Jûi Dolittle | 獣医ドリトル

Par , le 16 mars 2016

Chaque saison, les billets dédiés aux nouveautés japonaises me servent notamment à faire le tri dans ce qui m’intéresse. D’aucuns pourraient répliquer qu’au bout du compte, je regarde très peu d’entre elles. Ce n’est pas tout à fait vrai ; non, je prends seulement mon temps. La preuve, je discutais de Jûi Dolittle il y a… euh, plus de cinq ans, et voilà que je viens enfin de la terminer. Il s’agit d’une adaptation du seinen manga de Natsu Midori, composé de vingt volumes sortis au Japon entre 2001 et 2014, et présentement indisponible en France. Cette histoire est également connue sous l’appellation Veterinarian Dolittle. Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, la série télévisée se constitue de neuf épisodes diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2010 ; comme souvent, le premier et le dernier disposent de quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Aucun spoiler.

Tottori Kenichi a beau être un excellent vétérinaire, il s’avère un peu trop froid et condescendant pour les humains. Qui plus est, il n’hésite pas à pratiquer des tarifs exorbitants, considérant que ses talents méritent d’être convenablement payés. Il se fiche royalement de sa réputation et ne pense qu’au bien-être des animaux. L’irruption dans sa vie d’une jeune femme devenant rapidement son assistante bouleverse son quotidien. Tous deux continuent de panser les plaies de leurs patients régulièrement laissés pour compte et doivent simultanément composer avec les maîtres de ceux-ci, mais également avec leurs propres confrères.

Malgré une distribution fort sympathique, ce Jûi Dolittle ne me tentait pas trop et c’est d’ailleurs pourquoi il a veillé aussi longtemps dans mes dossiers. Je n’ai jamais eu l’occasion de lire le manga et je serai donc bien en peine de spécifier si cette transposition à l’écran se révèle fidèle. Quoi qu’il en soit, il semble évident que des coupes et autres simplifications doivent être présentes puisque l’on ne résume pas un récit s’étalant sur vingt volumes en neuf petits épisodes. De toute manière, le j-drama est paru bien avant la conclusion de la version papier. Je craignais retrouver ici un format bien routinier où les aventures se suivaient et se ressemblaient. Sans aucune surprise, c’est effectivement le cas. Une sorte de fil rouge prend racine, mais il demeure ténu et peu intéressant. À la place, la production préfère répéter un canevas similaire devenant rapidement redondant. Tristement, l’emballage ne sort aucunement des sentiers battus, et en dehors d’une jolie ballade entendue de-ci de-là, Otoshimino de miwa, tout y sonne trop basique ou médiocre pour marquer positivement. À la rigueur, certaines lacunes se toléreraient si la série veillait à soigner ses détails, mais elle ne le fait nullement. La réalisation accentue d’autant plus l’amateurisme ambiant avec des plans mal mis en scène et des choix discutables. Rien que les premières minutes le prouvent avec cette séquence totalement idiote où un chat tombe d’un immeuble suite à un coup de vent. La supposée jument du premier épisode avec son attribut purement masculin en est un autre exemple criant de vérité. En clair, l’écriture se montre paresseuse, voire honteuse du fait d’une multitude d’incohérences et de rebondissements stupides. Le récit tient à illustrer l’importance du travail de vétérinaire si ce n’est qu’à travers maints ingrédients factices, il perd en crédibilité.

Chaque semaine, Jûi Dolittle s’attarde sur un cas particulier permettant en plus de rencontrer plusieurs invités : Kuninaka Ryôko, Ryô, Kaho, Masuda Takahisa, Konno Mahiru, Matsushita Yuki, Ishimaru Kenjirô, Nishimura Masahiko, Ôhashi Nozomi, Saotome Taichi… Un animal est malade ou blessé, son maître ou quelqu’un l’ayant recueilli veut le faire soigner, vient voir un vétérinaire, mais se heurte à différents problèmes. Certains d’entre eux n’ont pas les moyens de payer, d’autres n’ont aucune envie de dépenser une telle fortune, quelques autres cachent des motivations diverses, etc. Pendant tout l’épisode, le propriétaire de la petite créature à guérir est d’abord réticent, peste et, bien sûr, finit en pleurs avant de remercier avec grande effusion l’acariâtre Tottori Kenichi qui, derrière son discours capitaliste clamant qu’être vétérinaire est un business, a toujours raison. Ce schéma scénaristique prouve d’emblée ses faiblesses en raison d’un sentimentalisme prédominant, d’une prévisibilité fâcheuse et de ficelles trop grossières. Déjà, il ne paraît pas nécessaire de s’y connaître pour constater que rien n’est réaliste. Entre les propos ubuesques des soignants ou le fait que quatre spécialistes s’affairent auprès d’un hamster dans le bloc opératoire, il y a de quoi ricaner dans son coin. Le devenir de ces animaux ne fédère guère et peine donc à impliquer le public. La psychologie des humains ne s’avère pas beaucoup plus mesurée ou logique, les personnages secondaires agissant n’importe comment et répétant continuellement des erreurs pourtant faciles à gommer. Certes, la profession de vétérinaire a de quoi fasciner et mérite des louanges, mais la transformer en vrai sacerdoce et accentuer la caricature pouvaient être oubliés. Au moins, même si elle s’y adonne très maladroitement à travers sa morale, la série cherche à éveiller les consciences sur l’importance de ne pas voir les animaux comme des choses matérielles. Comparées au reste, les tentatives de réflexion sur l’euthanasie piquent légèrement l’intérêt et, de même, le rapport avec l’argent est également plutôt correctement traité, le héros expliquant régulièrement que son travail mérite salaire ; franchement, la vie d’un être cher n’induit-elle pas bien des sacrifices ?

