Si beaucoup de téléspectateurs semblent avoir déserté The Vampire Diaries, ce n’est toujours pas mon cas. Il est par conséquent plus que l’heure de discuter de sa sixième saison de vingt-deux épisodes, diffusés sur The CW entre octobre 2014 et mai 2015. Aucun spoiler.

Quatre mois se sont écoulés depuis que plusieurs morts sont revenus de l’au-delà et que Bonnie et Damon se sont retrouvés bloqués de l’autre côté. Tandis que les survivants cherchent à avancer, d’autres comme Elena n’y arrivent pas. Folle de douleur à l’idée d’avoir définitivement perdu l’amour de sa vie, elle commence par nier la situation, puis par abuser de certaines substances avant de finir par prendre une décision radicale. Cette nouvelle année d’aventures débute donc par une ellipse assez logique. Après une précédente saison moyenne, notamment en raison d’antagonistes insipides, celle-ci démarre tout aussi fastidieusement. L’accent est plus particulièrement mis sur l’héroïne de la série qui, malheureusement, n’est vue qu’à travers le prisme de sa romance. Contre toute attente, la suite réussit à sensiblement sortir de cette torpeur narrative en exploitant, pour une fois, des personnages secondaires, en creusant des relations originales et, surtout, en offrant une vraie densité au grand méchant à venir. Certes, la fiction n’en devient pas subitement exceptionnelle et s’empêtre de nouveau dans moult défauts, mais elle montre à plusieurs reprises un dynamisme bienfaiteur alors qu’elle semblait bonne pour s’enfoncer davantage dans ses scénarios moribonds. Le fameux horrible triangle amoureux est de l’histoire ancienne et si la production souffre encore de sa propension à ne jamais définitivement écarter ses morts, elle termine ici son parcours avec un ménage salvateur. À ce sujet, le départ de Nina Dobrev ayant suffisamment fait parler de lui, ce n’est certainement pas dévoiler l’intrigue que de l’écrire de but en blanc. Sa disparition du récit est assez astucieusement trouvée, à défaut de s’avérer franchement émouvante, peut-être parce qu’elle est trop vite mise en place. Quoi qu’il en soit, la saison se contente essentiellement d’un grand fil rouge et, pour la toute première fois, il offre aux sorciers la possibilité de rayonner.

Jusqu’à présent, Bonnie s’apparentait à la copine capable de lancer des sorts bien pratiques. À part ça, elle ne servait à rien. Cette saison décide enfin de l’approfondir et, par la même occasion, elle rend le personnage plutôt sympathique et attachant. Coincée de l’autre côté avec Damon, elle souffre de solitude, doute, et a de quoi perdre la raison, car elle vit tout au long des épisodes maintes situations psychologiquement éprouvantes. Abandonnée de tous, elle doit en plus composer avec un être particulièrement retors illuminant le scénario par ses manigances machiavéliques. La sorcière gagne donc du galon et commence à prendre ses marques. L’écriture a également la bonne idée de l’associer avec Damon et, étrangement, les deux fonctionnent admirablement en raison d’une grande alchimie et d’une complicité indiscutable. Au lieu de s’entretuer dans leur région isolée, ils se serrent les coudes envers et contre tout. Le constat est nettement moins reluisant en ce qui concerne les jumeaux Liv et Luke dont, finalement, on se fiche royalement. Cependant, ils sont à l’origine de l’irruption du clan Gemini et de la forte présence de la magie au sein des épisodes. À leurs côtés gravite Kai, un jeune individu psychologiquement déviant incarné par Chris Wood s’amusant, visiblement, beaucoup dans ce rôle. Ce personnage représente la menace à abattre et si son traitement se révèle moyennement homogène, il apporte un tel vent rafraîchissant que les lacunes restent plus tolérables. Capable de tout, il dynamite Mystic Falls et ses environs. D’ailleurs, depuis l’action des Voyageurs, plus aucune créature surnaturelle ne peut y accéder du fait d’une barrière anti-magie extrêmement efficace. Admettons qu’un vampire cherche malgré tout à y pénétrer, sa mort humaine le rattrape alors à vitesse supersonique. Ce déménagement obligatoire d’Elena, Stefan ou encore Caroline les marque de différentes façons, quelque peu à l’instar du deuil lié à la disparition de Damon et de Bonnie.

