Koko ni Aru Shiawase | ここにある幸せ

Par , le 27 novembre 2015

Les plus attentifs et perspicaces d’entre vous tiqueront certainement en voyant le sujet du billet de ce jour. Effectivement, alors que je répète depuis des mois et des mois me contenter de mes réserves et ne plus récupérer quoi que ce soit, me voici avec une fiction japonaise datant de… cette année. Oups ?! Attendez, j’ai une raison – je ne dis toutefois pas qu’elle est valable ! Le scénariste Okada Yoshikazu (Churasan, Zeni Geba) s’est dernièrement attelé à un tanpatsu avec Koko ni Aru Shiawase. Cet unitaire d’une heure dont le titre peut être approximativement traduit en le bonheur est ici fut diffusé sur NHK le 16 janvier 2015. Aucun spoiler.

Alors qu’il approche de la trentaine, Tachikawa Hiroyuki n’a toujours pas réussi à trouver sa voie. Son patron vient de le pousser vers la sortie, car il ne supporte plus son laxisme et son manque d’entrain, tandis que sa petite amie commence à fatiguer de le voir aussi peu enjoué. Ne peut-il pas se passionner pour quelque chose ? Sur un coup de tête, il décide de se rendre dans la commune portuaire Tsuyazaki, au sein de la préfecture de Fukuoka. Il souhaite y retrouver un camarade d’enfance, mais il tombe surtout sur une septuagénaire dynamique ayant bien envie de lui faire découvrir sa région.

Quelques fidèles lecteurs sauront pourquoi j’ai craqué face à cette sorte de court téléfilm et que j’ai dérogé à ma mission de nettoyage par le vide de mes dossiers. Eh oui, je plaide coupable de superficialité, car la présence d’un de mes acteurs favoris a assurément pesé dans la balance. Cependant, je n’en attendais pas grand-chose ; j’espérais seulement ne pas m’ennuyer ou soupirer devant une hypothétique médiocrité. Comme quoi, des fois, les surprises imprévues sont les plus jolies parce qu’il paraît difficile de le nier, Koko ni Aru Shiawase dispose de solides atouts pour convaincre et délivrer un fort agréable moment. Pourtant, avec sa réalisation basique et son histoire qui, sur le papier, se veut extrêmement classique, ce tanpatsu ne semble pas mériter le détour.

Est-ce que Tachikawa Hiroyuki est heureux ? Il n’en a aucune idée et, de toute façon, il ne s’est certainement jamais posé la question. Sa vie suit une routine incolore où les évènements ont beau se succéder, ils n’injectent ni étincelle positive ni négative. C’est le calme plat. Il ne s’en plaint absolument pas sauf que sa compagne (Nakamura Eriko), elle, n’en peut plus de cohabiter avec un conjoint aussi amorphe et désintéressé. Un matin, il choisit de partir subitement à l’aventure au sud du pays. Une quinzaine d’années auparavant, un ami lui avait demandé de venir l’y rejoindre, mais il ne l’avait jamais fait. Et, en y réfléchissant, il réalise que cette personne est probablement la seule à être parvenue à l’enflammer. Avec un peu de chance, ce garçon est devenu grand et réside toujours là-bas. Une fois arrivé à Tsuyazaki, Hiroyuki rencontre une septuagénaire qui, contre toute attente, l’exhorte à déjeuner avec elle. Les choses en amenant une autre, il passe la nuit dans la maison de son hôte, puis la suivante, et la suivante encore… C’est qu’il s’y plaît et il apprécie grandement écouter les souvenirs de cette énergique femme parachutée dans ce coin perdu alors qu’elle n’était qu’à peine majeure. Entre eux deux s’instaure une jolie relation pendant que Hiroyuki prend conscience que son existence peut se révéler colorée et non pas teintée de gris. Les thématiques sont ainsi fédératrices avec ces questionnements sur le sens de sa vie, les racines, l’importance de se sentir bien quelque part, le bonheur en mesure de se situer dans les moindres choses du quotidien, etc. Délicatement, l’unitaire explore plusieurs de ces sujets capables de faire réfléchir son audience, sans pour autant s’avérer pompeux ou trop ambitieux, car le but est surtout de délivrer un récit humain.

Koko ni Aru Shiawase s’apparente à un voyage initiatique où son personnage principal commence enfin à prendre les commandes de son présent et à ressentir un profond plaisir. Jusque-là, il se laisse avancer, ne sait pas du tout ce qu’il désire et, visiblement, cela ne lui réussit pas. Hiroyuki pourrait se montrer irritant à force d’être aussi passif, mais ce n’est pas du tout le cas. Lucide sur sa situation, il ne demande qu’à trouver l’étincelle, mais n’a aucune idée de comment s’y adonner. C’est le toujours très sympathique Matsuda Shôta qui incarne cet homme plutôt affable et involontairement amusant. Par chance pour lui, ce héros est abordé par l’adorable Hanada Fukuko (Miyamoto Nobuko). Cette dernière connaît Tsuyazaki comme sa poche et n’en rate pas une pour lancer quelques anecdotes de-ci de-là tout en évoquant ses souvenirs parfois très durs. Pétillante, drôle et enthousiaste, elle s’apparente à une grand-mère que l’on rêverait sûrement tous d’avoir, à un guide inspirant et bienveillant. Bien que son parcours soit ponctué de grands malheurs, elle ne se complaît pas dans la tristesse, sourit régulièrement et ne laisse jamais son âge avancé freiner ses ardeurs. Le scénario développe la dynamique entre ces deux individus avec beaucoup de naturel et une sacrée dose d’humour légèrement pittoresque, ce qui injecte une ambiance agréable, profondément paisible. D’ailleurs, l’alchimie entre les deux acteurs et la mignonne musique participent totalement au succès de cette fiction au rythme tranquille savamment mesuré.

Finalement, Koko ni Aru Shiawase offre une jolie parenthèse extrêmement tendre et chaleureuse où les sentiments sont croqués avec beaucoup de pudeur et de subtilité. À travers une histoire somme toute très simple, le tanpatsu dépeint le cheminement personnel d’un jeune homme croyant être condamné à poursuivre une vie vide de toute substance. Or, au contact d’une femme surmontant les obstacles avec optimisme, il constate que rien n’est gravé dans la roche et que, lui aussi, est susceptible d’être maître de son destin et… heureux. En plus de se montrer solidement interprété, cet unitaire à l’ambiance parfois douce-amère met beaucoup de baume au cœur, pousse la réflexion sur le bonheur et laisse sur une impression reposante. Les amateurs du genre devraient sûrement en ressortir charmés.


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