C’est à croire que la franchise GARO semble intarissable puisqu’après avoir ouvert une nouvelle porte avec GARO: Yami wo Terasu Mono, elle a décidé de retourner du côté de la chronologie de Kôga et de ses amis à travers Zero: Black Blood. Comme le titre de cette courte production l’indique, elle se focalise non pas sur le Chevalier doré, mais sur son acolyte railleur. Elle ne comporte que six épisodes de trente minutes chacun qui furent diffusés les 5, 6 et 7 mars 2014 sur Family Gekijô. Précisons par ailleurs que ceux-ci ont ensuite été réunis en deux parties intitulées Shiro no Shô et Kuro no Shô, soit respectivement le chapitre noir/blanc ; elles sont sorties sur grand écran les 8 et 22 mars 2014. Aucun spoiler.

Alors qu’il vaque à ses habituelles missions, Suzumura Rei se retrouve confronté à une Horror particulièrement intelligente et dangereuse, mais vraisemblablement assez peu belliqueuse. Il ne parvient pas à l’annihiler et se voit contraint de la laisser partir. Quelques heures plus tard, il est attaqué sans crier gare par deux humains, dont une jeune femme utilisant une épée Makai, désireux de tester ses capacités avant d’œuvrer main dans la main. Effectivement, les Chiens de garde demandent à ce que les trois collaborent pour venir à bout de la fameuse créature maléfique de la veille ce qui, naturellement, ne plaît pas au loup solitaire qu’est le chevalier. La bataille s’annonce d’autant plus compliquée que des liens familiaux ont l’air de vouloir se mêler à la situation.

Sur le papier, Zero: Black Blood possède de solides atouts, ne serait-ce que parce qu’elle se focalise sur l’un des protagonistes les plus sympathiques de cet univers. Rei est plutôt arrogant, sûr de lui, fort, charismatique et doté d’un humour ironique régulièrement amusant, sans pour autant être dénué de faiblesses. Certes, à l’instar de son collègue Saejima Kôga, il n’exprime qu’assez peu ses sentiments, mais justement, cette série paraît être la meilleure opportunité d’en savoir plus sur lui, de le comprendre et de l’apprécier encore plus. Elle s’inscrit peut-être après la conclusion de Makai Senki, la deuxième saison, mais il n’y est fait mention d’aucun évènement particulier donc il semble tout à fait possible de la regarder à n’importe quel moment, voire en n’y connaissant strictement rien à la franchise. Bien que cette courte fiction ne soit qu’un dérivé officiant comme une sorte de bonus, les moyens répondent à l’appel. Zero: Black Blood dispose d’une identité visuelle assez différente de celle des deux précédentes salves d’épisodes avec, notamment, des tonalités davantage bleutées, un générique à l’aspect assez métallique et une chanson de fin mettant à l’honneur le groupe DUSTZ dans lequel chante Fujita Ray, l’interprète du héros. Concernant la forme à proprement parler, elle demeure dans la veine habituelle de cette chronologie avec, toujours, des effets spéciaux relativement corrects, des monstres en latex et des chorégraphies de combats plutôt satisfaisantes. En d’autres termes, malgré sa durée de vie restreinte, cette série montre un certain soin esthétique, mais elle passe toutefois totalement à côté de son sujet et des espoirs que l’on pouvait en avoir.

Contre toute attente, si Zero: Black Blood porte le surnom de Rei dans son titre, elle n’exploite clairement pas le personnage qui se contente d’agir comme Kôga. En dépit de quelques touches d’humour, il n’est guère facétieux et se limite au strict minimum. Le voir parler notre langue fait plaisir, mais se révèle insuffisant. À la place, la production illustre surtout une jeune femme qui, malgré son sexe, réussit à batailler avec une épée Makai. Or, il est connu qu’il faut être un homme pour en être capable. Qui est-elle et comment résout-elle ce problème normalement insoluble ? L’énigme est rapidement levée et le scénario se lance dans une lutte contre Ring, une Horror atypique, incarné par Thane Camus – oui, un non asiatique, ce qui s’avère très rare et, de surcroît, il est d’origine française et, apparemment, de la famille d’Albert Camus ! Physiquement, déjà, celui-ci change du tout au tout puisqu’au lieu d’arborer un look gothique, il est tout de blanc vêtu et utilise des plumes aussi immaculées pour se battre et se matérialiser. Bien qu’il soit semblable à un ange, il n’en est pas un et continue de se nourrir de ses victimes, tout comme ses congénères. La singularité de Ring ne s’arrête pas là, car il espère créer un monde où Horrors et humains cohabitent selon un système de volontariat et de restrictions. Dans le fond, l’idée est bonne surtout que l’antagoniste intéresse et qu’il amène, par exemple, une certaine réflexion sur la supposée valeur de certains individus s’étant écartés du droit chemin. Sauf que le traitement demeure superficiel et s’empêtre dans des ressorts familiaux éculés où le sentimentalisme n’est jamais loin. Les compères de Rei, Yuna (Riria) et Kai (Takeshi Naoki), le prêtre qui l’accompagne, en sont les principaux moteurs et la première s’apparente malheureusement à la vraie héroïne du récit. Puisque rien n’est développé et que les protagonistes sont incolores en plus de ne pas paraître impliqués, il devient alors compliqué de se sentir concerné par ce qui s’y passe.

Pour résumer, la série dérivée Zero: Black Blood a notamment pour tare de se montrer mensongère tant elle ne met jamais en avant son personnage phare ayant subitement perdu sa causticité. En effet, même si son nom se trouve dans le titre, le chevalier Makai n’est qu’une vague copie transparente de ce qu’il a déjà été et rien n’est fait pour l’explorer un minimum. Malgré ses six petits épisodes et quelques idées pertinentes évoquant un rééquilibrage de la relation liant les Horrors aux humains, elle ennuie la majeure partie de son temps avec son scénario manquant cruellement de consistance et d’intérêt. Pour sa propre fiction, le héros Makai qu’est Rei méritait plus que cette histoire générique sans véritables saveurs.
Bonus : la bande-annonce