Si, à l’instar de nombreux pays, le Japon n’hésite jamais à proposer un remake d’une fiction à succès, il n’est pas si commun que de le faire seulement deux ans après l’original. Après Mukodono!, place à Mukodono 2003. Il ne s’agit en aucun cas d’une suite de la production susnommée, les deux pouvant en plus être regardées séparément sans aucun problème. Celle qui nous concerne aujourd’hui fut diffusée sur Fuji TV entre avril et juin 2003 ; elle comporte onze épisodes et seul le premier est doté de quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Aucun spoiler.

Sakuraba Yûichirô est une superstar adulée sur l’archipel nippon. Artiste aux multiples casquettes, il créé l’émeute partout où il passe. Bien qu’il cultive consciencieusement son image de playboy charismatique, il est en réalité bien plus terre à terre, voire assez niais. Quand il rencontre Ishihara Minami, c’est le coup de foudre instantané. Même s’il sait que l’épouser risque de corser son quotidien, il s’en fiche et choisit de s’installer dans sa belle-famille plutôt survoltée.

Avant de commencer Mukodono 2003, je croyais qu’elle se déroulait après Mukodono! et continuait de mettre en avant les aventures du chanteur aux survêtements ridicules. Pas du tout ! Cette nouvelle série reprend uniquement le concept, le personnage principal et quelques acteurs, tout en tentant de se réapproprier l’histoire. Si ce n’est l’aspect financier de cette démarche, quel en est son intérêt ? Excellente question. Tout est là pour se montrer perplexe surtout que la version d’origine n’est déjà pas spécialement réussie… Qu’importe, celle-ci pourrait, pourquoi pas, réparer les erreurs passées et disposer d’une identité palpable. Malheureusement, les surprises sont rarement positives dans ce genre de situation. Effectivement, Mukodono 2003 récupère tous les défauts de sa grande sœur, en adjoint d’autres, et oublie au passage de s’octroyer des qualités. Forcément, le résultat final en devient rapidement indigeste tant les épisodes ont de quoi ennuyer et, surtout, irriter. Ce qu’il y a d’autant plus curieux, c’est que pour le coup, cette série plus récente accuse davantage le poids des années en raison des vêtements du héros : chaussures vernies à bouts pointus, fourrures grandiloquentes, tissus à imprimé crocodile, chemises en soie, etc., tout est bon pour cultiver un look profondément kitsch. Cela étant, le budget devait être sûrement plutôt conséquent puisque les moyens semblent répondre à l’appel. Il suffit de voir le nombre de figurants pour s’en rendre compte. Il n’empêche qu’avec un scénario inepte favorisant le sentimentalisme et la loufoquerie, la pilule a bien du mal à passer.

Il est beau, jeune, classe, charismatique, riche ou encore talentueux. Décidément, Sakuraba Yûichirô a tout pour plaire. La moitié de la population l’adule et rêve de l’avoir pour petit ami tandis que l’autre aimerait vraiment lui ressembler. La moindre de ses apparitions provoque un incroyable remue-ménage, les places de ses concerts s’arrachent à prix d’or et les émissions de télévision le courtisent. En bref, Yûichirô est la nouvelle coqueluche du Japon. Contre toute attente, dès que la lumière se détache de lui, il se détend, troque son costume de tombeur sexy et met les pieds dans ses pantoufles bien confortables. Il n’a clairement rien à voir avec celui trustant les panneaux publicitaires. Seuls quelques membres de son agence sont au courant de la supercherie. Quoi qu’il en soit, tout fonctionne correctement donc il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Enfin, s’il ne décidait pas de se marier ! Yûichirô a percuté dans la rue Ishihara Minami, des étoiles ont envahi leur cœur et les voilà fous amoureux l’un de l’autre. La superstar se rend dans la maison de sa belle-famille composée du père et de quatre sœurs au caractère bien trempé. Il ne lui reste plus qu’à s’intégrer, ce qu’il compte faire dans la seconde, en bon samaritain qu’il est. Les épisodes reposent ainsi sur une mécanique redondante où chaque histoire s’attarde sur une situation préfabriquée mettant en avant une Ishihara. Grâce à l’enthousiasme idéaliste et aux multiples ressources de Yûichirô qui n’en rate pas une pour pleurnicher à outrance, les bombes sont désamorcées et tout est bien qui finit bien. Outre son format répétitif, Mukodono 2003 ne lésine jamais sur la sensiblerie gratuite et les poncifs de la comédie familiale. Mieux, elle n’hésite pas non plus à verser dans le mélodrame sirupeux, sûrement afin de marquer les téléspectateurs. Sauf que ceux-ci ne sont pas aussi crédules que ça et souffrent devant ce récit improbable la majeure partie du temps bancal. La tonalité alterne subitement entre du drame outrancier et des velléités d’humour stupides. La fiction a également la curieuse envie d’inclure à plusieurs reprises de très longues séquences d’émissions de télé officiant comme une sorte de mise en abîme. Elles nuisent au rythme déjà vacillant et ne servent strictement à rien, même si c’est l’occasion d’y voir furtivement des Johnny’s comme les KinKi Kids ou encore Akashiya Sanma dans son propre rôle. Le fait que les personnages ne soient guère creusés et que leurs relations restent superficielles n’arrange jamais quoi que ce soit.

