Game of Thrones (saison 4)

Par , le 20 octobre 2015

Pour quelqu’un se disant fan de l’univers du Trône de Fer, il peut être curieux d’avoir attendu autant de temps avant de lancer la saison quatre de son adaptation télévisée. Sauf que j’ai souhaité lire au préalable la cinquième intégrale qui, justement, n’est sortie en poche qu’en avril dernier. C’est pourquoi j’ai patienté tranquillement dans mon coin et, une fois, le volume englouti, j’ai décidé de reprendre la route de mon petit écran. Place, donc, à la quatrième année de Game of Thromes qui se constitue de dix épisodes diffusés sur HBO entre avril et juin 2014. Aux dernières nouvelles, la série n’était pas encore sur le chemin de s’arrêter ou d’être annulée. Aucun spoiler.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, je suis une inconditionnelle du cycle littéraire qui m’a passionnée dès que je m’y suis plongée. Si les débuts de la fiction télé m’ont grandement plu, sûrement parce qu’ils adaptaient à la lettre ce que je m’étais imaginé, mon intérêt pour les épisodes a fini par progressivement s’étioler. Dans une certaine mesure, la troisième année m’a presque été douloureuse à suivre, car elle ne répondait pas à ce que j’attendais d’elle. Entre les scènes se succédant les unes à la suite des autres sans installer convenablement quoi que ce soit, les prises de liberté à mon sens plus que discutables et, surtout, un impact émotionnel trop modéré, je n’étais pas contente. Je n’ai jamais nié toutes les qualités de cette production, mais elle n’atteignait pas du tout le niveau des romans. Ce que j’espérais, en démarrant cette quatrième saison, c’était que la série réussisse enfin à se construire une vraie identité en se détachant, notamment, de son matériel de base. Y est-elle parvenue ? Malheureusement, non. La comparaison avec les livres est rarement à son avantage sauf, peut-être, l’ajout original du duel dans le 4×10, The Children, près de la Porte sanglante. Je dois avouer avoir beaucoup de mal à comprendre l’intérêt de certaines modifications comme des passages ridicules inventés de toutes pièces – chez Craster, par exemple –, des morts de personnages ou, pire, l’absence totale de certains – dont un emblématique au cœur de pierre. Pour faire simple, je partage une relation très compliquée avec Game of Thrones tant je ne sais pas trop ce que je veux, mais je sais surtout ce qui me déçoit. Hum. Je me plais toutefois à penser que cette année est celle de la transition, car il ne reste que peu d’éléments concrets à adapter et qu’à partir de maintenant, les scénaristes vont bien devoir s’affranchir du cycle littéraire et commencer à créer quelque chose de neuf. Le pari est alors à double tranchant, mais en grande naïve, je ne peux m’empêcher de me montrer optimiste. Pourtant, il convient d’admettre que cette saison quatre est la plus faible depuis les premiers pas de la série et laisse songeur quant à la suite.

Maintenant que les Stark ont été pour la majorité anéantis, les Lannister ont, à première vue, une mainmise quasi totale sur le Trône de fer. La réalité diffère quelque peu, car ils sont en réalité dépendants des Tyrell. Le mariage unissant Joffrey à Margaery est donc plus que vital et, pour l’heure, Tywin dirige son univers comme il l’entend tandis que sa progéniture cherche vainement à échapper à son contrôle. À l’opposé de Westeros, Stannis continue de s’armer pour guerroyer, les Bolton se préparent à conquérir tous les territoires à leur portée, Bran se balade vers une corneille dont on se fiche, Arya et le Limier partent à la recherche de la tante de la première, Sansa se voit ballottée d’un point à un autre et, tout au Nord, Jon retrouve ses quartiers de la Garde de Nuit, mais s’apprête à vivre une terrible bataille contre Mance Ryder et les sauvageons. Ailleurs dans le monde, Daenerys tente de libérer de leurs fers les esclaves avant d’essayer de se lancer en direction de l’Occident. Après un season premiere servant surtout d’exposition, le récit cherche à entrer rapidement dans le vif du sujet sauf que, à l’instar des saisons précédentes, celle-ci se force à naviguer mécaniquement chaque semaine selon la plupart des différents lieux géographiques. Le surplace est omniprésent et les épisodes reposent sur une structure redondante peu enthousiasmante. À peine un évènement est-il digéré que le suivant est déjà terminé. Résultat, les personnages ne réussissent pas à gagner en épaisseur et leurs motivations s’avèrent alors pour certains totalement obscures. Que retenir de Stannis arrivé en fin de parcours ? Bonne question. Daenerys, sur le continent est, passe toutes ses journées à répéter qu’elle est la souveraine de ceci, la reine de cela, et ne s’impose pas davantage. La série désire la montrer comme une véritable héroïne, mais elle manque d’une cruelle densité pour s’affirmer pleinement. Les individus gravitant autour sont tout autant dénués d’intérêt malgré un potentiel palpable pour quelques-uns comme Jorah. Il devient franchement agaçant de voir les épisodes défiler au fil des ans et de réaliser que la production n’apprend pas de ses erreurs. Néanmoins, le savoir-faire de Game of Thrones, le talent des acteurs et plusieurs autres caractéristiques permettent de tempérer ces critiques, mais avec un tel potentiel, il paraît légitime de s’avérer déçu.

