Doctor Who (saison 8)

Par , le 6 octobre 2015

Décidément, 2015 aura clairement été pour moi dédié à Doctor Who puisque j’ai presque désormais regardé tout ce qui veillait dans mes archives. Sans surprise, après avoir fait nos adieux à Eleven dans The Time of the Doctor, il est l’heure d’accueillir Twelve à travers la huitième saison de la série. Celle-ci comporte douze épisodes diffusés sur BBC One entre août et novembre 2014. Le bonus de Noël sera traité d’ici quelques semaines alors qu’actuellement, la fiction a entamé sa neuvième année en Angleterre et qu’une dixième a déjà été annoncée. Aucun spoiler.

Ce n’est jamais facile de changer de visage à son héros en cours de route, quand bien même on a apprécié le précédent ou non. La onzième régénération semble avoir autant plu que déplu au public de la franchise et, forcément, son départ nécessite une période d’adaptation. D’ailleurs, si Matt Smith était rapidement parvenu à endosser le costume du Seigneur du Temps, son remplaçant, Peter Capaldi, s’y adonne plus graduellement. Le talent de ce grand acteur ne doit en aucun cas être remis en cause même si ses débuts se révèlent quelque peu bancals, comme s’il était en décalage avec le ton de la série. Il faut dire que Twelve bouleverse les habitudes, ce qui n’est pas un mal, car la production avait sacrément besoin d’être redynamisée tant elle commençait à s’étouffer. En plus d’être beaucoup plus âgé, le nouveau voyageur du TARDIS est aussi extrêmement sobre et ne se cache plus derrière un quelconque artifice, embrassant sa vulnérabilité. Si, maintenant que la vérité concernant sa planète d’origine a été faite, il est possiblement plus apaisé et a fait la paix avec lui-même, il n’en demeure pas moins perturbé. Se doter d’un autre physique doit certainement être traumatisant et, cette fois, le héros doute sur son identité. Même s’il assume ses erreurs, il ne sait plus qui il est et surtout, il se défie de ses qualités et de sa valeur. Est-il réellement un homme bon ? Cette question qu’il se pose représente l’un des fils conducteurs de l’année. Tout au long de ces aventures inédites, le Docteur se cherche, s’apprivoise, inquiète par moments avec son apparente froide cruauté, amuse à d’autres grâce à son allure déconnectée et, progressivement, s’installe dans le paysage comme s’il avait toujours été présent. S’il paraît évident que Twelve n’est pas un individu mauvais, le téléspectateur, à l’instar de Clara, s’interroge sur la personnalité du Seigneur du Temps qui, régulièrement, montre un visage cynique n’ayant cure des dommages collatéraux. Cette remise en question sied particulièrement bien à cette saison puisque la série en profite pour changer sensiblement d’atmosphère en oubliant ses interminables intrigues à tiroirs.

Le passage de flambeau de Matt Smith à Peter Capaldi n’est pas la seule modification ayant lieu au cours de cette huitième année. Habituellement, qui dit nouvelle régénération signifie rafraîchissement des décors intérieurs du TARDIS et, pour le coup, l’aspect bibliothèque est symboliquement intéressant. Le générique opère un virage radical avec la disparition des vortex pour privilégier des engrenages et des pendules, métaphores qui, là aussi, collent à l’ambiance générale. De même, le thème musical est remixé pour l’occasion. La production se réinvente donc, joue le tout pour le tout et n’hésite pas à bousculer les automatismes des années précédentes, mais elle ne le fait pas n’importe comment, car elle donne en réalité l’impression de retrouver son classicisme d’antan. Les vêtements de Twelve ressemblent à ceux d’un prestidigitateur coincé et, justement, la saison se réapproprie la magie ayant jadis fait rêver maints téléspectateurs. Pour cela, il convient notamment de remercier la modération des récits. Comme quoi cela ne sert strictement à rien de multiplier les énigmes et qu’il importe parfois de se focaliser sur les personnages et des évènements plus terre à terre, de manière à délivrer un registre moins désincarné. Par exemple, le 8×04, Listen, sur les terreurs enfantines repose sur un concept étonnamment simple, mais plaît par sa tonalité intimiste permettant de densifier ses protagonistes qui, pour une fois, sont réellement développés à l’antenne. La série réutilise ses ingrédients typiques tels que le détour par l’Histoire avec l’irruption du légendaire Robin des Bois, plonge dans l’univers de l’Orient-Express, propose un braquage survitaminé où la sympathique Keeley Hawes (Spooks, Upstairs Downstairs) a l’occasion de briller, met en avant de l’intérieur les ennemis immémoriaux du Docteur comme les Daleks… Les récits se succèdent, ne se ressemblent pas, se basent majoritairement sur notre planète et emploient essentiellement des menaces robotiques, ce qui ne signifie nullement que l’approche, elle, se veut mécanique. C’est effectivement avec délice que Doctor Who regagne son humanité perdue il y a trop longtemps.