Depuis ses études à l’université, quelques proches de Tottori Kenichi le surnomment Dolittle, car il ressent de l’empathie pour ces créatures sans paroles qu’il soigne. En revanche, il est plus que misanthrope, arrogant et ne fait aucun effort pour plaire à leurs maîtres, quitte à se les mettre tous à dos en deux secondes. Oguri Shun incarne ce vétérinaire peu amène et, honnêtement, l’acteur n’y est pas à son avantage avec une horrible coupe de cheveux et des vêtements informes. Le protagoniste n’est pas attachant bien que, comme par hasard, il ne se veut pas aussi détaché qu’il ne le laisse paraître. Ce héros évolue assez peu au fil de la série, au contraire d’autres le côtoyant se révélant plus sympathiques. Suite à certaines circonstances, Tottori accepte d’embaucher Tajima Asuka, la propriétaire d’un cheval de compétition. Pour rembourser ses dettes, elle travaille pour lui gratuitement et n’en rate pas une pour essayer de le rendre plus agréable envers ses congénères. La jeune femme représente la conscience morale et la bonne humeur de son interprète, Inoue Mao, permet de ne pas trop tiquer devant autant de clichés. Il est d’ailleurs plaisant de retrouver les deux acteurs après leurs aventures dans Hana Yori Dango. À ce duo s’ajoute un troisième larron, le vétérinaire adulé du public, Hanabishi Masaru (Narimiya Hiroki – Stand Up!!, Orange Days). En sus de sa clinique, il anime une émission de télé, se balade dans sa Ferrari et est un ancien camarade de fac de Tottori. Les deux ne se ressemblent pas du tout, mais partagent le même amour pour cette carrière et leurs missions. Contre toute attente, cet individu populaire tait la vérité au sujet d’une blessure handicapante et compte alors encore plus sur son ami qu’il place sur un piédestal. Afin de pimenter un tant soit peu son histoire, Jûi Dolittle injecte une intrigue en lien avec un antagoniste cupide. Par contre, ceux espérant y trouver une romance peuvent tout de suite passer leur tour parce qu’il n’y a rien de rien. Non, le scénario ne cherche qu’à créer des situations simplistes et sirupeuses.

Comme partout, la profession de vétérinaire n’est pas constituée de perles humanistes. Quelques-uns d’entre eux sont attirés par l’appât du gain et prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Le patriarche Domon est l’un d’entre eux. Il désire succès, renommée, et oublie l’intérêt des animaux pour son propre profit. Un de ses souhaits est de rattraper le retard du Japon dans cette discipline bien plus avancée en Occident. Pour cela, il essaye d’obtenir un haut poste et n’hésite pas à manipuler du mieux qu’il peut Hanabishi, tout en rêvant d’agir de même avec Tottori. Sauf que ce dernier voit clair dans le jeu de cet individu sobrement campé par Kunimura Jun (Soratobu Tire). Dans sa course, cet homme d’affaires aux dents longues ne réalise pas qu’il blesse ses enfants, à savoir son fils aîné, Yûzô (Kasahara Hideyuki – Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), avide d’être considéré par son père autoritaire, et le cadet, Junpei (Suda Masaki – Kamen Rider W), encore au lycée, mais n’ayant pas envie de suivre la voie familiale. Les épisodes dépeignent les manigances de Domon, la réaction des héros qui, au fil du temps, gagnent en assurance, acceptent leurs lacunes et avancent pour se dépasser. Asuka et Hanabishi progressent assez, ce qui fait toujours plaisir, même si leur chemin reste scrupuleusement convenu et qu’aucun ne sort de la sphère professionnelle. Tout s’y veut bien bancal, finalement, surtout que les développements sont brutaux et parfois illogiques. La fiction a beau essayer d’apporter de la tension et du drame, le dénouement demeure systématiquement lisse afin de ne pas heurter la sensibilité de quiconque. Un peu plus de subtilité, d’originalité et de fêlures n’auraient pas froissé qui que ce soit, au contraire. Le j-drama se prend trop au sérieux et manque d’humour et d’un minimum de second degré.

Pour résumer, Jûi Dolittle fait partie de cette myriade de séries japonaises consensuelles ne valant clairement pas un quelconque investissement, que l’on ait une appétence pour la distribution ou non. Les plus jeunes se laisseront peut-être séduire par cette effusion de bons sentiments et d’animaux en situation de faiblesse puisqu’en dépit d’une curieuse absence d’émotions, tout est préfabriqué pour appuyer la mièvrerie ambiante. Les autres, en revanche, auront sûrement des difficultés à se passionner devant ce récit bien trop répétitif pâtissant d’une écriture poussive et caricaturale. Si ce n’est une interprétation somme toute assez correcte et l’évolution de quelques personnages, cette fiction familiale cumule les défauts, à commencer par une crédibilité inexistante.


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