Black Sails (saison 2)

Par , le 29 juin 2016

Même si nous sommes en été et que la météo ne nous en donne pas réellement l’impression, au moins Black Sails ne peut nous décevoir avec ses paysages sentant bon le sable chaud. Sa deuxième saison, encore une fois constituée de dix épisodes d’une cinquantaine de minutes, fut diffusée sur Starz entre janvier et mars 2015. Rappelons qu’une quatrième a déjà été annoncée pour 2017. Aucun spoiler.

Après des débuts encourageants, je ne me voyais pas oublier cette série mettant à l’honneur la piraterie. Avec son souffle épique allant crescendo et ses personnages nuancés, il n’en fallait pas beaucoup plus pour m’enthousiasmer. L’année précédente se terminait notamment sur la capture de Flint par son propre équipage avant qu’ils ne finissent tous par s’échouer, découvrant par un heureux hasard que l’Urca de Lima et ses montagnes d’or étaient à leurs pieds. Ces aventures inédites ne laissent pas de répit et démarrent tambour battant. Se sachant condamné s’il n’agit pas, Flint propose un plan pour piller le galion espagnol et s’allie bon gré mal gré à John Silver. Les deux se lancent alors à l’attaque, dans l’espoir de mettre le grappin sur ce trésor ayant motivé leur long et dangereux périple. Sur New Providence, la situation s’avère aussi explosive, car la géopolitique n’a peut-être jamais été autant chamboulée. Vane et ses comparses ont aisément envahi le fort de Nassau et contrôlent désormais les canons pointés vers le port, ce qui leur offre un ascendant incontestable. Eleanor tente tant bien que mal de tempérer les envies et plaintes de ce microcosme en ébullition, mais se retrouve bien en peine, surtout quand le capitaine Ned Lowe arrive et semble prendre un malin et sanglant plaisir à s’occuper de son propre agenda. Chacun cherche comme d’habitude à satisfaire ses besoins, comme le prouve Max qui, après ses déboires de naguère, dirige les prostitués tout en gardant un œil sur les pirates et leurs exactions. Son alliance avec les esseulés Rackham et Anne promet certainement de dynamiter l’île d’autant plus que personne ne les attend au tournant. Les décors naturels, les costumes et les musiques continuent d’exalter, à l’instar d’une atmosphère létale où tous les coups sont permis. Trahisons, complots, jalousie, révélations surprenantes, embruns et retours dans le passé nourrissent le scénario de cette saison redistribuant régulièrement les cartes de ce jeu mortel.

Suite à la mutinerie ayant failli lui coûter la vie, Flint se retrouve en bien mauvaise posture. Toujours obnubilé par le trésor de son maudit navire espagnol, il croit encore être capable de le récupérer malgré des conditions peu favorables. Dufresne, désormais incarné par Roland Reed en raison des ennuis de santé de Jannes Eiselen, accepte de laisser une ultime chance à son ancien capitaine aux motivations ambivalentes. John Silver entre alors en scène et décide de prêter main-forte à Flint parce qu’il aimerait quitter cet univers qu’il n’a jamais choisi, avec les poches alourdies d’or si possible. La saison joue beaucoup sur la relation atypique liant ces deux hommes à la personnalité radicalement opposée, mais comprenant rapidement qu’ils doivent s’unir pour mieux avancer. Leur association fonctionne parfaitement en mêlant méfiance, respect et une certaine amitié. Le froid silence de l’un se fond parfaitement avec la bonhomie engageante de l’autre. D’ailleurs, le malicieux et débrouillard Silver gagne vraiment en charisme et en intérêt en dépassant quelques stéréotypes l’ayant desservi précédemment. Il sait se rendre indispensable pour tout le monde et, l’air de rien, manipule à sa guise. Le voir naviguer à vue amuse grandement et injecte une légèreté agréable et bienvenue, car l’ambiance s’avère assez morose. Le récit a l’excellente idée de commencer à explorer en profondeur Flint et ses antécédents encore mystérieux. De multiples flashbacks laissent au départ assez perplexe, mais piquent rapidement la curiosité avec un rebondissement totalement inattendu. Ce procédé humanise l’ambivalent protagoniste et illustre ses fêlures et doutes, sa rencontre avec Thomas Hamilton (Rupert Penry-Jones – Spooks) et la raison de sa transformation en pirate. Miranda gagne également au change, elle qui ne disait rien qui vaille précédemment. Ces retours dans le passé permettent de mieux comprendre le personnage, tout en préparant le terreau à venir catalysé par le glaçant Ned Lowe.

