Kochira Katsushika-ku Kameari Kôen-mae Hashutsujo | こちら葛飾区亀有公園前派出所

Par , le 4 décembre 2015

Personne ne vous en voudra si, vous aussi, vous êtes obligés de faire un copier-coller pour insérer le nom de cette fiction. C’est à se demander ce qui est passé par la tête de l’auteur pour inventer un titre pareil. En tout cas, cela n’a clairement pas empêché Kochira Katsushika-ku Kameari Kôen-mae Hashutsujo de connaître le succès, car bien avant la série télévisée nous concernant aujourd’hui, il y a le shônen manga d’Akimoto Osamu, commencé en 1976 et toujours en cours à l’heure actuelle ; pour l’instant, il comporte près de deux cents volumes et fait partie des mangas les plus vendus de toute l’histoire. Il ne paraît donc pas étonnant que cet univers ait été adapté à l’écran, dont un animé à la longévité tout autant impressionnante, d’ailleurs. En revanche, la version avec de vrais acteurs n’a pas du tout suivi le même chemin puisque, fait suffisamment rare pour être noté, elle a quelque peu été raccourcie. Constituée de seulement huit épisodes, elle fut diffusée entre août et septembre 2009 sur TBS ; le premier dure une heure et le dernier cent minutes alors que les autres se contentent de cinquante minutes. Malgré les audiences décevantes, un film est sorti en 2011 ; il sera traité plus tard sur Luminophore. Sans surprise, l’intitulé à rallonge pouvant être approximativement traduit par ceci est la station de police devant le parc de Kameari de l’arrondissement de Katsushika est souvent abrégé en Kochikame. Aucun spoiler.

Ryôtsu Kankichi, la trentaine avancée, travaille comme policier dans une station de quartier tokyoïte, dans l’arrondissement de Katsushika. Paresseux et immature, il est prêt à tout pour amasser de l’argent qu’il dépense systématiquement n’importe comment. Tel un véritable aimant à ennuis, il vit des aventures extravagantes qu’il partage avec ses collègues et voisins.

Si, lorsque j’ai récupéré cette série, je croyais vraisemblablement qu’elle allait m’amuser, j’ai fini par reprendre raison et penser qu’il y avait de fortes chances pour que tout y soit trop survolté à mon goût. Certes, l’humour japonais ne m’effraye pas et je supporte assez bien le surjeu habituel, mais j’ai l’impression que plus les années passent et moins je tolère toutes ces caractéristiques très marquées. Ou, tout du moins, j’attends un peu plus que ça pour me divertir. Je craignais vraiment que tout y soit vraiment poussif, ridicule et proprement infernal. Finalement, certaines appréhensions furent justifiées et, d’autres, infondées. Ne connaissant pas le matériel original, je ne pourrai pas préciser si l’adaptation est de qualité. Dans tous les cas, il faut clairement commencer cette fiction avec l’esprit ouvert et ne pas y chercher quoi que ce soit de rationnel ou de réaliste. Non, ici, tout est bon pour fabriquer des délires improbables sortant totalement de nulle part, des rebondissements encore plus ubuesques, des retournements de situation incohérents et moult autres ingrédients farfelus. La mise en scène le prouve à merveille, de toute manière, car les décors sont parfois en carton-pâte comme le démontrent les vues d’ensemble miniaturisées du quartier. Le cabotinage est perpétuel pour la quasi-majorité de la distribution qui s’avère, malheureusement, souvent en roue libre. En fait, il en ressort une approche très manga, sûrement volontaire, mais dont l’effet positif est plus que discutable. La production n’est techniquement pas mauvaise, elle est seulement beaucoup trop survoltée et consensuelle pour convaincre de bout en bout. Le rythme se veut en plus très aléatoire et le contenu est tellement indigent qu’un format raccourci de moitié aurait certainement été préférable.