La saison n’insiste pas assez sur ses protagonistes et se perd dans des enchaînements d’intrigues peu fluides. En revanche, quand elle se pose davantage en limitant son cadre, elle se révèle plus consistante et, par conséquent, agréable à regarder. Le 10×09, The Watchers on the Wall, l’illustre bien avec cette lutte attendue même si le souffle épique manque cruellement à l’appel. C’est à Port-Réal que le récit se veut le plus intéressant et enthousiasmant. Tout d’abord, Tyrion relève de nouveau grandement le niveau, émeut lors d’un fameux procès, émerveille par ses discours éclairés et finit par totalement briser le cœur du public dans le dernier épisode. D’aucuns le savaient déjà, ce personnage est une des perles de la série et l’interprétation sans failles de Peter Dinklage le transcende à merveille. Toutefois, un autre visage lui fait quelque peu de l’ombre. Oberyn Martell, campé par un parfait Pedro Pascal, arrive sur le devant de la scène et charme d’emblée. Trouble, attachant et fascinant, il plaît immédiatement. Le découvrir se mouvoir de la sorte dans ce nid de vipères est assez jouissif et l’on vient à espérer qu’il réussisse à atteindre le but de sa vengeance. Sa compagne jouée par la superbe Indira Varma (Rome) a également fière allure. Que ce soit Jaime, Cersei, Tywin, Joffrey et les Martell, ils sont semblables à eux-mêmes, ce qui ne signifie nullement qu’ils sont inintéressants. Chez les Stark, c’est étonnamment Sansa qui s’en sort le mieux. Sa petite sœur entretient une jolie relation ambiguë avec le Limier, mais elle reste trop limitée. L’aînée de Winterfell n’est plus cette oie blanche naïve et ingénue. Obligée d’évoluer pour survivre, elle mûrit, se nuance et voit sa personnalité se teinter d’une ombre inquiétante. L’influence que le retors Petyr a sur elle effraye et met, de surcroît, extrêmement mal à l’aise, bien que Sansa semble avoir compris de quelle manière elle peut le manipuler. Sinon, le sympathique Podrick plaît de nouveau pour sa loyauté et sa fidélité, et Theon n’en finit pas d’endurer moult atrocités face à l’abominable Ramsay Snow. À ce propos, la violence et les scènes de sexe sont possiblement plus discrètes cette année en dépit de quelques moments sortis de nulle part pour lesquels leur intérêt est inexistant. Il n’empêche que la série soigne toujours autant ses détails, son esthétique, sait épater et satisfait globalement visuellement comme musicalement parlant.

Pour conclure, la quatrième saison de Game of Thrones souffre encore des mêmes sempiternels problèmes que par le passé. Comme d’habitude, la multiplicité des points de vue s’apparentant parfois à une succession de séquences trop brèves pour nourrir profondément l’intrigue nuit à la qualité de l’ensemble. Les personnages sont alors traités superficiellement et il est d’autant plus compliqué de s’y attacher en bonne et due forme. Si, en plus, des épisodes prennent le temps d’étirer des passages totalement insipides, l’ennui a amplement l’opportunité de s’installer. D’ailleurs, la fin de parcours recentre davantage son récit et démontre qu’une fois cet écueil écarté, l’intérêt remonte sensiblement. Pour autant, malgré cette mauvaise gestion du scénario et ce terrible ventre mou, plusieurs figures comme le charismatique Oberyn, des moments mémorables ou l’évolution pessimiste de Sansa réussissent à tirer leur épingle du jeu, mais ils ne sont pas suffisants pour convaincre de bout en bout.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Dav• 20 octobre 2015 à 14:03

    J’ai laissé tomber cette série à la fin de la saison 3. Les atrocités gratuites ne m’ont pas épargné. Cependant j’en attends la fin de la série en me prenant sûrement l’intégrale. J’y pigerai mieux quelque chose.
    Bisoux

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 20 octobre 2015 à 22:54

      C’est certain que la série n’hésite pas à multiplier les scènes choquantes et autres passages franchement dispensables. Je comprends parfaitement que ça puisse rebuter plusieurs téléspectateurs.

      Je pense que ce n’est pas plus mal que tu attendes la fin pour te lancer dans une intégrale ; avec un visionnage rapproché, le côté dilué des intrigues et la désagréable impression de s’éparpiller plutôt que d’approfondir doivent être atténués. Du moins, je le souhaite ! Pour ma part, c’est surtout la conclusion du cycle littéraire que j’espère ;).

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