Parfaitement, je mets six ans avant de reprendre la franchise GARO et quand je m’y replonge, je ne chôme pas puisque je décide de regarder rapidement tout ce qui se trouve à portée de main ! C’est assez incroyable de voir à quel point cet univers s’est étendu alors qu’à l’origine, il semblait parti pour se limiter à une courte production. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, il est question de la troisième saison qui, en réalité, n’en est pas une. La logique voudrait plutôt que GARO: Yami wo Terasu Mono soit considérée comme une série dérivée des aventures de Kôga et des autres, voire une sorte de redémarrage dans un monde parallèle. C’est d’ailleurs pourquoi il ne paraît pas du tout nécessaire d’avoir visionné au préalable les deux premières saisons – qui, elles, se succèdent – pour tester celle-ci. Au contraire, cette nouveauté peut faire office de porte d’entrée dans la franchise. À noter qu’il existe déjà une suite intitulée GARO: Gold Storm Shô sous la forme d’un film puis d’une fiction télévisée, mais ceux-ci seront traités plus tard sur Luminophore. Afin de vous repérer plus aisément dans ce capharnaüm, n’hésitez pas à consulter ce billet récapitulatif. Maintenant, discutons donc de Yami wo Terasu Mono pouvant être approximativement traduit en celui qui brille dans les ténèbres. Cette saison est composée de vingt-cinq épisodes de vingt-quatre minutes diffusés sur TV Tokyo entre avril et septembre 2013 ; le dernier s’apparente à un bonus et illustre la rencontre du prêtre Burai et de sa protégée. Aucun spoiler.

Dans un futur proche, le jeune Dôgai Ryûga choisit de se rendre à Volcity, une ville indépendante où ses habitants semblent plongés dans le bonheur. Sans surprise, la réalité diffère, car la société est étouffée par le patriarche d’une famille omnipotente et les Horrors s’y sont réfugiées. Le chevalier Makai doit alors accepter de collaborer avec quelques confrères pour rétablir l’ordre et, s’il en est capable, regagner son propre équilibre.

Le synopsis est suffisamment clair pour se rendre compte qu’effectivement, Yami wo Terasu Mono ne s’inscrit pas dans la lignée de ce qu’ont vécu Kôga, Kaoru, Rei et leurs compères en dépit d’une prédominance d’effets spéciaux. En ce qui les concerne, ils sont souvent mal insérés, les combats régulièrement concoctés à l’ordinateur sont extrêmement moches et artificiels, et l’apparence des Horrors souffre d’une absence totale de créativité. De quoi regretter le charme suranné d’antan ! Impossible de le nier, la réalisation n’est pas l’atout de cette mouture et la musique ne dispose que de trop peu d’avantages pour convaincre. Comme écrit dans le premier paragraphe, cette saison offre une approche renouvelée bien que des éléments similaires perdurent. Ainsi, il est toujours question de créatures issues du bestiaire Makai, de chevaliers, de prêtres, de Zaruba et, naturellement, de l’armure du plus illustre guerrier, Garo. Toutefois, celle-ci n’est plus aussi dorée que par le passé pour des raisons expliquées en fin de parcours et, honnêtement, elle s’avère bien plus jolie à l’écran tant la version brillante fait trop tape-à-l’œil. Une autre personne que Kôga le coincé endosse ce costume et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle change du tout au tout ! La présence simultanée de quelques acteurs, dont notamment Tsuda Kanji, amuse tout en ajoutant au début un peu de confusion. Ces épisodes inédits s’affranchissent de plusieurs règles telles que le compte à rebours et cherchent à offrir un registre encore plus adulte. À ce sujet, le résultat se révèle proprement ridicule parce que si la série essaye justement de se montrer un minimum subversive avec des scènes de sexe et des femmes nues, le traitement global demeure malgré tout timoré. Pire, quelques zones de flou cachent ce qui, visiblement, doit être occulté. Dans ce cas, il vaut mieux se contenter de séquences moins connotées. La violence et le sang se veulent aussi plus que limités, preuve que la fiction ne va jamais jusqu’au bout de ses idées, nonobstant une ambition clairement affichée. Cet écueil contamine malheureusement tout autant le scénario qui s’embarrasse de multiples maladresses.