Le Johnny’s Katori Shingo (Bara no nai Hanaya, Shiawase ni Narô yo) endosse le costume de l’antihéros de service, Ryôtsu Kankichi, et il semble y prendre un grand plaisir. Surexcité et multipliant les mimiques, il est sur tous les fronts pour créer une ambiance de pure folie. Le personnage principal de Kochikame représente son unique moteur, ne serait-ce que parce qu’il créé de lui-même toutes les situations dans lesquelles il est plongé parfois bien malgré lui. Tire au flan, cupide, assez pervers sur les bords et manipulateur, il est perpétuellement en train de manigancer pour en retirer des avantages. Tout le monde le connaît, tolère ses défauts, en rit souvent. En d’autres termes, Kankichi cumule toutes les tares possibles et inimaginables, mais l’écriture cherche quand même à le rendre attachant en s’amusant de ses faiblesses et en les tournant en dérision. Sauf que le public, lui, peine à l’apprécier d’autant plus que la structure narrative est répétée chaque semaine, les aventures n’ayant aucun lien entre elles. Effectivement, le policier est confronté à un obstacle, donne l’impression de réagir humainement alors qu’en fait pas du tout, et se retrouve pris à son propre piège. Il n’apprend jamais de ses erreurs et n’évolue pas d’un iota. D’aucuns répliqueraient à juste titre que là n’est de toute façon pas le but de la série qui s’apparente, plutôt, à une sorte de comédie de situation. Les idées sont assez bonnes, truculentes et font preuve de créativité, mais tombent souvent à plat. En prime, le principal problème, c’est que les épisodes ne sont pas drôles. Certains moments permettent d’esquisser un sourire, mais ils sont rares et l’humour reste soit excessivement balourd, soit bien trop répétitif pour amuser. Les grimaces de Kankichi et le fait qu’il hurle constamment n’arrangent pas quoi que ce soit. De surcroît, le sentimentalisme facile, avec des séquences préfabriquées et d’autres en mesure de provoquer artificiellement des émotions, ne fait qu’accentuer les lacunes de l’écriture paresseuse. Les traditions japonaises sont toutefois passées au crible et peut-être qu’il convient d’y être assez familier pour y adhérer totalement.

Tandis que Kankichi s’agite dans tous les sens dans l’espoir d’amasser son pécule et fomente des plans grand-guignolesques, il doit composer avec ceux susceptibles de lui mettre des bâtons dans les roues. Son supérieur hiérarchique, Ôhara Daijirô (Ibu Masatô – Fûrin Kazan), le rouspète régulièrement, mais subi à chaque fois les frais de son employé incompétent. Les autres collègues sont tout aussi colorés, littéralement comme métaphoriquement parlant. À côté du riche héritier devenu policier pour pouvoir tirer avec des pistolets s’habillant tout en jaune (Hayami Mokomichi), sa comparse de rose vêtue jouée par Karina (Love Shuffle) ne dépareille pas. Toutes les figures de Kochikame se veulent décalées et les épisodes n’hésitent jamais à en pousser plusieurs sur le devant de la scène, certaines se montrant récurrentes. En revanche, elles ne sont que moyennement développées et servent surtout de faire-valoir ou de prétexte à des gags tombant à l’eau. Parmi les intrigues vectrices de sujets chers à la télévision japonaise, notons la présence d’un agent de la loi très calme et efféminé gagnant en violence dès qu’il touche une moto, les commerçants du quartier un peu trop facilement malléables, une sorte de clochard campé par Beat Takeshi, un samouraï ne trouvant pas la paix, un yakuza amateur de poésie souhaitant se réconcilier avec sa fille… La production semble s’être donné la peine d’attirer un public en multipliant les visages célèbres. En plus de tous ceux déjà cités, il convient d’évoquer l’apparition de quelques Johnny’s – dont des compères de Katori Shingo –, Becky, Kunimura Jun, Ishihara Satomi, Nishida Toshiyuki, le scénariste Kudô Kankurô, Katase Nana, Abe Tsuyoshi, Nakamura Shidô, Nukumizu Yôichi, Sakaguchi Tak, Tanaka Kôtarô et beaucoup, beaucoup d’autres.

Pour conclure, Kochikame dépeint les aventures rocambolesques de son policier surexcité avec un énorme poil dans la main prêt à tout pour empocher de l’argent. Malgré une mise en scène assez inventive, une liste d’invités plutôt intéressante et une ambiance normalement propice à la rigolade ébouriffante, cette série ne satisfait que très sporadiquement. Étonnamment, l’approche volontairement excessive et le canevas narratif redondant ne représentent pas forcément les principaux griefs de cette espèce de sitcom nippone. Car ce qui la dessert, finalement, c’est qu’elle manque de rythme et d’un humour franchement communicatif. Pour une fiction supposée divertir et provoquer des rires, elle passe régulièrement à côté de sa mission et laisse la majeure partie du temps une impression de farce sentimentaliste très approximative.


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