Alors que la majorité du public avait sûrement rangé de côté GARO et ses armures clinquantes, la série a décidé de revenir à l’antenne presque cinq ans après l’avoir quittée. C’est ainsi qu’est née la deuxième saison, intitulée Makai Senki – soit les chroniques Makai –, et constituée de vingt-quatre épisodes d’une petite vingtaine de minutes diffusés sur TV Tokyo entre octobre 2011 et mars 2012. Un vingt-cinquième officie comme un résumé bonus et se limite à des flashbacks, à l’exception d’une scène inédite à la toute fin. La fiction ne s’arrête clairement pas là puisqu’il existe plusieurs suites et d’autres dérivés qui seront traités au fur et à mesure sur ce blog. Aucun spoiler.

Après avoir anéanti Legules et ramené parmi les siens Jabi dans le spécial Byakuya no Majû, puis s’être occupé avec quelques prêtres d’une Horror coriace dans le film RED REQUIEM, Kôga retourne à ses quartiers. Suite à ses nombreuses victoires, il bénéficie de nouvelles responsabilités et doit dorénavant répondre à des requêtes encore plus périlleuses. En sus de ses missions habituelles, Kôga travaille effectivement maintenant comme chevalier du sénat des Chiens de garde et une de ces représentantes lui suggère de s’allier au prêtre Fudô Leo. Ensemble, ils se lancent donc dans des batailles contre les créatures démoniaques et la nervosité monte d’un cran quand, progressivement, les combattants Makai se voient infliger par un individu mystérieux et puissant un sceau sur la poitrine les condamnant à une mort certaine. Pour sauver les siens, mais aussi sa propre vie, Kôga doit par conséquent se donner corps et âme et il réalise que les frontières entre ennemis et amis sont extrêmement ténues. Comme cela avait déjà été amorcé par le passé, Makai Senki plonge dans l’univers Makai et illustre les querelles et autres jalousies consumant les relations entre prêtres et chevaliers. Le fil rouge de la saison repose ainsi sur la lutte contre Red Mask, cet être dangereux semblant tout connaître, mais demeurant caché derrière un masque. Les épisodes prennent le temps de distiller un climat paranoïaque et d’installer une tension allant crescendo où, vraisemblablement, tout le monde est susceptible de trépasser. Malheureusement, en dépit d’une ambition latente, le traitement est trop superficiel et caricatural. De surcroît, si la qualité des effets spéciaux s’est nettement améliorée et que les chorégraphies des combats restent sympathiques, la musique a perdu de son côté épique et ne se révèle que trop rarement jouissive. À vrai dire, la créativité est moins palpable que lors des débuts et ce défaut embarrassant transpire par tous les pores de Makai Senki.

Alors qu’ils cherchent tous à atteindre le même objectif qui est d’anéantir les Horrors, les chevaliers et les prêtres Makai ne se montrent pas aussi soudés que ce que l’on pourrait imaginer. Les seconds se sentent souvent sous-utilisés et peu estimés, car ils ne disposent pas d’une armure et détiennent, généralement, une puissance de feu plus faible. Pour autant, ils savent être indispensables et n’ont pas à rougir face aux autres guerriers se reposant parfois trop sur leur combinaison métallique. Les femmes comme Rekka sont frustrées de ne pouvoir accéder à des pouvoirs plus conséquents tout simplement en raison de lois patriarcales profondément rétrogrades. Comme son titre l’indique, la saison poursuit cette plongée dans l’univers Makai en détaillant notamment les antagonismes latents au sein de cette structure fort particulière, mais également en mettant en avant au moyen de flashbacks la formation des chevaliers, les perpétuels sacrifices. Par la même occasion, elle explique les raisons du détournement presque logique de certaines personnes vers un côté plus obscur. En dehors d’épisodes indépendants à la qualité variable, d’autres approfondissent dès lors la mythologie de GARO et proposent des éléments réellement enthousiasmants. Outre son ambiance gothico-fantastique appréciable, la série possède en effet un matériel notable susceptible d’alimenter maints scénarios dignes de ce nom. Or, avec ce Red Mask et le sceau agissant comme une épée de Damoclès, elle se prend un peu les pieds dans le tapis tant les motivations du grand méchant restent triviales et trop classiques pour convaincre. Qui plus est, malgré un retournement de situation assez inattendu, l’identité de cet homme est rapidement devinable et voir la saison autant jouer la carte du mystère devient vite rébarbatif. Le principal arc déçoit ainsi en dépit d’un potentiel évident, d’autant plus que les évolutions inter et intrapersonnelles demeurent à l’état embryonnaire.