La deuxième saison de Black Sails poursuit les tergiversations de la dirigeante implacable qu’est devenue Eleanor. Ambitieuse et souhaitant s’affranchir de son père, elle essaye de ne pas se laisser porter par ses sentiments. La route s’annonce semée d’embûches pour elle qui se retrouve confrontée à ses propres intérêts, allégeances et ceux de l’île. Flint et Vane la placent sur une chaise inconfortable et elle n’a de cesse que d’aller d’un bord ou de l’autre, ne sachant jamais vers qui se tourner. Son rôle paraît assez ingrat et ses décisions la rendent parfois presque antipathique, bien que tout à fait crédible. L’irruption du capitaine du Fancy, Ned Lowe (Tadhg Murphy), la pousse dans ses retranchements. Cet homme placide et imprévisible apprécie torturer et n’hésite pas à assassiner froidement n’importe qui se trouvant sur son passage. Le personnage reste peu à l’écran, mais marque à l’encre indélébile et permet d’introduire un élément lançant la saison dans une nouvelle direction. Si les scènes d’action et en mer répondent davantage à l’appel que précédemment, elles ne forment toujours pas le liant de la série. Cela dit, les confrontations gagnent en naturel, les dialogues souffrent moins de leur aspect verbeux, et la conclusion se révèle proprement explosive et rattrape les périodes de disette. Ces épisodes veillent encore une fois à approfondir les principales figures, les complots ourdis dans l’ombre et les rêves d’un futur différent. Le fil rouge le plus notable repose sur l’utopie de Flint et de son idéaliste ami, feu Thomas Hamilton, autrement dit celle de créer un Nassau indépendant. Black Sails s’inspire de faits réels et propose ici une peinture humaine. Au mépris des dissensions, meurtres, menaces et autres règlements de compte, certains voient plus loin et savent mettre leurs rancunes de côté. Ce développement offre aussi au séduisant capitaine Vane l’opportunité de changer de registre et de se détacher d’Eleanor dont il était un peu piégé. À ce sujet, Flint et lui se détestent cordialement, se le montrent bien et alimentent plusieurs scènes intéressantes. Comme souvent avec cette fiction enlevée, ses personnages ne manquent pas de panache, intriguent et se dotent d’une caractérisation plutôt complexe mêlant adroitement divers sentiments. Le soin de l’écriture fait plaisir malgré quelques écueils pardonnables de-ci de-là.

Pendant que Flint, Eleanor et d’autres essayent d’éteindre les braises d’un feu nourri par des boucaniers et les Anglais, quelques-uns sur New Providence œuvrent de concert et cherchent à s’emparer d’or. Après avoir été humiliée et violentée, Max décide de prendre sa revanche. Propulsée au rang de gérante d’une institution de prostituées, elle comprend rapidement la mesure de son pouvoir. Les pirates y défilent, se rapprochent de ses employées et délivrent leurs secrets au lit. Sournoisement, la jeune femme commence alors à étendre sa toile et souhaite se tailler la part du lion. Pour mener ses ruses, elle choisit de s’allier à Jack Rackham et Anne Bonny, bien en peine depuis qu’ils ont été chassés par Vane. En dépit de rebondissements astucieux, cet arc se révèle plus discutable, probablement parce qu’il se dote de séquences et développements totalement gratuits. Black Sails n’hésite pas à proposer des scènes de sexe presque racoleuses ne cherchant qu’à attirer un certain public, bien que cela ne soit pas trop rédhibitoire. Quoi qu’il en soit, outre le charme sympathique de Rackham, Anne est enfin davantage mise en valeur et finit même par attendrir un tant soit peu. Les deux constituent un bien joli duo et leur évolution fait plaisir à voir. Leurs histoires donnent parfois l’impression d’être en retrait du reste, mais toutes ces intrigues se rejoignent pour former un ensemble convaincant. Au bout du compte, tous ces individus ont pour point commun de se battre contre l’ordre préétabli. En dépit de légères baisses de rythme vers le milieu et des retombées survenant plus lentement que prévu, quand la machine s’emballe, elle ne lésine pas sur les moyens. Les derniers épisodes, dont le magnifique 2×09, XVII., se dotent d’une incroyable montée d’adrénaline, bouleversent littéralement le devenir de ces personnages et relancent la série sur des bases encore à construire. Finalement, le suspense haletant et l’énergie exaltante de ce spectacle laissent bouche bée.

Pour résumer, la deuxième saison de Black Sails poursuit la route tortueuse empruntée par la précédente. En se montrant moins bavarde et en dépassant le cadre introductif légèrement poussif, elle parvient déjà à atténuer les lacunes initiales. Bien sûr, elle continue de dresser avec adresse les enjeux, de croquer les turpitudes de sa galerie de figures au visage souvent buriné, et de délivrer des moments armés d’une tension indicible où tout semble pouvoir arriver. À travers ses luttes de pouvoir, de stratégies et de dupes, elle n’a de cesse que d’approfondir ses héros et de troubler les frontières de ce maelström chaotique. Malgré un discret ventre mou en milieu de parcours et une narration parfois branlante, ces épisodes inédits réussissent à injecter une dimension épique, exotique, haletante et humainement très riche. Cerise sur le gâteau, vu la conclusion volcanique, la suite de ces aventures caribéennes s’annonce au moins aussi jouissive.


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