L’opération vidage de mon stock de séries japonaises se poursuit avec Honjitsu mo Hare. Ijô Nashi dont le titre à rallonge peut être très approximativement traduit en il fait beau aujourd’hui ; il n’y a pas d’incidents à relever. Elle n’est constituée que de neuf épisodes diffusés sur TBS entre janvier et mars 2009 ; le premier dure quinze minutes de plus que les quarante-cinq usuelles. Les scénarios inédits se noyant désormais dans les adaptations, il convient d’en saluer un lorsque l’on y est confronté. En l’occurrence, c’est Fujimoto Yuki (Love Revolution, Chiritotechin) qui s’en est chargé. Aucun spoiler.

Un policier au sang chaud habitué à pourchasser les yakuzas de Tôkyô est muté sur une île isolée de l’archipel d’Okinawa. Au départ, les autochtones ne voient pas son arrivée d’un très bon œil puisqu’il ne risque pas de servir à grand-chose tant tout y est calme. Mais grâce à son sourire et son entrain, il prouve rapidement qu’il est en mesure de s’intégrer à la vie locale.

À l’instar d’un peu trop de fictions sommeillant dans mes dossiers, je n’ai aucune idée de pourquoi celle-ci s’y est retrouvée. Elle ne m’intéresse nullement sur le papier, elle est totalement inconnue donc je n’ai sûrement pas lu quoi que ce soit à son sujet, et sa distribution ne m’est pas spécialement sympathique en dehors de la présence très limitée d’Endô Kenichi. Cela n’étonnera nullement si je précise que je n’étais pas motivée en la commençant. En fait, je craignais qu’elle s’empêtre dans les écueils habituels de ces histoires propices au sentimentalisme. Sans aucune surprise, Honjitsu mo Hare. Ijô Nashi  ne sort jamais du lot ; elle fait partie de ces séries génériques n’offrant rien de particulier et se contentant de répondre au parfait petit cahier des charges de la production nippone familiale proprette et gentillette. Elle se laisse regarder, ne le nions pas, d’autant plus qu’elle reste assez courte, mais elle ne marquera pas qui que ce soit et s’oubliera très rapidement une fois la télévision éteinte. Naturellement, la forme emballe le tout d’une manière tout aussi incolore avec une réalisation classique, et une bande originale composée par Ike Yoshihiro (Nobuta wo Produce, Keitai Sôsakan 7) passe-partout et favorisant bien trop souvent les violons pour manipuler le public. Seuls les paysages d’Okinawa permettent de bouleverser quelque peu l’ordre préétabli, car il faut admettre que le sud-ouest du Japon fait rêver. En revanche, ne comptez pas sur une exploration de la culture des habitants puisqu’elle y est totalement absente, le cadre n’étant utilisé que pour son isolement et ses abords maritimes. De toute manière, le récit en tant que tel demeure artificiel.

Shirase Ryô est le dur à cuire courant après les gangsters de Tôkyô et ne reculant devant aucun danger pour mener à bien ses missions d’inspecteur de police. Les jours défilent les uns après les autres, se ressemblant finalement tous. L’existence de cet homme aurait pu continuer de la sorte, mais suite à des circonstances particulières, il demande son détachement sur une minuscule île nommée Narumi, sur laquelle vit une petite trentaine de personnes. Cela ne plaît nullement à son sympathique supérieur hiérarchique direct à la mine patibulaire, Kataoka Shinichirô (Endô Kenichi – Tamiô), bien qu’il comprenne dans une certaine mesure les motivations de son jeune protégé alors à la dérive. C’est ainsi que Ryô débarque dans ce coin perdu au milieu de nulle part. Ses débuts sont assez chaotiques puisque la population lui assène qu’il arrive un peu comme un cheveu sur la soupe et qu’avant de nécessiter un policier, ils auraient surtout besoin d’un médecin ou d’une profession susceptible de leur apporter davantage de confort. Effectivement, le taux de criminalité est nul depuis toujours et il ne se passe vraiment rien sur cette terre insulaire où ne poussent que des champs de canne à sucre. Cette frilosité n’entache pas du tout le moral de Ryô qui voit plutôt là l’occasion de retrousser les manches de sa chemise et prouver sa bonne foi. Chaque épisode s’attarde sur une de ses actions, car la série entend bien éclairer les habitants du coin avec aussi peu de subtilité que possible.

