Peplum (saison 1)

Par , le 1 juin 2016

Il est tellement rare de voir de nouvelles fictions mettant l’Antiquité à l’honneur qu’il y a de quoi avoir envie de se jeter sur n’importe quoi. C’est ainsi que la série Peplum, notamment produite par Thierry Ardisson, s’est retrouvée dans mes dossiers. Sa première saison comporte trois épisodes de quatre-vingt-dix minutes chacun qui furent diffusés entre février et mars 2015 sur M6. Contre toute attente, en dépit d’audiences en berne et d’une mauvaise réception, la chaîne a décidé de lui offrir une suite. En revanche, elle se contentera de capsules de trois minutes et des poussières, ce qui ne sera sûrement pas un mal. Aucun spoiler.

Bravus est un ancien esclave travaillant désormais sous les ordres directs de l’empereur César Maximus en tant que Premier conseiller. Sa tâche s’avère à la base déjà compliquée puisqu’il tente de préserver la paix et la tranquillité de ses concitoyens, mais il doit en plus composer avec un dirigeant tyrannique et profondément stupide, tout en répondant aux exigences de sa famille appréciant ses privilèges. Il va sans dire qu’arrive un moment où la crise de nerfs s’annonce.

Malgré les critiques assassines dès la sortie de Peplum et les avertissements d’un proche connaissant mes goûts, j’ai décidé de lui donner sa chance. Je n’y peux rien, j’aime trop cet univers historique pour ne pas essayer tout ce qui s’y rapporte. Et puis, honnêtement, la courte durée de cette saison permet justement de limiter l’investissement. Beaucoup l’ont vraisemblablement comparée à Kaamelott que je n’ai jamais regardée, car les quelques rares et brefs passages sur lesquels j’ai eu l’occasion de tomber ne m’ont pas du tout intéressée. Je serai donc incapable de préciser si le plagiat ne fait aucun doute ou, plus simplement, d’indiquer les similitudes. Personnellement, je l’apparenterais à la britannique Plebs en raison de son contexte et de ses figures plutôt idiotes. Avant de discuter du sujet du jour, je tiens également à informer les nouveaux sur Luminophore que je ne me trouve pas dans le public visé par cette fiction. Les comédies ne m’attirent pas et, de surcroît, l’humour français me laisse presque toujours de marbre. La présence de Thierry Ardisson à la production tend surtout à m’effrayer, d’ailleurs. En dehors de son cadre, Peplum ne détient effectivement pas, sur le papier du moins, d’un quelconque élément susceptible de m’enthousiasmer. Bon, ce n’est pas la peine de faire durer le suspense artificiellement, ce que j’ai regardé ne m’a pas plu. Sans forcément conspuer violemment cette série comme d’autres l’ont fait, il paraît indéniable qu’elle ne dispose que trop peu d’atouts.

Bien qu’elle comporte trois épisodes, chacun d’entre eux est en réalité divisé en une succession de chapitres, ce qui rend le visionnage assez particulier et découpé. Si la fiction a été conçue pour s’apparenter à un programme court, pourquoi ne pas l’avoir diffusée de la sorte ? Son format atypique entrave quelque peu le divertissement et induit un certain manque de fluidité dérangeant. Surtout qu’au final, malgré un semblant de fil conducteur, la continuité des intrigues ne prime pas du tout tant les récits se suivent et n’apportent pas une véritable évolution narrative ou des personnages. En revanche, la forme en tant que telle ne se veut pas si catastrophique que ce que l’on aurait pu imaginer. La musique composée par Dominique Grimaldi tente de créer une atmosphère digne de ce nom, mais botte en touche avec ses sonorités convenues et parfois grandiloquentes. S’agissant d’une production humoristique, la partie historique n’est qu’un accessoire parmi d’autres pour offrir un parallèle avec l’époque contemporaine. C’est pourquoi y voir maints anachronismes, erreurs factuelles et de costumes ne gêne pas de trop, surtout comparé au reste. Visuellement, en dépit d’une photographie trop pimpante et lisse, les épisodes s’en sortent plutôt bien et les figurants assez nombreux permettent de s’immerger relativement vite dans cet univers choyant le second degré.

