Si les références et autres clins d’œil ne manquent pas concernant Harry Houdini, assez rares sont les productions télévisées à avoir pris le temps d’illustrer son parcours atypique. Dernièrement, la mini-série canado-américaine Houdini s’est attelée à la tâche avec ses deux parties d’un peu plus d’une heure chacune diffusées sur History les 1er et 2 septembre 2014. Elle s’inspire du livre Houdini: A Mind in Chains: A Psychoanalytic Portrait, publié en 1976, mais indisponible en français. Aucun spoiler.

Au début du XXè siècle, rien ne prédispose un jeune garçon issu d’une pauvre famille d’émigrés hongrois à se transformer en maître des illusions. Et pourtant, Ehrich Weisz choisit dès son enfance de quitter coûte que coûte l’anonymat en devenant le grand Harry Houdini. Pour cela, il est prêt à tout, quitte à mettre en jeu sa propre vie dans des cascades toujours plus dangereuses. Son quotidien se compose de faire disparaître un éléphant, sortir d’une camisole de force, sauter pieds et poings liés dans un fleuve gelé, s’adonner à l’aviation, démasquer les médiums, ou encore d’espionner pour le compte des États-Unis. Il n’attend pas que le monde le découvre, il créé tout simplement lui-même sa légende.

Le personnage de Houdini n’est pas aussi réputé en France qu’aux États-Unis où, là, il semble avoir clairement transcendé les époques. Ne connaissant absolument rien à cet homme aux multiples ressources, je serais bien incapable de préciser si cette biographie s’avère fidèle à la réalité ou non. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que la mini-série se contente presque exclusivement d’un factuel très creux et, malgré une chronologie morcelée, se révèle trop classique pour convaincre de bout en bout. Étonnamment, elle démarre alors que le magicien est déjà célèbre et s’apprête à se lancer du haut d’un pont pour raviver sa carrière battant quelque peu de l’aile. La caméra repart ensuite rapidement en arrière et effectue à plusieurs reprises des retours dans le passé. L’éclatement de la narration n’est pas inintéressant, mais il n’apporte pas grand-chose ici surtout qu’il ne montre pas l’évolution psychologique de Houdini, ce qui est grandement étonnant puisque la mini-série s’inspire vraisemblablement d’une étude psychanalytique. Le traitement du héros reste ainsi trop superficiel pour ce type de production. Pourtant, il y en aurait des choses à dire sur cet homme presque mégalomaniaque, avide de succès et de gloire, et craignant finalement l’ombre d’un père rabbin peu affable. Houdini ne parvient jamais à mener une existence stable et rangée, cherchant perpétuellement à repousser ses limites pour voir son nom en haut de l’affiche. Au lieu d’explorer cette personnalité ambivalente et torturée, Houdini illustre l’illusionniste presque exclusivement à travers le prisme de l’amour qu’il voue à sa mère. La portant sur un piédestal, il la vénère et fait tout ce qui est en son possible pour la choyer. Sa relation avec sa femme, la sympathique Bess (Kristen Connolly), n’est que vaguement esquissée et le constat est plus négatif en ce qui concerne son frère avec qui il entretient un lien pétri de jalousie, ou encore avec son fidèle assistant. Les rôles secondaires sont dès lors totalement incolores et ne peuvent combler un vide plutôt embarrassant. Ce manque de densité nuit considérablement à tout impact émotionnel et rend ces deux épisodes assez froids même si le divertissement se veut relativement correct grâce à une vie exaltante.

Démêler la vérité de la légende est sûrement compliqué avec un homme de la trempe de Houdini qui s’est construit son propre mythe au moyen de spectacles toujours plus fantastiques. Après tout, le public n’attend absolument pas un récit retraçant scolairement le parcours de cet individu, mais s’attarder sur quelques périodes charnières de son existence n’est pas superflu. Là, la mini-série passe en revue de manière assez abstraite et non linéaire son enfance, ses débuts, sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse, ses déboires avec les médiums et autres moments divers. Ses tours sont rapidement croqués, sans être explorés. De même, ses activités d’espionnage sont réduites à peau de chagrin et ne servent qu’à nous faire comprendre que, oui, Houdini était résolument exceptionnel. Sauf qu’entre le dire et le montrer, la différence est notable… Quoi qu’il en soit, le vieillissement des personnages est très mal illustré et l’enchaînement des années bien peu perceptible à l’écran alors que plusieurs décennies s’écoulent. Les instantanés se succèdent à vitesse supersonique et sont agrémentés d’une voix off excessivement dramatique assénant des platitudes. Effectivement, la figure centrale de cette histoire lance quelques-unes de ses pensées sur la vie, la mort, ses désirs et tous ces truismes s’avèrent susceptibles d’ennuyer, voire d’irriter. Personne ne demande à subir des leçons de psychologie de comptoir. L’interprétation du charmant Adrien Brody, peu habitué à la télévision, pose également question. Bien qu’il semble prendre grand plaisir à investir le costume de cet homme rongé par ses démons, il cabotine légèrement et n’évite pas quelques excès dispensables. Pour sa défense, les dialogues peu inspirés, le matériel limité et la réalisation, ne lui sont d’aucun secours. À ce sujet, outre maints filtres, le montage se veut haché, nerveux et très curieux en dépit de jolies scènes un peu trop noyées dans le reste. La bande originale de John Debney constituée de sonorités anachroniques ne fait qu’accentuer cette étrangeté donnant l’impression que la production souhaite s’offrir une tonalité moderne. Cette envie que de se fabriquer une identité n’est pas une tare à proprement parler, mais parfois, il convient sûrement de demeurer sur une approche plus conventionnelle surtout quand, justement, le fond est aussi lisse.

En définitive, la mini-série Houdini tente de dresser un portrait du célèbre illusionniste continuant de fasciner maintes générations après sa mort et, malheureusement, laisse plutôt perplexe. La vie mouvementée du personnage, ses nombreux tours et autres cascades permettent de ne pas voir le temps défiler, mais il est dommage que cette fiction télévisée aligne poussivement des séquences sans franche épaisseur au lieu de créer un pont émotionnel avec son audience. Malgré un potentiel évident, le récit en devient alors désincarné, sans imagination et empêche de sortir un minimum enthousiaste, d’autant plus que les effets de style intrusifs, l’interprétation moyennement engageante et l’artificialité des protagonistes ne font qu’accentuer les lacunes narratives. Ce n’est donc pas tant que cette série soit mauvaise, elle passe en fait totalement à côté de son sujet normalement propice à un spectacle magique.