de novembre à décembre 2014, puis en avril et mai 2015. Le couperet fatidique étant tombé en janvier, la fin n’a pas été préparée en amont et reste très ouverte. Aucun spoiler.

Sans être foncièrement mauvaise, la première année d’Atlantis avait pour principale tare de se montrer familiale et de se contenter d’un format schématique où ses protagonistes résolvaient un problème à la fois. Son arrangement avec les légendes grecques laissait plus que perplexe tant elle partait dans tous les sens. C’est donc moyennement motivée que j’ai commencé cette suite, m’attendant à me retrouver devant un divertissement très calibré accumulant les poncifs du genre et autres facilités. Comme quoi, l’obstination a de temps en temps du bon, car cette saison inédite se veut nettement supérieure à la précédente et réussit à combler plusieurs de ses lacunes. Non, le héros, Jason, ne devient pas subitement exaltant. Le personnage représente d’ailleurs le maillon le plus faible de la série. Incolore et manquant singulièrement de charisme, il ne parvient jamais à réellement intéresser. Au moins, l’écriture cherche quelque peu à le faire descendre de son piédestal et ne l’illustre pas systématiquement comme l’homme capable de transcender les foules, même s’il se croit toujours investi d’une mission de grand sauveur. Le constat se révèle tristement similaire en ce qui concerne sa bien-aimée, la princesse Ariadne, et la relation les unissant. Les deux ne possèdent pas une quelconque alchimie et ils laissent vraiment de marbre. Cependant, Ariadne devient bien plus active et embrasse son nouveau rôle de reine ; de surcroît, elle se transforme subitement en championne de tir à l’arc, discipline décidément à la mode depuis quelques années. Dans tous les cas, voir les deux se battre pour vivre leur amour n’émeut pas et peine à passionner. De ce côté, la saison ne change donc pas et continue d’être aussi peu inspirée. Heureusement, tout le reste permet d’atténuer grandement ces écueils.

Contre toute attente, cette salve d’épisodes inédits suit un fil rouge et ne s’en écarte jamais. Aucun d’entre eux ne se contente d’une banale aventure. Cet aspect feuilletonnant est extrêmement rafraîchissant surtout qu’il tient globalement ses promesses. Certes, les facilités ne sont pas toujours rangées au placard, des scènes sont bien trop diluées et plusieurs développements évoluent extrêmement brutalement, mais l’écriture montre de nets signes d’amélioration. Ainsi, le Roi est mort ; vive la Reine ! Son père ayant été assassiné par sa belle-mère, la toxique Pasiphaë, Ariadne monte sur le trône d’Atlantis et subit immédiatement de multiples assauts. Sa grande ennemie ne lui laisse pas une seule seconde de répit et cherche envers et contre tout à contrôler ce qu’elle juge lui appartenir. La saison illustre dès lors la vaste bataille entre ces deux femmes et autour desquelles gravitent Jason et ses amis. Tous les coups sont permis et le registre gagne en noirceur. D’ailleurs, les blagues vaseuses d’autrefois sont presque inexistantes ; l’humeur persiste, mais il se veut plus ténu et bien mieux intégré à ce qui se trame. Les intrigues ont généralement toutes pour point commun de symboliser une lutte familiale aux complexes ramifications. Pasiphaë cache tant bien que mal qu’elle est la mère de Jason, mais par moments, elle ne peut étouffer ses sentiments, preuve que derrière ce masque mégalomaniaque perdure une certaine humanité. La principale antagoniste d’Atlantis s’avère plutôt plaisante, malgré un mode de fonctionnement répétitif. En fuite de la cité, elle se cherche des complices et n’a pas grand monde sur qui compter en dehors d’une jeune femme aux pouvoirs particuliers, la fameuse magicienne Medea (Amy Manson) entretenant des liens ambigus avec Jason. Cette dernière chemine d’une fort jolie manière tout au long de la saison et fait partie de l’une des réussites notables. À vrai dire, cette année soigne enfin sa galerie de protagonistes, ce qui est plus qu’agréable.

Jusqu’alors, Hercules et Pythagoras se contentaient de la place de faire-valoir humoristiques de Jason et ne disposaient pas d’une caractérisation suffisante. Les épisodes résolvent parfaitement ce problème en les explorant tous deux, les rendant par la même occasion éminemment sympathiques. Le premier garde de sa gouaille, mais prouve que derrière ce côté peu délicat se cachent des sentiments et une profondeur insoupçonnée. Il souffre de ce qui est arrivé à sa chère Medusa et comprend rapidement qu’il doit veiller sur Jason pour le bien d’Atlantis. Celui sortant clairement son épingle du jeu n’est autre que l’attachant Pythagoras qui, à plusieurs reprises, brise le cœur, notamment car il découvre la trahison de l’un de ses proches. Intelligent et mesuré, il complète à merveille ce trio d’amis certes dysfonctionnel, mais assez réjouissant. La saison gagne en authenticité en dépeignant leurs joies et peines, eux qui voient leurs liens se souder face aux adversités inhérentes à la poursuite d’objectifs importants. Les figures plus secondaires ne dépareillent pas de trop et quelques-unes possèdent une exploitation suffisante. Qui plus est, c’est l’occasion d’y retrouver d’illustres légendes comme Dédale et Icare. Pour l’anecdote, le charmant Clive Standen (Vikings, Camelot) s’offre un détour en prétendant d’Ariadne. Grâce à tout ça, les défauts paraissent bien plus dérisoires et permettent de passer du bon temps, d’autant plus que la musique de Rob Lane s’avère également plus solide. Les mélodies lors des séquences dramatiques participent à l’ambiance et accentuent sans trop en faire la dimension affective de l’ensemble. En ce qui concerne la forme, les ralentis des scènes d’action sont moins marqués, ce qui fait beaucoup de bien et minimise le côté artisanal de cette fiction à petit budget.

Pour conclure, la seconde et dernière saison d’Atlantis se révèle bien plus maîtrisée que la précédente malgré un couple de héros toujours aussi fade et maintes facilités. En mettant de côté ses récits indépendants favorisant la cocasserie de naguère, elle emprunte une voie plus sombre et nuancée où les personnages évolutifs traversent un grand nombre de difficultés. Bien que les drames soient latents et les enjeux beaucoup plus importants, elle n’oublie pas pour autant d’injecter une dose d’humour et de tendresse, ce qui rend le visionnage plutôt agréable et davantage satisfaisant que lors de l’année passée. Résultat, c’est avec une certaine frustration que l’on referme le chapitre de cette bataille contre la vile Pasiphaë, car la série se termine sur les prémices stimulantes d’une suite qui ne verra malheureusement pas le jour.