Supernatural (saison 10)

Par , le 22 décembre 2015

Soyons honnêtes quelques secondes. Qui, en 2005, aurait parié que Supernatural s’installerait dans le paysage télévisuel durant au moins une décennie ? Pas grand monde, non ? Eh bien, si, elle l’a fait et, encore mieux, elle paraît inarrêtable. Sa dixième saison, composée de vingt-trois épisodes, fut diffusée sur The CW entre octobre 2014 et mai 2015. Aucun spoiler.

En se montrant redondante, mécanique et en omettant d’injecter un minimum de surprise et d’étincelles, la saison précédente ne parvenait que trop rarement à impliquer ses téléspectateurs. Sans être mauvaise ou ennuyante, elle laissait surtout un sourire poli sur le visage et s’oubliait rapidement une fois le poste éteint. Abbadon y était abattue, Crowley retrouvait sa place de roi de l’Enfer et Metatron semblait parti pour vivre des siècles, voire des millénaires dans sa prison céleste. Malgré les principales menaces écartées, les Winchester ne s’en sortaient pas tout à fait indemnes, car Dean se réveillait avec les yeux… noirs. C’est donc en tant que démon qu’il commence ces épisodes inédits. La marque de Caïn l’a profondément transformé et il paraît embrasser sa nouvelle nature. Son quotidien se résume à tuer des créatures fantastiques l’ayant plus ou moins mérité, manger des hamburgers et boire de la bière dans des bars miteux en compagnie de son supposé souverain, et passer la nuit avec quelques femmes esseulées. Il s’amuse et se fiche royalement de tout. Sam, lui, cherche à le retrouver, et quand il réalise l’ampleur de la tâche qui l’attend, il ne baisse pas les bras. Au moins, ils se parlent enfin et sortent sensiblement de leur relation tournant jusque-là en boucle. Voir Dean en monstre pouvait se révéler, sur le papier, intéressant, mais à l’écran, le résultat se veut surtout fastidieux et peu exaltant. Contre toute attente, l’écriture choisit d’ailleurs de s’en détacher rapidement. Le fil rouge est en réalité celui de la marque de Caïn et la tentative des frères de l’éradiquer. Bien que cet enjeu soit techniquement important, il reste tout de même peu enthousiasmant ou intense, et poussivement mis en scène. Dans la grande partie des épisodes, Dean capitule, Sam s’entête, répète que son aîné va de plus en mal et… c’est tout. La saison délivre par conséquent un désagréable sentiment de surplace, voire de flou narratif. L’irruption en fin de parcours d’un danger redoutable ne change guère la donne et fait surtout ressembler ce chapitre laborieux à une introduction peu pensée en amont, une sorte de transition bancale.

Autrefois, Supernatural s’attardait sur l’Apocalypse, la découverte de léviathans et moult luttes susceptibles de ravager la planète entière. Les chasseurs se lançaient corps et âme dans ces batailles vraisemblablement perdues d’avance. Cette année, la menace n’en est pas une à proprement parler. Cette absence totale de souffle épique et d’arc majeur nuit grandement à ces aventures qui semblent ne jamais vouloir vraiment démarrer d’autant plus qu’elles multiplient les récits classiques et prévisibles. Les semaines se suivent, les protagonistes agissent chacun dans leur coin et les éléments mettent de surcroît beaucoup de temps avant de se connecter ensemble. Déjà que la galerie de la production est restreinte, alors si en plus elle ne prend pas la peine de les faire communiquer ou d’ajouter de nouvelles figures, la catastrophe paraît proche. Le thème de la marque de Caïn n’est pas dénué d’intérêt, mais rien, en dehors peut-être du 10×22, The Prisoner, n’est fait pour asseoir ses retombées ou montrer directement ce qu’elle implique. Dean souffre de ses pulsions meurtrières, de ses actes en tant que démon, serait sur le fameux point de rupture, et croit son issue inéluctable. Que reste-t-il à part ça ? Rien. Sam lui cache ses recherches et, sans aucune surprise, arrive un moment où ses secrets presque compréhensibles lui explosent en plein visage et induisent la disparition d’un des rares survivants de la série. À ce sujet, le sort de l’individu en question est d’une platitude effroyable en s’avérant aussi expédié et privé d’émotion. Quelle honte. Bref, cet enjeu n’en porte que le nom et les tentatives d’intrigues parallèles ne sauvent pas l’ensemble, bien au contraire, car elles s’embarrassent de défauts tout autant similaires.

Tandis que les frères veulent retrouver un semblant de normalité, Castiel sombre dans un premier temps dans la faiblesse. Puisqu’il ne lui reste presque plus de grâce angélique, il ne dispose d’aucune force et peine grandement. Toute action lui demande un immense effort. Quand il commence enfin à se recolorer, c’est comme si la série occultait son statut d’être céleste parce qu’il utilise peu ses pouvoirs. Au lieu de ça, il se contente de se déplacer dans son horrible véhicule et d’officier en plante verte. La saison cherche à le développer un minimum avec le retour de la famille de son hôte, dont son épouse campée par Leisha Hailey (The L Word), mais malgré quelques séquences assez jolies, le résultat demeure encore une fois plat. Crowley n’est pas beaucoup plus gâté par le scénario, avouons-le. Il s’est ramolli au contact des Winchester et s’approche dangereusement des humains. Pire, il finit par s’ennuyer et se laisse influencer par l’égoïste et manipulatrice sorcière Rowena (Ruth Connell) partageant avec lui une relation inattendue. Heureusement que cette femme réussit à se montrer pertinente en fin de parcours, car jusqu’aux deux tiers de ce chapitre, elle irrite profondément. Entre son horrible accent écossais, son ton affecté, son irascibilité ou ses minauderies en tous genres, elle a de quoi rendre fou. Un des maints problèmes de cette année, c’est qu’elle n’exploite jamais quoi que ce soit, se contente de récits indépendants génériques et, en prime, se dotant d’une métaphore non subtile de la dynamique liant Dean à Sam. Rien de neuf, donc. Seul le deux centième aux nombreux clins d’œil, le 10×05 intitulé Fan Fiction, sort peut-être un peu du lot grâce à cette histoire de comédie musicale menée par des lycéennes passionnées du cycle littéraire de Carver Edlund. Pour la petite anecdote, notons la présence de plusieurs acteurs vus dans Stargate SG-1 et Atlantis : Paul McGillion, David Nykl et Teryl Rothery.

Pour résumer, Supernatural a beau souffler sa dixième bougie avec cette nouvelle année, elle propose surtout sa plus mauvaise salve d’épisodes depuis ses débuts. La sympathie et l’attachement que l’on peut avoir pour ses héros et son univers ne suffisent clairement pas à rendre le visionnage divertissant. C’est bien simple, l’ennui prédomine dans ce chapitre sans surprise ne s’armant ni de tension dangereuse, ni d’enjeu palpable, ni d’impact émotionnel. Avec ce côté redondant, la sous-exploitation des personnages secondaires et une léthargie embarrassante, la série donne l’impression de péricliter doucement, mais sûrement, et provoque surtout une profonde nostalgie. Bien que la conclusion semble vouloir nous diriger vers un grand antagoniste insaisissable, la perplexité l’emporte et laisse peu optimiste quant à l’avenir de cette production devenue bien paresseuse. N’est-il pas sérieusement temps de s’en aller ?


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