Elena est ainsi à la dérive, mais elle continue sa scolarité et se lance dans des études de médecine. Elle y rencontre sa supérieure, Jo (Jodi Lyn O’Keefe – Prison Break), ne laissant pas insensible Alaric, de retour de l’au-delà en vampire aux habiletés digne des Originaux. Le concernant, il a beau être très engageant, il n’est pas gâté par le scénario. Plusieurs autres subissent le même sort comme Tyler, Matt ou bien Jeremy. Dans tous les cas, le nouveau prof de sciences occultes exècre sa nature, en ancien chasseur qu’il est, mais, après avoir aidé Elena à aller de l’avant, il reprend goût à la vie suite à un retournement de situation. L’héroïne de The Vampire Diaries retrouve un peu de ses couleurs après ces dernières années où elle devenait proprement insupportable à papillonner entre Damon et Stefan. La suite de la saison remet sur le tapis son questionnement sur son état de vampire et ses envies de mener une existence la plus humaine possible. Ses amours se maintiennent généralement en arrière-plan et ne phagocytent pas trop le reste, sans se montrer non plus réellement redondantes. Oui, il s’agit là d’un véritable miracle. À la place, le récit préfère s’attarder sur une romance naissante, celle liant Caroline à Stefan. Les deux passent doucement du stade d’excellents amis à quelque chose d’encore non défini. Le charme de ces personnages fort plaisants et la subtilité pudique de leur relation représentent des valeurs sûres de ces épisodes. Le cadet des Salvatore ne possède pas à proprement parler de développement incroyable, mais par sa force tranquille, il aide Caroline qui, de son côté, est amenée à vivre une séparation fort douloureuse. L’ensemble a justement un peu trop l’habitude de provoquer des prétextes pour lancer ses intrigues issues de nulle part, mais comme elles demeurent assez agréables, le public ne tique vraisemblablement pas de trop. Après tout, les incohérences et autres facilités ne sont pas nouvelles dans cette série. L’amorce de l’arc à venir par la suite le démontre bien.

Simultanément à l’exploration du clan Gemini, des actions psychopathiques de Kai et des velléités d’humanité d’Elena, la saison sort de son chapeau une figure totalement improbable ayant un lien direct avec les Salvatore. Non, cette phrase ne fait pas du tout référence à Sarah, une de leurs descendantes qu’Enzo pousse fastidieusement sur le devant de la scène. L’ancien camarade de prison de Damon était l’année passée avenant, il est ici insipide et inutile. Il déteste Stefan, cherche à se venger de lui et brasse tout bonnement du vent. C’est à se demander pourquoi la fiction ne s’en est pas débarrassée parce que là, il n’est qu’un énième poids mort embarrassant. Heureusement, les derniers épisodes lui permettent de se montrer un tant soit peu plus agréable, car lui aussi est connecté à cette femme piégée dans un monde-prison revenant littéralement d’un autre univers. Celle-ci devrait être développée dans le futur et le season finale se termine sur une note apocalyptique intrigante. Pour l’instant, elle rééquilibre certains liens et dépeint des personnages sous un nouveau visage. Tristement, la production a maintenant beaucoup de difficultés à provoquer de véritables émotions. Dire qu’à ses tous débuts, la majorité vantait sa capacité à tuer n’importe qui, n’importe quand. Cette époque est bien loin ! Certes, elle continue de le faire, sauf qu’elle ramène perpétuellement ses protagonistes qui paraissent tous immortels à leurs manières – à condition d’être présents parce que plusieurs épisodes oublient la moitié sur la route. Avec ses enjeux en somme peu exaltants et cette écriture artificielle, il devient compliqué de s’attacher à quiconque et de se sentir bouleversé en voyant ce qui se trame. Cette absence d’empathie ne rend pas le visionnage douloureux, mais elle empêche de se montrer concerné.

En définitive, cette sixième saison de The Vampire Diaries relève enfin légèrement le niveau de la série après deux années assez peu concluantes. Plutôt que de favoriser son héroïne égocentrique et ses atermoiements amoureux, elle choisit d’approfondir quelques-unes de ses figures secondaires, des relations inédites et le grand ennemi à abattre ; celui-ci, d’ailleurs, apporte beaucoup de piment. Bien sûr, elle n’évite nullement les grossières ficelles scénaristiques laissant parfois plus que songeur, mais elle s’en accommode de manière satisfaisante. De toute manière, arrivé à ce stade de la fiction, il convient sûrement d’accepter ses lacunes inhérentes, au risque autrement de passer de forts désagréables moments. En l’occurrence, ces épisodes sont très loin d’être parfaits et peinent à réellement impliquer, mais grâce à une écriture davantage maîtrisée, ils délivrent un divertissement relativement décent.