Alors que certainement personne ne l’attendait, voilà que Heroes se relève de ses cendres plus de cinq ans après avoir quitté l’antenne. La production de Tim Kring a en prime mis les petits plats dans les grands puisque, avant l’arrivée de la mini-série intitulée Heroes Reborn se déroulant quelque temps après la fin de la quatrième saison, elle a multiplié les initiatives promotionnelles. La web-série Heroes Reborn: Dark Matters se range justement dans cette catégorie de bonus. Constituée de six épisodes d’une durée de cinq à onze minutes, elle est sortie sur le site de NBC en juillet 2015. Aucun spoiler.

Heroes Reborn n’est pas, comme son titre pourrait le laisser suggérer, une sorte de réécriture de l’univers tel qu’il nous a déjà été raconté. Non, cette mini-série s’inscrit après les aventures de Claire, Peter et des autres. Dark Matters, elle, sert de pont entre les deux et permet de replacer le contexte. Vraisemblablement, l’idée des scénaristes est de retourner aux origines. Il semble tout à fait possible de se lancer dans cette fiction inédite sans avoir regardé au préalable les saisons précédentes et celle-ci n’oublie pas pour autant ses téléspectateurs d’antan. Ne le nions pas, apprendre que la série revenait à l’écran avait de quoi laisser plus que perplexe. Effectivement, en dehors d’une première année plutôt satisfaisante, les suivantes s’avéraient extrêmement médiocres, voire proprement ineptes. Malgré tout, j’ai eu envie de m’y replonger, en espérant peut-être naïvement que toutes les erreurs passées seraient atténuées ou, mieux, omises.

Cinq ans se sont écoulés depuis que Claire Bennet a révélé ses aptitudes particulières aux yeux de tous. La planète s’est métamorphosée et les Évolués, les humains détenant des habiletés extraordinaires, se font progressivement connaître. L’une d’entre eux, Phoebe Frady (Aislinn Paul), commence à découvrir ses capacités assez originales et est encouragée dans sa démarche par son frère, Quentin (Henry Zebrowski). Sauf que les autorités et la société ne paraissent pas prêtes à voir ces Évolués surgir de nulle part et agissent en conséquence. Par exemple, des pays liberticides traquent ces individus n’ayant fait de mal à personne, les fichent ou, pire encore. D’autres, plus démocratiques, suivent insidieusement un chemin identique. En plus d’être marginalisées et craintes par un monde qui ne les comprend pas, les personnes comme Phoebe ne peuvent mener une existence normale. La situation se complexifie d’autant plus lorsqu’une terrible tragédie arrivant à Odessa alimente la paranoïa et la chasse aux sorcières. Des résistances s’organisent, mais sont rapidement étouffées dans l’œuf par une mystérieuse nouvelle compagnie aux vastes ramifications.

Malgré son très court format, Dark Matters réussit sans aucune difficulté à installer un climat intrigant et une tension sous-jacente. Le début se montre pourtant jovial et amusant grâce à l’enthousiasme de Quentin, la fraîcheur de Phoebe et leur jolie relation. En dépit de quelques clichés, le frère et la sœur se veulent aisément attachants et le public participe avec plaisir à leurs découvertes. À travers des sortes de flashbacks et des messages laissés par le Héros de la vérité à l’allure étrangement familière, la web-série distille des éléments angoissants prenant peu à peu corps. La réalisation vivante avec la caméra à l’épaule injecte une énergie stimulante et plutôt réjouissante. Fondamentalement, ces épisodes n’apportent pas grand-chose de plus que ce qui a déjà été illustré tantôt, et ils donnent d’ailleurs l’impression de réutiliser des thématiques également vues dans la franchise X-Men. Il est en effet brièvement question d’acceptation et de différences, de pouvoirs spéciaux, d’une vaste chasse à l’homme hyper organisée, de corruption au sein des plus hautes instances, etc. Cependant, l’ennui ou la redondance ne priment absolument pas, au contraire. En plus d’introduire des personnages à potentiel évident, cette courte production se permet moult références et autres clins d’œil à la série mère.

Pour résumer, Heroes Reborn: Dark Matters amorce rapidement, mais efficacement, les enjeux de la mini-série à venir tout en s’armant des caractéristiques des débuts de la fiction. Discrimination, terrorisme, complots et résistance seront certainement au programme des futures réjouissances. Admettons, cette mise en bouche rafraîchissante a de l’allure et donne envie de lancer les épisodes à venir, ne serait-ce que parce qu’elle soulève d’intéressantes interrogations.