12 Monkeys (saison 1)

Par , le 27 octobre 2015

Depuis quelque temps, la tendance semble être de transposer au sein du petit écran l’univers de productions issues du plus grand. Dominion, Fargo, From Dusk till Dawn, Scream Queens… les exemples ne manquent pas et poussent presque à penser que l’imagination des scénaristes a disparu en cours de route. Comme son titre l’indique, 12 Monkeys se base sur L’Armée des douze singes, l’illustre film du même nom de Terry Gilliam sorti en salles en 1995 qui, lui-même, s’inspirait déjà du court-métrage La Jetée de Chris Marker. L’adaptation télévisée peut se regarder en total néophyte et montre, d’ailleurs, de nombreuses prises de liberté. Pour l’heure, discutons donc de la première saison constituée de treize épisodes diffusés sur Syfy entre janvier et avril 2015. Une suite est d’ores et déjà prévue pour 2016. Aucun spoiler.

En 2043, la planète n’est plus que l’ombre d’elle-même. La population a été décimée par un virus mortel qui, de surcroît, mute perpétuellement et contrarie tout espoir de se construire un futur. Les ressources venant à manquer, les rares survivants se déchirent, rendant le quotidien invivable. Pour tenter de comprendre les causes de cette catastrophe et surtout l’empêcher d’arriver, des scientifiques décident de remonter le temps. James Cole est chargé de cette périlleuse mission et remarque rapidement que cette pandémie n’est pas innocente, mais certainement orchestrée par une énigmatique organisation.

12 Monkeys, le film, figure probablement parmi mes préférés. Il faut dire que j’ai un énorme faible pour les univers souvent débridés de Terry Gilliam et là, il s’en donne à cœur joie avec cette histoire post-apocalyptique fataliste où l’excentricité, la folie, les rêves et la réalité cohabitent. C’est donc extrêmement curieuse et, j’avoue, assez perplexe, que j’ai lancé cette adaptation. En vérité, la série se détache grandement du long-métrage et ce n’est pas plus mal. L’ambiance, le développement du scénario ou encore les relations entre les personnages diffèrent totalement. Résultat, la comparaison ne se fait pas réellement et permet de voir ces deux productions comme deux entités totalement distinctes, bien que possédant un matériel de départ étrangement similaire. Certains seront déçus de ne pas y retrouver l’atmosphère dérangeante de Gilliam puisqu’ici, tout reste bien plus posé, sain d’esprit et légèrement lisse. Heureusement, cela ne signifie absolument pas que le registre est dénué de suspense, car le récit s’arme au contraire d’une tension létale où tout semble possible. L’humour gagnerait toutefois à être davantage prégnant pour contrebalancer la tonalité classique. Sinon, la réalisation est plutôt soignée, la photographie a de solides atouts et l’ensemble se départ correctement des contraintes budgétaires. Néanmoins, avouons que le format de cette nouvelle fiction fait un peu peur parce qu’avec cette histoire, la logique voudrait qu’elle ne s’installe pas trop longuement sur la durée au risque de perdre en cohérence. L’intrigue doit techniquement avancer assez vite et arrive un moment où soit les personnages réussissent ce qu’ils essayent d’entreprendre, soit ils n’y parviennent pas. La saison montre justement déjà quelques faiblesses à ce niveau puisqu’elle dilue et simplifie progressivement ses enjeux. Cependant, nous n’en sommes pas encore là et seul l’avenir démontrera s’il fallait s’inquiéter ou non. Pour l’heure, ces débuts embrassent totalement le concept et les codes propres au voyage dans le temps pour construire au fur et à mesure une mythologie à fort potentiel.

En 2043, la majorité des êtres humains sont morts. Ceux encore debout ne font que vivoter, fuir les pilleurs et n’ont pas d’autre choix que de souffrir en silence. James Cole connaît bien cette vie d’errance puisque depuis des années, il ne peut compter que sur lui-même et sur son meilleur ami, José Ramse. Suite à certaines circonstances, il se voit offrir une porte de sortie, une chance de changer les choses. Avec son camarade, il intègre un bunker dans lequel travaille une femme ambiguë aux motivations douteuses, Katarina Jones (Barbara Sukowa), qui lui demande d’emprunter sa machine et de remonter le temps. Son idée ? Empêcher avant l’heure la propagation de ce terrible virus. Cole finit par accepter, se lance dans ce périple et part en direction de 2013 puis 2015 où il y rencontre une énième scientifique, Cassandra « Cassie » Railly. Les deux commencent alors à lever le voile sur les responsables de cette tragédie, mais ceux-ci sont loin d’avoir dit leur dernier mot et paraissent toujours avoir un coup d’avance. Cole se retrouve à multiplier les sauts dans le temps et, progressivement, plus la situation se complexifie, plus l’espoir s’amenuise. Peut-on réellement changer ce qui est déjà arrivé ? Quid du destin ? Jusqu’où a-t-on le droit d’aller pour supposément sauver le futur ? Faut-il réparer le passé ou, au contraire, tout mettre en œuvre pour trouver un remède contre ce virus ? Les interrogations sont permanentes pour les personnages qui naviguent totalement à vue dans cette course contre la montre où, tristement, les dés semblent être pipés dès le départ. L’Armée des douze singes s’apparente à une entité tentaculaire ne reculant devant rien pour mener à bien ce qu’elle entreprend et ses membres se révèlent hautement dangereux. L’Homme pâle (Tom Noonan) et la placide Olivia (Alisen Down) se placent comme leurs fascinantes figures de proue, mais en dehors de leur visage, ils demeurent semblables à des ombres. Le côté post-apocalyptique est plus ténu, le récit se focalisant surtout à notre époque, mais l’atmosphère délétère et les factions et autres clans susceptibles d’enrayer les plans de Katarina ne sont pas occultés et devraient être explorés par la suite. Dans tous les cas, Cassie et Cole combattent des fantômes et doivent en plus se méfier des contraintes des voyages spatiotemporels.