Honjitsu mo Hare. Ijô Nashi emploie un format schématique où, toutes les semaines, il est question d’un problème totalement préfabriqué en rapport avec un des autochtones. L’aspect favorisé des tranches de vie n’est pas une tare, sauf qu’il importe d’emprunter alors une voie plus fine afin de choyer au mieux les émotions. Quoi qu’il en soit, Ryô ne peut s’empêcher de se mêler de ce qui ne le regarde pas, met souvent de l’huile sur le feu, s’en mord les doigts, se fait rouspéter par une femme au visage assez sévère se prenant pour la représentante de la sagesse (Maeda Beverly), mais tout finit miraculeusement par s’arranger grâce au soutien de la population. La morale bon marché, l’emphase des sentiments, les thématiques si chères aux Japonais, tout est là pour bouleverser dans les chaumières et prouver que, oui, il n’y a rien de tel que d’être altruiste et bon avec son prochain. La série se focalise ainsi sur deux enfants orphelins, le vieillissement cognitif, une mère célibataire… Ses propos s’axent toutefois surtout sur les difficultés inhérentes aux îles très reculées perdant inexorablement de leur vitalité. Les habitants avancent en âge, déménagent et, peu à peu, le vide s’installe. Que faire pour enrayer ce phénomène ? La fiction ne donne aucune réponse si ce n’est qu’elle essaye de montrer qu’à partir de l’instant où tout le monde se serre les coudes, tout ira bien. Effectivement, Honjitsu mo Hare. Ijô Nashi n’hésite jamais à dégouliner de guimauve. Heureusement, la production se dote d’un humour non désagréable, à défaut de transcender les foules, ce qui permet de faire passer la pilule de ce récit fort convenu un peu plus aisément. Les personnages ne sortent pas non plus du sentier banalisé dans lequel ils ont été rangés au préalable.

Alors qu’à Tôkyô, Ryô ne se départ jamais de son air menaçant, il l’oublie totalement en arrivant sur l’île. La caractérisation du héros est au départ assez bancale et illogique, mais elle finit par s’épaissir au fur et à mesure. C’est le charmant Sakaguchi Kenji (Iryû) qui offre ses traits à cet homme enthousiaste tombant très vite amoureux de cet endroit si méconnu. Il n’y est pas venu par hasard et les raisons de sa mutation alimentent une sorte de fil rouge peu intéressant. Quoi qu’il en soit, Ryô cherche à préserver au maximum les habitants et leur mode de vie pendant que son supérieur lui téléphone systématiquement pour essayer de le ramener à la capitale. Il se prend rapidement d’affection pour deux orphelins et ne rate pas une occasion de se chamailler avec une enseignante (Matsushita Nao – Gegege no Nyôbô) regrettant amèrement d’avoir quitté Naha, car elle ne trouve rien à faire à Narumi. C’est pourquoi elle passe tout son temps libre dans sa chambre à boire de la bière et manger des boîtes de conserve. La série injecte un soupçon romantique entre eux deux, mais tout demeure à l’état embryonnaire. Quant aux autres autochtones se mêlant toujours de tout, ils sont plutôt hauts en couleur et multiplient les clichés. L’amoureux transi un peu benêt, le maire bienveillant et borné, les hommes s’enracinant au bar ou l’aînée moins déconnectée qu’elle le laisse croire ne sont que des exemples parmi d’autres. Les relations les unissant ne sont pas non plus développées et le scénario démontre encore une fois qu’il se contente vraiment du strict minimum.

Au final, Honjitsu mo Hare. Ijô Nashi plonge dans le tranquille quotidien d’une petite île d’Okinawa légèrement chamboulé par l’irruption d’un policier idéaliste. Avec son écriture grossière et manquant perpétuellement de naturel, la série ne détient pas d’atout suffisant pour donner envie de la regarder. Ce serait mensonger que d’affirmer qu’elle est mauvaise, mais elle se veut tellement consensuelle et inoffensive qu’elle a de quoi ennuyer malgré une ambiance assez joviale, un cadre magnifique et des moments parfois un peu plus éclairés dépeignant notamment l’avenir assez morose de ces endroits reculés, bien que non dénués de charme.