Vous l’avez probablement désormais compris, cette année est dédiée à mes fonds de tiroir et c’est pourquoi je regarde des vieilleries y traînant depuis parfois trop longtemps. Hataraki Man est l’une d’entre elles, même si son âge ne remonte pas à si loin que ça. Il s’agit d’une adaptation du seinen manga d’Anno Moyoko – oui, oui, celle qui a pour mari Hideaki –, composé de quatre tomes sortis entre 2004 et 2007 ; celui-ci est actuellement en pause au Japon et n’est pas disponible en France, mais l’artiste est connue dans nos vertes contrées pour Sugar Sugar Rune (Chocola et Vanilla), Sakuran ou encore Happy Mania. La transposition nous concernant n’est pas la première puisqu’il existe aussi un animé datant de 2006. Dans tous les cas, le j-drama a été scénarisé par Yoshida Tomoko (Fire Boys, Zenkai Girl) et comporte onze épisodes diffusés entre octobre et décembre 2007 sur NTV ; le premier et le dernier sont rallongés de quinze minutes. Aucun spoiler.

Matsukata Hiroko est une jeune journaliste très ambitieuse passant toutes ses journées, voire ses nuits, à son travail. Tellement concentrée et passionnée par ses missions, elle en oublie parfois sa vie personnelle et se transforme en hataraki man. Autrement dit, elle dispose alors momentanément de capacités masculines pour se transcender. Ses maintes réussites ne l’empêchent pas de douter et de perpétuellement se remettre en question.

Certaines séries prenant de la poussière dans mes dossiers depuis une période indéterminée, je n’ai plus aucun souvenir de pourquoi elles s’y sont retrouvées. Ici, j’imagine que la distribution est ce qui m’a attirée à l’époque et je n’avais sûrement pas daigné jeter un œil sur le synopsis, car il n’a rien d’alléchant. Pire, il donne l’impression de véhiculer malgré lui un discours sexiste assez peu engageant. Une femme qui se transforme, métaphoriquement parlant, en homme pour travailler encore plus dur ? Ah bon ?! Les deux chromosomes X nuisent-ils à une totale efficacité ? D’aucuns demanderaient de se montrer tolérant face à ce qui paraît peut-être comme une approche maladroite, mais il n’empêche que ce genre de propos se veut assez irritant et embarrassant. Hataraki Man illustre une héroïne cherchant à concilier féminité, carrière et amitié, ce qui est fort louable dans une société aussi conservatrice et patriarcale que le Japon. Cette modernité dans le ton est donc agréable, mais le traitement est trop timoré et approximatif pour réellement bousculer les idées reçues et faire avancer les choses. La conclusion le reflète à merveille, d’ailleurs. En sus de ça, Hiroko mange constamment du nattô, supposé être riche en œstrogènes, pour ne pas perdre les caractéristiques de son sexe ! Ceux espérant une critique ou un registre féministes passeront sans regret leur chemin parce que la série est avant tout totalement classique et sert surtout à favoriser les thématiques propres aux fictions sur le monde professionnel. Hiroko étant un bourreau du travail, le scénario aurait également pu examiner ce problème et les conséquences lui étant liées, mais non. Même la forme reste fort générique et ne sort jamais des sentiers battus, bien que la narration du début via le quatrième mur fasse mouche et que la chorégraphie de fin soit amusante. La réalisation incolore, les conclusions pseudo-philosophiques, la bande originale peu mémorable de Mori Hideharu et la direction d’acteurs pas toujours satisfaisante figurent parmi les écueils de cette production ayant oublié de se créer une personnalité.