Le couple de héros supposé symboliser le maillon romantique de la série ne dégage absolument rien. Pourquoi s’aiment-ils ? Aucune idée. Nagase Tomoya reprend de nouveau le visage de Yûichirô et, pour le coup, surjoue à outrance, favorisant presque sempiternellement les mimiques et autres grimaces. L’acteur a beau être fort charmant et sympathique, il est en totale roue libre. Cette absence de direction des comédiens est de toute façon un grief général. La sœur aînée surexcitée (Kishimoto Kayoko) en est la parfaite représentation, car elle hurle, gesticule dans tous les sens et écarquille les yeux comme s’ils allaient sortir de leur orbite. Minami, l’épouse de Yûichirô incarnée par Sakai Noriko (Hoshi no Kinka) est proprement insipide. Ne nions pas que lui ajouter un passé compliqué n’est pas dénué d’intérêt, mais encore une fois, la fiction s’y adonne maladroitement. Yûichirô, empêtré dans un look tue-l’amour, se mêle de tout, tente de montrer l’importance des liens familiaux, nous abreuve en lapalissades et chouine encore et encore. Dans un registre tristement similaire, les personnages gravitant autour de cette superstar se résument à une succession de clichés. Entre la femme refusant toute relation en raison de blessures intérieures, le retour d’un père ne méritant pas ce titre, une artiste ayant posé nue cherchant à rattraper ses erreurs, une mère surgissant de nulle part, le paparazzi impitoyable (Kamiji Yûsuke – Celeb to Binbô Tarô), etc., il y a de quoi pousser des soupirs. À la rigueur, tout ceci pourrait presque se tolérer comme l’a justement prouvé auparavant Mukodono!, mais au-delà du fait que la comparaison s’avère inévitable, la médiocrité générale amplifie les écueils. Pour l’anecdote, Shinohara Ryôko (Unfair, Last Cinderella) est également de retour, toujours en tant que sœur. Afin de ne pas trop charger la mule, il convient d’admettre que la manager campée par Matsushita Yuki (Shiawase ni Naritai!) propose quelques rares jolis moments, probablement parce qu’ils se veulent assez pondérés et propices à une vraie empathie.

Pour conclure, Mukodono 2003 oublie qu’il ne suffit pas de reprendre la trame scénaristique d’une fiction pour se montrer réussie ou un minimum divertissante. En racontant les aventures familiales d’un artiste aux millions de fans, elle perd son public dans des délires stupidement mis en scène où la morale sirupeuse, la prévisibilité, les envolées lyriques et les larmes se côtoient continuellement. Les personnages incolores, la surenchère de rebondissements préfabriqués, la tonalité approximative et le cabotinage perpétuel ne sont que quelques-uns des autres nombreux défauts de cette série à la mécanique répétitive s’avérant bien trop poussive pour convaincre.