L’ambition de Peplum transpire à travers ses aventures sauf qu’au bout du compte, le résultat ne convainc guère. Pourtant, les idées répondent à l’appel, mais l’écriture hasardeuse, le traitement caricatural des protagonistes, la mise en scène assez poussive et les dialogues régulièrement indigents plombent littéralement l’ensemble. Dérider les zygomatiques n’est jamais facile et pour cela, cette série s’arme essentiellement d’un humour pince-sans-rire. Sur un ton sérieux, elle propose des tranches de vie où les héros interagissent et se retrouvent confrontés à différents obstacles souvent incongrus. L’objectif semble être de créer un décalage supposément drôle entre le registre moderne et le cadre rigide de la Rome antique. Malheureusement, les blagues se succédant à vitesse maximale ne font que trop rarement mouche. Les gags sont recyclés à outrance et peu novateurs. Accessoirement parlant, la voix off assénant des banalités et répétant ce qui a déjà été montré à l’écran n’arrange pas quoi que ce soit. Peplum s’en sort un peu mieux avec l’interprétation de plusieurs acteurs, dont le personnage principal, Bravus (Pascal Demolon – Rani), qui doit courir partout entre l’Empereur invivable et ses proches nécessitant d’être surveillés en raison de leurs constantes bêtises. Dans tous les cas, le scénario est d’une simplicité extrême et se borne trop souvent à jouer avec ses invités : Michèle Laroque, Isabelle Nanty, Franck Dubosc, Kad Merad, Olivier Baroux, Norman Thavaud et beaucoup, beaucoup d’autres.

Au sein des trois épisodes, Bravus se trouve ainsi confronté aux demandes de César Maximus (Jonathan Lambert), souverain impossible et profondément idiot. Naturellement, comme ce dernier n’est pas doté d’une once d’intelligence et ne supporte pas d’être contredit, le héros doit tempérer à longueur de journée. Entre les révoltes du peuple, les émissaires de régions voisines et autres missions de son travail, il n’arrête pas. À la maison, sa femme (Nicole Ferroni) a du mal à s’adapter à sa vie de riche puisque dans le temps, Bravus était un esclave. Leurs enfants, eux, s’en accommodent parfaitement ; le fils (Anthony Sonigo) s’intéresse au christianisme et la fille (Lou Chauvain), elle, est une grande superficielle matérialiste. Bref, les stéréotypes et clichés ne manquent pas, mais ils sont surtout là pour être tournés en dérision et alimenter les blagues. L’arrivée des nouvelles technologies, la misère sociale et plus principalement l’ouverture sur une religion monothéiste figurent au rang des parallèles avec notre époque, bien que ces thématiques demeurent tout de même assez ténues. L’idéal aurait justement été de davantage les appuyer et de mettre en arrière-plan les autres évènements plus passe-partout.

Pour résumer, la première saison de Peplum illustre les aventures rocambolesques du pauvre conseiller d’un empereur décadent pas très malin tentant à sa manière de conjuguer vie professionnelle et personnelle. Dès le départ, cette production se fourvoie avec son format trop long, haché et finalement peu adapté. Avec un défilé d’invités et une succession de rebondissements supposément humoristiques, elle n’approfondit jamais quoi que ce soit et se borne à des situations déjà vues, redondantes et d’une platitude extrême. En oubliant de soigner son écriture et ses répliques ou de rythmer ses vignettes scénaristiques, elle montre sa paresse et ne parvient donc pas à divertir convenablement. C’est d’autant plus dommage que son ton moderne faussement décalé dans un décor ancien, ses liens avec l’actualité et son absurdité ironique auraient pu satisfaire un minimum, à défaut de laisser une empreinte mémorable. En bref, non, cette série ne mérite probablement pas d’être autant décriée, mais elle ne nécessite pas non plus un quelconque visionnage, sauf si la suite réussit à s’affranchir de ces moult écueils.


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