Du haut de ses vingt-huit ans, Matsukata Hiroko est clairement une journaliste émérite ne laissant rien au hasard. Contrairement à plusieurs de ses comparses féminines s’activant en attendant de mettre le grappin sur le prince charmant au compte en banque fourni, elle s’adonne à sa passion corps et âme. Après ses études, elle a rapidement été embauchée chez Jidai et exerce depuis lors dans ce magazine hebdomadaire assez peu pointu se contentant de sujets divers. L’équipe est réduite, mais l’ambiance demeure relativement bonne entre les collègues qui n’hésitent jamais à se serrer les coudes. Le rythme semble en tout cas fort soutenu et il devient fréquent qu’elle soit contactée à toute heure de la nuit pour venir réparer des erreurs, dénicher un scoop ou approfondir un article. Hiroko n’éteint jamais son téléphone portable et fait systématiquement passer son emploi avant tout le reste. Elle a de la chance, son petit ami, Yamashiro Shinji, employé dans les travaux publics, est très compréhensif et accepte ce train de vie assez survolté. Lui aussi est de toute manière plutôt occupé et il n’est pas rare que les deux ne se voient pas pendant plusieurs semaines. Cependant, en approchant de la trentaine, l’héroïne finit par se remettre en question surtout que son entourage n’oublie jamais de lui répéter que l’horloge biologique tourne. Doit-elle taire ses instincts de journaliste pour embrasser un parcours personnel plus traditionnel ? Ne renierait-elle alors pas son identité ? Hataraki Man aborde trop superficiellement des sujets fédérateurs susceptibles d’interroger et d’amener une certaine réflexion chez son audience. Hiroko semble loin d’être parfaite, commet des erreurs, essaye de se rattraper, n’y parvient pas, et ainsi de suite. L’évolution de la jeune femme indépendante est peu palpable et ne soulève pas les foules en raison de parasites scénaristiques redondants. Kanno Miho (Guilty, Magerarenai Onna) lui offrant ses traits effectue correctement ce qui lui est demandé, mais l’alchimie avec son partenaire Yoshizawa Hisashi (Bloody Monday) manque à l’appel. La fiction ne cherche de toute façon pas à créer une vraie dimension romantique, le travail étant réellement son moteur.

Tous les épisodes reposent sur une structure analogue où la carriériste Hiroko doit écrire un article, se voit confrontée à diverses difficultés triviales, aide un de ses collègues en peine et ne réussit pas à mener jusqu’au bout un rendez-vous amoureux avec son compagnon. Alors qu’elle s’apprête à baisser les bras, elle retrouve l’illumination, se transforme en hataraki man, surmonte les embûches et est admirée de tous. C’est ainsi l’occasion pour la série de multiplier les leçons de vie, lapalissades en tous genres et se de montrer, inexorablement, poussive. En fait, le scénario idéalise et sublime le métier de journaliste qui, d’accord, ne démérite pas, mais dans ce cas présent, il ne s’agit que d’un magazine banal, pas d’un média pointu et incontournable. Hiroko et les autres semblent être investis de pouvoirs divins. Voilà d’ailleurs une tare typique des fictions nippones sur le monde professionnel, comme s’il fallait nécessairement mettre le domaine en question sur un piédestal, à l’instar des personnes y exerçant. Une des histoires va même jusqu’à démontrer qu’alimenter la presse à scandales est d’utilité publique ! Chacun des collègues de Hiroko dispose de son propre épisode, ce qui ne les empêche pas d’être très peu développés et transparents. Entre le nouvel arrivé désinvolte campé par Hayami Mokomichi ne servant presque à rien, la pétillante jeunette (Hirayama Aya), le râleur (Nonaka Isao), l’amateur de petites culottes (Arakawa Yoshiyoshi), les deux patrons bienveillants (Sawamura Ikki et Ibu Masatô) et le photographe cachant son cœur tout mou (Tsuda Kanji), il est indiscutable que les clichés s’amoncellent à la pelle malgré une distribution très sympathique. Le drame est totalement préfabriqué et côtoie des tentatives de comédie peu inspirées, bien que non désagréables.

Pour résumer, Hataraki Man est une énième série japonaise sur le monde professionnel vantant scolairement et artificiellement les mérites du métier qu’elle croque. Peu réaliste et bien trop idéaliste pour convaincre, elle souffre de son format répétitif où tout est amené pour propager une morale extrêmement convenue au lieu d’exploiter son potentiel. Le résultat final a par conséquent de quoi se montrer indigeste d’autant plus que les supposés propos modernes ne le sont pas réellement. Certes, la bonne ambiance amicale entre les employés semblables à des coquilles vides, les quelques pointes d’humour et les personnages ne déplaisent pas, mais cette production ne sort jamais des sentiers battus et ne nécessite sûrement pas de s’y attarder.