Tout vient à point à qui sait attendre, n’est-ce pas ? Après tout, cela fait seulement presque huit ans que j’ai regardé Merlin, donc je n’ai pas à me presser pour m’attaquer à la suite. J’admets qu’elle ne me disait rien qui vaille, mais comme je trie mes dossiers… Place à Merlin’s Apprentice, une mini-série étasunienne de deux épisodes d’une heure et demie chacun, produite par Hallmark Entertainment – depuis devenu Sonar Entertainment – et sortie en avril 2006. Aucun spoiler.

Après la lutte contre la terrible Mab, le grand magicien Merlin s’est retiré des affaires humaines, cela dans le but de se reposer quelques mois et de retrouver des forces. Quand il avait quitté Camelot, alors enfin en paix, Arthur était au pouvoir et les habitants vivaient en harmonie. À son réveil, l’enchanteur réalise avec stupeur qu’un demi-siècle s’est écoulé et que, malheureusement, la situation a perdu de son équilibre. Presque tous ceux qu’il connaissait sont morts, les environs ne ressemblent parfois plus qu’à des ruines et le Graal a mystérieusement disparu. Son principal objectif est de remettre la main sur cet objet fabuleux afin de rendre sa gloire au royaume. Pour cela, il fait équipe avec un jeune voleur arrogant aux multiples talents, Jack.

Si Merlin’s Apprentice s’apparente, sur le papier, à une suite directe de la mini-série Merlin se suffisant pourtant à elle-même, elle s’en détache sur plusieurs points. Déjà, elle ne s’inspire aucunement des légendes arthuriennes et propose une histoire fictive uniquement agrémentée de quelques éléments du mythe. Les amateurs du genre devront donc passer leur tour s’ils souhaitent être comblés surtout que les prises de liberté prédominent. Par exemple, la Dame du Lac, encore incarnée par Miranda Richardson, se transforme en antagoniste. Parfaitement. Autant la production initiale réussissait à divertir assez correctement malgré divers écueils, autant celle-ci, pas du tout. Visuellement, elle a beau être bien plus récente, elle souffre grandement de son âge. Les incrustations numériques sont très laides, la réalisation pèche par son manque de rythme et les décors et autres costumes sonnent préfabriqués. Tout y paraît factice et l’interprétation calamiteuse de la grande majorité de la distribution n’arrange pas du tout l’affaire, bien que les acteurs ne soient pas gâtés avec des dialogues ridicules. Le budget s’avère probablement moindre, mais là n’est pas la question. Et puis, honnêtement, quel est le but de reprendre des figures déjà connues, de les remodeler n’importe comment et de proposer un récit aussi prévisible et caricatural ? Pourquoi ne pas plutôt s’en détacher totalement et ne revendiquer aucune paternité ? Car effectivement, cette série en deux épisodes oublie tout ce qui s’est déroulé auparavant et fait comme si Merlin ne tenait pas compte de Nimue ou de ses envies de mortel d’antan. Malgré l’agacement que cela induit, tout ceci pourrait rester tolérable si le scénario en lui-même gardait un minimum d’intérêt.

Du haut de sa vingtaine d’années, Jack (John Reardon) pénètre en catimini dans Camelot. Sûr de lui, fier de sa personne, il vole tout ce qui bouge et vivote au gré du vent. En rencontrant par hasard Merlin qui vient de sortir d’un long sommeil, tous deux ont des visions du Graal. Si cela paraît normal pour le magicien, ce n’est pas le cas du héros. Qui est-il ? Quels sont donc ses pouvoirs qu’il semble posséder ? Merlin s’interroge sur la question et décide de prendre le jeune homme sous son aile en dépit de ses récriminations. Le titre de la mini-série laisse augurer un apprentissage, un enseignement des rudiments de la sorcellerie, mais il n’en est rien. Non, l’ancien grand ami d’Arthur n’inculque que de rapides broutilles à Jack. À la place, le récit s’attarde sur des aventures sans queue ni tête où le personnage principal voyage au fil des régions, se dispute avec Brian travaillant pour le commandant d’armes et qui finalement se nomme Brianna (Meghan Ory – Once Upon a Time, Higher Ground), une femme déguisée en homme. Une relation romantique en filigrane s’instaure entre eux et leur alchimie se révèle aussi inexistante que leur charisme individuel. À noter que le père de Brianna est joué par David Nykl (Stargate Atlantis). Les atermoiements d’Yvonne, descendante directe de Gawain, usent plus que de raison. L’ambiance est nulle et la dimension tragique de naguère se doit d’être oubliée, le registre alternant entre un ton supposément humoristique et un sentimentalisme exacerbé. Les rebondissements, avec des méchants unilatéraux comme Rauskaug et des retournements de situation idiots et incohérents, ponctuent le reste. Merlin, toujours incarné par Sam Neill, n’est pas le héros de cette production indigente, le point de vue étant celui du falot Jack, et de toute manière, il n’a plus du tout l’étoffe d’un grand sorcier.

Pour résumer, la mini-série Merlin’s Apprentice est censée s’inscrire dans la continuité des aventures précédentes, mais elle décide finalement de s’en écarter radicalement. Au lieu de favoriser la magie et l’inventivité, elle offre un récit de fantasy convenu très mal écrit, au rythme laborieux et où son protagoniste, un jeune freluquet extrêmement irritant, découvre ses pouvoirs et les secrets entourant son existence. Les deux épisodes se veulent ainsi assez pénibles à regarder surtout qu’outre une esthétique plutôt kitsch, ils ne cherchent aucunement à tirer profit de la richesse des légendes arthuriennes. Au contraire, les quelques éléments du canon sont transformés n’importe comment, quitte à horripiler les connaisseurs. Quant au reste, les poncifs se multiplient et l’ensemble ne dispose d’aucun argument apportant un semblant d’épaisseur à ses principales figures ou à son histoire préfabriquée. Interminable, clichée et ennuyante, les adjectifs ne manquent en revanche pas pour qualifier cette production à éviter.