Bien qu’il ne soit pas très âgé, Dôgai Ryûga détient déjà une solide expérience dans le combat contre les Horrors. Il endosse presque quotidiennement l’armure dorée de Garo et sait en tirer bénéfice même si Zaruba, la bague parlante, refuse catégoriquement de communiquer avec lui. Après avoir été appelé par l’un de ses anciens maîtres, le prêtre Burai, il prend le chemin de Volcity, une cité futuriste où la paix et la sérénité s’y côtoient en surface. En coulisses, la ville subit une dictature menée par Kaneshiro Kensui qui, en sus de SG-1, une milice locale, possède les pouvoirs des médias, de la justice et, apparemment, des Horrors. Contre toute attente, plusieurs d’entre elles nommées les Madô Horrors sortent du registre habituel et leur nature empêche les héros de les débusquer pour mieux les annihiler. De surcroît, elles seraient créées par un individu encore mystérieux aux ambitions vraisemblablement mégalomaniaques. Qu’il le veuille ou non, Dôga doit par conséquent s’allier aux siens pour débarrasser les lieux de ces monstres. Pour cela, il a l’opportunité de compter sur le prêtre Burai avec qui il partage des inimitiés et Rian, sa talentueuse apprentie, mais aussi sur deux autres chevaliers Makai, le coureur de jupons Jakuzure Takeru (Ikeda Junya) et le sérieux Kusugami Aguri (Aoki Tsunenori). La cohabitation est dès le départ tumultueuse en raison du caractère opposé du quatuor, mais ils finissent par se lier alors que les forces maléfiques s’abattent sur eux. Yami wo Terasu Mono ne se contente pas d’aventures indépendantes et, rapidement, instaure son fil rouge assez brouillon reposant sur le commanditaire de ces Horrors mettant physiquement à mal Garo. Voir la série se lancer dans une intrigue de cette ampleur mêlant quête de puissance, politique et cupidité n’est pas du tout désagréable, bien au contraire, mais elle s’y adonne approximativement avec une succession de facilités scénaristiques et des personnages peu attachants.

La première partie de la saison prend doucement le temps de placer le contexte et d’illustrer les différentes instances en vigueur. Chaque épisode ajoute sa pierre à l’édifice et ce n’est qu’en milieu de parcours que le public commence à réaliser ce qui se trame. Le développement de l’arc majeur est assez correctement mené et n’hésite pas à proposer quelques révélations inattendues en dehors d’une prévisibilité certaine. Pour autant, le résultat est peu enthousiasmant tant les incohérences et invraisemblances sont omniprésentes, que le devenir des protagonistes importe peu ou encore que les émotions se frayent difficilement un chemin jusqu’aux téléspectateurs. Le sentimentalisme, voire le misérabilisme, de la seconde moitié n’arrange rien à la situation et ne fait que donner l’impression de chercher à apporter coûte que coûte aux individus un passé tragique pour les rendre plus sympathiques. Or, ce n’est pas de cette manière que l’empathie fonctionne. Ryûga est dès le départ agaçant et si son caractère s’affine un petit peu, il ne plaît guère avec son impétuosité, sa naïveté et sa tendance à ne jamais écouter qui que ce soit. Kuriyama Wataru l’interprétant n’a pas les épaules assez solides pour porter la série. Les relations de ce dernier ne sont pas non plus suffisamment travaillées comme le prouvent celle avec Burai (Ôtomo Kôhei) ou celle l’unissant à la jolie Rian (Nanri Miki) qui, elle, change un peu abruptement de psychologie en cours de route. Quant aux autres chevaliers, ils ont beau avoir leurs moments de gloire, ils s’engouffrent tellement dans les clichés qu’ils ne peuvent que trop rarement briller. Le méchant le plus notable sombre de son côté dans la caricature et la grandiloquence. En clair, la fiction dispose d’une galerie de personnages incolores ou, pire, irritants, et n’utilise jamais toute la mythologie Makai pour densifier son univers.

Pour résumer, GARO: Yami wo Terasu Mono lance la franchise dans une direction parallèle avec l’histoire de Ryûga et de ses compères, mais elle est bien moins convaincante que sa grande sœur. En plus de souffrir d’une cinématographie et d’incrustations numériques médiocres, la saison a surtout pour principale tare de ne pas se montrer à la hauteur de ses ambitions, ce qui l’amène alors à devenir presque arrogante. Son héros insipide et sans charisme symbolise d’ailleurs à merveille les maints défauts de ces épisodes qui ne sont pas dénués de mauvaises idées, si ce n’est que les lacunes scénaristiques ruinent l’effet désiré et empêchent d’être émotionnellement impliqué. Au lieu d’être sombre, adulte et intense comme elle le souhaite, la série se veut surtout plate, mal jouée et manquant singulièrement de caractère. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que la suite parvienne à atténuer au moins quelques-uns de ces écueils et à injecter un souffle épique digne de ce nom.