Kôga, le fameux chevalier doré, n’est pas connu pour son excentricité, c’est certain. Toutefois, il était parvenu à se dérider dans la première saison et sa carapace rigide se fendillait légèrement. Là, il donne l’impression d’avoir opéré une marche arrière et persiste avec son attitude monolithique peu exaltante. Au lieu de se révéler attachant, il finit plutôt par lasser à ne pas suffisamment avancer, bien qu’il se place en meneur des chevaliers. Sa romance avec Kaoru est encore plus frustrante et ne dégage pas suffisamment d’étincelles malgré une fin plus satisfaisante. La jeune femme continue d’être ingénue et naïve, mais sort au moins sensiblement de son rôle de demoiselle en détresse à perpétuellement sauver. Ce couple n’est pas forcément l’atout principal de GARO en dépit des agréables tentatives de leurs proches de conserver cette dynamique aussi pure que possible. Le constat est similaire en ce qui concerne l’autrefois piquante relation unissant Rei à Kôga. Là, ils partagent assez peu de temps d’antenne, ce qui est d’ailleurs un des grands écueils de Makai Senki tant les interactions sont quasi inexistantes. Certes, Rei possède justement quelques épisodes bien à lui, mais, en plus de leur médiocrité générale, il y est alors seul et n’a pas du tout l’opportunité de rayonner. La poursuite de Red Mask amène des visages connus comme Rekka, la sympathique Jabi et quelques-uns de leurs compères qui, eux également, doivent se contenter d’un matériel limité. Le vrai héros de cette année est le prêtre Fudô Leo, même si son interprète, Nakamura Ozuno, est très moyen. Passionné, intelligent, débrouillard et dévoué, Leo tente d’aider au mieux Kôga, s’attache à Kaoru et apporte simultanément une cote humaine à la fiction quelque peu malmenée. Avec cette bataille dirigée contre les Horrors, les thématiques injectant une atmosphère lourde satisfont plus aisément une audience adulte, sauf qu’il importe d’insuffler un minimum d’humour. L’idée est de ne pas trop se prendre au sérieux afin de ne pas se révéler pompeux, tout en allégeant l’ambiance. Or, ce cocktail auparavant savamment dosé n’est plus. Les quelques blagues involontaires du majordome Gonza ou les dialogues acérés de Zaruba ne suffisent pas à amuser.

Pour conclure, la deuxième saison de GARO a beau légitimement chercher à densifier son intéressante mythologie, la hiérarchie de l’institution Makai et s’offrir une guerre intestine, elle patine trop régulièrement et s’avère surtout approximative. Outre les histoires indépendantes veillant à illustrer des créatures surnaturelles plus moyennement engageantes que profondément stimulantes, elle souffre de clichés et de poncifs éculés avec son grand antagoniste à abattre. À la rigueur, tout ceci pourrait être tolérable si les personnages connaissaient un véritable cheminement, mais là aussi, Makai Senki faute en oubliant de développer à la fois ses héros et les relations les unissant puisqu’elle se contente de les laisser agir majoritairement seuls. Résultat, en dehors de quelques moments éclairés, les épisodes induisent une désagréable sensation de potentiel non exploité qui, espérons-le, sera mise de côté par la suite.