Clara qui, jusqu’à présent, était bien jolie, mais trop creuse, s’impose comme un personnage à part entière que l’on a envie de suivre et, finalement, d’apprécier. Elle tente de conjuguer sa vie privée avec la professionnelle, sans oublier ses pérégrinations avec un Twelve parfois incompréhensible, aventures qui s’apparentent plus à un loisir exotique qu’autre chose. La relation unissant ces deux voyageurs est joliment retranscrite à l’écran, pleine de non-dits, d’une complexité ambivalente, et la toute dernière scène de la saison émeut sans mal, malgré un épisode moyennement suffisant dans sa globalité. La jeune prof gagne en importance et illustrer son quotidien, en dehors de ses interactions avec le Docteur, est une excellente chose. L’arrivée de l’attachant Danny Pink (Samuel Anderson), son collègue enseignant les mathématiques, apporte un vent de fraîcheur bienvenu et permet de surcroît à l’héroïne de reconsidérer sa connexion avec le Seigneur du Temps qui, l’air de rien, la transforme à son image. Avec celui-ci, l’ambiguïté romantique est oubliée, les liens se souhaitant plus sur un registre d’amour platonique du plus bel effet. Les deux se testent, se comprennent, se disputent, s’amusent l’un de l’autre et forment une paire attendrissante. Clara est partagée entre l’extase et la fascination de découvrir l’espace-temps alors que simultanément, Twelve l’agace, l’effraye par sa mégalomanie tout en l’attirant irrésistiblement. C’est que, pour une fois, les dynamiques intra et interpersonnelles semblent cheminer tranquillement, avec tact, pudeur et cohérence. Quel plaisir ! Le magnifique 8×11, Dark Water, lance l’épilogue de la saison sur un exaltant terrain de jeu où les émotions sont maximisées, l’humour présent, l’ambiance diaboliquement noire et où une délicieuse révélation s’abat. En fait, les épisodes, bien qu’ils ne soient pas foncièrement homogènes, se contentent à juste titre de la recette la plus classique qui soit pour mettre des étoiles plein les yeux.

Pour conclure, la huitième année de Doctor Who s’offre une vraie cure de jouvence avec ce réjouissant retour aux sources non dénué d’une touche douce-amère. Plutôt que de favoriser des récits tarabiscotés et des mystères imbuvables, elle choisit d’opter pour des aventures indépendantes prenant le temps de se centrer sur les protagonistes et d’injecter un souffle bienfaiteur. Le nouveau Docteur, mature et fort revêche, part en quête de son identité et les réponses subtilement apportées satisfont pour leur sobriété et leur naturel. Clara, avec qui il partage une relation contradictoire, n’est pas en reste puisqu’elle se dote enfin d’une caractérisation propre, et elle en vient parfois à voler la vedette à ce vieux voyageur presque misanthrope. Bien sûr, l’écriture n’est pas imperfectible et des défauts transparaissent de-ci de-là, la surenchère de ressorts scénaristiques de Steven Moffat manquera sûrement à certains, mais la série donne l’impression d’avoir retrouvé son cœur et rien que pour ça, le visionnage s’avère extrêmement agréable.
Bonus : la bande-annonce

 


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Nephthys• 6 octobre 2015 à 10:10

    J’ai bien aimé le nouveau Docteur même si je crois que je n’arriverai jamais vraiment à me défaire de Ten.
    Je suis toujours la série avec plaisir mais il manque quelque chose…
    Cela dit, je trouve Twelve vraiment original et c’est un point positif !

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 6 octobre 2015 à 21:45

      Pour moi, justement, je trouve que cette saison récupère le petit quelque chose qui manquait à la série ces dernières années. Une sorte d’humanité ? De magie ? Je ne sais pas trop, mais en tout cas, je suis ressortie plutôt charmée de ces épisodes.

      C’est toujours le risque avec ces changements de visage. Il est légitime d’avoir son favori et, pourquoi pas, de regretter une époque révolue. Revoir Ten dans le cinquantenaire m’a rappelé de plein fouet que je l’aimais beaucoup, mais je crois finalement apprécier toutes ces différentes versions. Chacune me plaît à sa façon.

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