Tatau (mini-série)

Par , le 10 août 2016

Certains choisissent probablement les séries en fonction du synopsis, du genre ou de la distribution, ce qui s’avère somme toute logique. D’autres, malgré d’importants messages d’avertissement et un mauvais pressentiment, se croient malins et se persuadent qu’un cadre paradisiaque peut atténuer, voire occulter les éventuelles lacunes. C’est ainsi que la mini-série britannique Tatau est arrivée entre mes mains. Elle se constitue de huit épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur BBC Three en avril et mai 2015. Aucun spoiler.

Kyle et son ami Budgie quittent Londres pour passer des vacances sur les îles Cook. Au programme : sable fin, eaux turquoise, alcool, drague et fêtes. Le but est de se changer les idées en excellente compagnie. À la suite d’une soirée arrosée, Kyle souffre d’une hallucination très vivide. Il pense voir une superbe femme dans une robe rouge, essaye de la rattraper pour faire connaissance et finit par l’apercevoir le lendemain, morte, au fin fond de l’océan. Après avoir mis la région sens dessus dessous avec ses messages de panique apparemment sans fondement, il décide de rentrer en Angleterre. Sauf que le jour de son départ, il découvre à l’aéroport cette mystérieuse beauté qui, surprise, arbore ce même vêtement. Kyle s’imagine alors qu’il n’a pas inventé quoi que ce soit. Non, il s’est projeté dans le futur ! C’est pourquoi il choisit de demeurer dans les environs et de tout tenter pour sauver sa dulcinée envers qui il a déjà de profonds sentiments. Or, tout le monde sait qu’il ne faut jamais s’approcher des filles locales, surtout quand les sournoiseries, la corruption et les secrets nourrissent les relations d’une des familles insulaires les plus puissantes.

Si à la lecture, le postulat de base vous paraît plus que brumeux et confus, c’est normal. Tout au long de sa courte durée de vie, Tatau tarabiscote à outrance son histoire et ressemble à un patchwork d’idées associées de manière totalement improbable. Même la conclusion ne permet pas de comprendre quels étaient les objectifs des scénaristes qui, finalement, semblent avoir navigué à vue. La première moitié reste encore assez correcte et amène à naïvement penser que la suite apportera un minimum d’explication ; sauf que la seconde entremêle une dimension mystique, la carte de l’exotisme, des moments surnaturels et une succession de rebondissements cousus de fil blanc. La lourdeur et la paresse de l’écriture ne viennent qu’accentuer l’ineptie générale. Rares sont les fictions à se montrer aussi illogiques. Elle se donne en plus beaucoup de mal en multipliant les symboles, métaphores, visions et autres écrans de fumée. Elle essaye d’injecter une tension sous-jacente avec le récit de ces deux copains peu près d’oublier cet épique périple en Océanie. Comme son titre l’indique, le tatouage polynésien doit normalement disposer d’un rôle assez majeur au sein de l’intrigue, mais il se résume en réalité à une sorte d’accessoire artificiel, quelque peu à l’instar des nombreux éléments de l’ensemble. Les épisodes ayant été tournés sur place, les décors naturels se veulent magnifiques et assez luxuriants bien qu’au bout du compte, la caméra aurait pu en tirer davantage profit. À croire d’ailleurs que tout le budget est parti dans ce voyage puisque le manque de figurants, la musique peu inspirée, les divers effets de style non concluants et la pauvreté de la mise en scène participent à l’impression d’assister à une production bâclée écrite par maintes personnes ne s’étant jamais concertées. Le pire, c’est qu’en dépit de cette histoire ne lésinant pas sur une constante surenchère de retournements de situation, le rythme ne gagne pas en intensité. Il devient alors impossible de s’immerger dans l’ambiance, de craindre pour l’avenir de ces individus ou de ressentir quoi que ce soit de probant.

Suite à une rupture sentimentale difficile et une perte douloureuse, Kyle Connor embarque son fidèle ami Budgie en direction des îles Cook. Avant de s’envoler, il s’offre un tatouage arborant un motif issu de sa propre imagination. Ce protagoniste espère oublier ses malheurs en Océanie. Tatau commence comme une série banale où deux vingtenaires font la tête dans un endroit paradisiaque. Le point de départ se révèle hautement caricatural et la caractérisation archétypale des personnages effraye d’emblée. S’il n’est déjà pas gâté par le script, l’interprète du héros, Joe Layton, ne dégage aucun charisme et reste monolithique durant tous les épisodes. Heureusement que son copain (Theo Barklem-Biggs – Silk) se montre plus attachant bien qu’il réponde à la clause stéréotypée du gentil gars un peu simplet, maladroit et rigolo. Avec son signe gravé sur le corps, ses curieuses questions et sa manie de se mêler de ce qui ne le regarde pas, Kyle attire rapidement l’animosité de plusieurs autochtones, dont Maui Vaipiti (Alex Tarrant), le fils d’une famille ayant fait fortune dans le commerce des perles. Comme par hasard, cet homme au sang chaud est le frère d’Aumea (Shushila Takao), la fameuse femme à la robe rouge. Bref, Kyle se prend pour un sauveur et se croit investi d’une mission quasi divine. En ingérant une boisson hallucinogène typique des îles, il voit un shaman vieillard tenant des propos sibyllins, apprend que son tatouage détient une signification étourdissante pour cette culture maorie aux fières valeurs et, encore mieux, semble posséder des capacités extrasensorielles. Coup du destin, Aumea doit se fiancer d’ici peu à un individu ambivalent, mais la pugnacité et les discours enamourés de l’Anglais la séduisent. Le compte à rebours se lance, car le falot Kyle sait qu’il ne reste que quelques jours pour protéger sa chère et tendre. Jamais le scénario ne laisse planer le doute sur la santé mentale du héros. S’entremêlent l’investigation sous couverture d’une policière, des gangs néo-zélandais menaçants, des pots de vin, un prêtre illuminé aux motivations farfelues, un accident de voiture entraînant un coma et l’irruption d’un presque fantôme, une barmaid n’ayant décidément pas chance, et Jango Fett Temuera Morrison (Star Wars) en patriarche bienveillant. Oui, tout ça en une aussi courte durée d’existence à l’antenne.

En définitive, sous couvert d’un thriller associant paysages polynésiens, mysticisme, rêves éveillés, messages cryptiques, cachotteries, regards ambigus, course contre la montre et relents d’espionnage, Tatau s’apparente à un mélange totalement abscons écrit à la truelle induisant une grande perplexité. Malgré son ambition affichée d’emblée, cette mini-série se révèle sans queue ni tête et oublie, entre autres choses, de se doter de protagonistes suffisamment forts et intéressants. Résultat, les épisodes se succèdent les uns à la suite des autres, ne tiennent compte d’aucune logique et finissent par ressembler à une vaste farce risible. Étonnamment, le visionnage demeure tolérable, car cette stupidité indigente amuse à sa manière tant l’on se demande jusqu’où elle peut bien aller. Au moins les derniers moments ne déçoivent pas à ce niveau puisqu’ils symbolisent à merveille ce gloubi-boulga dénué de personnalité ne reposant sur rien.


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