Le principal risque avec des fictions de ce genre est de se contenter d’accumuler des rebondissements et, au fur et à mesure, de rendre la trame narrative totalement indigeste. 12 Monkeys évite habilement cet écueil malgré une chronologie éclatée. Le premier épisode plonge immédiatement dans le cœur de l’action et détient de la sorte un rythme enlevé donnant envie d’en savoir plus. La période d’exposition est presque inexistante, les clés de décryptage se voyant disséminées de-ci de-là, au fur et à mesure des sauts de Cole. Avec un découpage aussi haché, la frustration est sensiblement de mise puisque l’audience souhaite par moments demeurer à une époque plutôt qu’à une autre, mais cette approche amplifie l’anxiété latente. Les paradoxes, l’effet papillon, les conséquences des modifications du passé ou bien les clones temporels font corps avec le scénario. En dépit de quelques maladresses dans l’écriture, d’assez rares facilités, d’un étirement peu judicieux de l’histoire en milieu de saison et de détours parfois peu inspirés, la fiction se montre globalement maline dans son traitement en prenant des risques sans chercher à révolutionner quoi que ce soit. L’aspect tout est lié et les révélations tiennent présentement la route et il est encore aisé de suivre le fil conducteur. À côté de ça, la série n’oublie jamais de développer la caractérisation de ses personnages, de densifier ses propos et de troubler les frontières de manière à injecter une réelle intensité dramatique. Cole (Aaron Stanford – Nikita) est un individu habitué à vivre sur la brèche et à ne pas faire confiance à grand monde, mais dans le passé, il se voit contraint de collaborer avec la virologiste Cassie (Amanda Schull). Les deux entretiennent une jolie relation ambiguë, tout en pudeur, dégagent une plaisante alchimie et délivrent une touche romantique du plus bel effet. Alors que personne ne paraît avoir plus rien à perdre, cette humanité dans un cadre aussi fataliste fait beaucoup de bien. Même Aaron Marker (Noah Bean), le fiancé de la jeune femme, sait se montrer assez intéressant, utile, et ne se contente pas de fabriquer artificiellement un triangle amoureux insipide ou incongru. L’entrée de Cole dans l’existence de Cassie pulvérise son quotidien et la fait se remettre en question. À leurs côtés gravitent l’instable Jennifer Goines (Emily Hampshire) et son père (Željko Ivanek – Damages), le dirigeant brutal d’un groupe de survivants (Todd Stashwick – The Riches) ou encore le grand ami du héros, Ramse (Kirk Acevedo – Oz), qui finit par prendre de l’ampleur et sortir de son rôle au départ moyennement nécessaire.

Pour conclure, la première année de 12 Monkeys emploie tous les codes du voyage dans le temps et se les approprie pour créer son propre univers noir, pessimiste, intrigant et singulièrement exaltant. Loin de se contenter de son concept de science-fiction et de rebondissements à foison, elle délivre également une ambiance paranoïaque, injecte des mystères énigmatiques et pousse la réflexion sur des thématiques pertinentes touchant l’éthique, le libre arbitre, la mémoire et autres domaines fédérateurs. Avec son duo attachant et des personnages secondaires correctement exploités, la série s’offre en plus un registre émotionnel indiscutable. Bien qu’elle tende à quelque peu ralentir le rythme en fin de parcours, cette saison s’apparente à une jolie surprise susceptible de plaire aux amateurs de productions de ce genre bien trop discret à la télévision. Pour ma part, il s’agit là d’un petit coup de cœur.


2 Comments

  1. Caroline
    Nac• 27 octobre 2015 at 15:09

    J’ai apprécié cette 1ère saison mais la série est passée un peu inaperçu,il me semble! La série donne des réponses assez rapidement donc on n’est pas frustrer de ne rien comprendre, ça ne donne pas l’impression de balancer des questions sans avoir penser à comment y répondre (au contraire de Lost par exemple…)

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    • Caroline
      Caroline• 27 octobre 2015 at 21:49

      Effectivement, la série est totalement passée inaperçue. C’est d’autant plus dommage qu’elle dispose d’atouts convaincants et, comme tu le notes, elle semble plutôt savoir où elle se dirige. Certes, demeurent encore moult interrogations, mais je trouve que le récit avance solidement et que l’on n’est pas noyé dans les mystères insondables. J’espère que la suite sera au moins de cette teneur.

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