Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso | 霊能力者 小田霧響子の嘘

Par , le 17 août 2016

Au vu de sa distribution principale, je pense savoir pour quelle raison j’ai récupéré Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso il y a de ça plusieurs années. Cette série dont le titre original à rallonge signifie approximativement les mensonges de la médium Odagiri Kyôko se constitue de neuf épisodes de quarante-cinq minutes qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2010. Elle s’inspire du seinen manga en sept volumes de Kaitani Shinobu, artiste bien plus connu pour Liar Game également déjà adapté sur le petit écran. À noter que cette version papier n’est actuellement pas disponible en France. Aucun spoiler.

Odagiri Kyôko est la grande vedette d’une émission de télévision où elle utilise en direct ses dons de médium. Sauf qu’en réalité, elle ne possède aucune compétence extrasensorielle ! Elle aimerait arrêter de tromper ses nombreux fans, mais sa productrice la menace et la fait culpabiliser de diverses manières. Qui plus est, pour des raisons qui lui sont propres, elle a grandement besoin d’argent. Après sa rencontre avec l’inspecteur Taniguchi Ichirô, elle accepte de l’aider à résoudre plusieurs affaires très mystérieuses.

Le postulat de départ ne laisse guère de doute à ce sujet : il s’agit d’une énième histoire répétant une formule déjà sérieusement éprouvée. Au moins, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso ne déçoit pas à ce niveau puisqu’elle se contente de répondre consciencieusement au cahier des charges de ces séries préformatées pullulant au Japon. C’est d’ailleurs en grande partie pour cela qu’elle sommeillait dans mes dossiers depuis si longtemps. Je craignais également de ne pas adhérer à l’humour que je jugeais d’emblée peu inventif, voire idiot. Sans aucune surprise, cette fiction ne sort donc pas une seule seconde des sentiers battus. Cela ne signifie pas qu’elle s’avère mauvaise, mais ceux souhaitant un récit au long cours, une réflexion pertinente ou un semblant d’originalité l’oublieront. Le visionnage reste tolérable à condition d’espacer un minimum les épisodes tant ils reposent constamment sur un mode de fonctionnement analogue. Un ou plusieurs individus sont confrontés à un phénomène inquiétant et contactent Kyôko dans l’espoir qu’elle leur vienne en aide ; de son côté, elle cherche surtout à quitter son programme télévisé, sa productrice insiste et elle enquête à sa manière avec le soutien d’un partenaire aux motivations plutôt ambiguës. Afin de ne pas être remarquée tant elle est devenue populaire, l’héroïne n’arbore pas son costume de travail et se fait passer pour une assistante un brin maladroite. L’investigation avance de façon totalement ubuesque, les rebondissements prévisibles s’y multiplient, le coupable de l’acte délictueux en question est découvert et Kyôko profite de son émission pour l’acculer au pied du mur, dévoilant discrètement les mensonges et faux-semblants de cette personne, tout en veillant à ne pas l’humilier, car nous sommes ici dans un monde bienveillant. Effectivement, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso appuie le sentimentalisme à l’extrême. Personne n’est jamais foncièrement méchant et le registre léger empêche de prendre au sérieux ce qui se déroule. La dimension supposément surnaturelle reste en arrière-plan, au contraire de la policière et des valeurs vertueuses. En bref, outre une réalisation classique et une musique honorable de Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango), tous les éléments habituels de ce type de production répondent à l’appel. Heureusement, le duo principal apporte un tant soit peu de fraîcheur.

Bien qu’elle en donne l’impression, Odagiri Kyôko ne dispose d’aucune capacité extraordinaire. Son émission n’est qu’une vaste farce, ce qui commence à la fatiguer. Elle aimerait vraiment ne pas tromper son public de la sorte. Pétillante, dynamique, amusante et altruiste, cette héroïne doit beaucoup de son charme à son interprète, Ishihara Satomi (H2), qui se révèle magnifique une fois le costume de médium enfilé. Sa caractérisation manque cruellement d’épaisseur et de cohérence, mais elle inspire une certaine sympathie. Encore une fois, il est dommage que la série se borne à une succession de séquences très mièvres au lieu d’approfondir ses protagonistes. Kyôko a un frère, à l’hôpital depuis une longue période, mais plutôt que d’illustrer leur lien et de jouer la carte de l’empathie, elle tourne tout en dérision. Quoi qu’il en soit, la fausse voyante râle, traîne les pieds, essaye d’échapper à sa productrice insipide et fatigante (Ôshima Yûko – Watashi ga Renai Dekinai Riyû), et utilise ses capacités de déduction et d’observation pour déjouer les plans du coupable du jour. À elle de jongler entre toutes les personnalités dont elle se dote, mais aussi avec les supposés esprits la possédant. L’inspecteur Taniguchi Ichirô ayant découvert la supercherie décide de l’aider pour des raisons au départ brumeuses, mais qui finissent par être rapidement dévoilées. D’ailleurs, cette espèce de mystère, avec l’agent S (Miura Rieko), se montre surtout ridicule, bien que cela ne tranche pas avec le registre absurde de l’ensemble. En effet, toutes ces affaires favorisent les inepties en tous genres, le but étant sûrement de divertir l’audience. Ichirô a la chance d’être campé par Tanihara Shôsuke à qui ce genre de rôle va comme un gant, ce qu’il a prouvé par le passé dans Mop Girl partageant plusieurs similitudes avec celle-ci. Ce détective drôle et piquant forme avec Kyôko une paire assez sympathique, à défaut de s’avérer mémorable. La fiction doit son salut à cette alchimie modérée tant le reste demeure plutôt moribond et se limite à de la morale à deux francs six plus ou moins mise en valeur par un défilé de visages familiers : Sakai Wakana, Nukumizu Yôichi, Kikawada Masaya, Takezai Terunosuke, Jinbo Satoshi, Nagae Hidekazu, Kômoto Masahiro, Yuge Tomohisa, Tsukaji Muga…

Au final, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso vient alourdir les cartons déjà bien remplis de ces travaux nippons fades et convenus. Son héroïne trichant sur ses capacités de médium n’est qu’un prétexte pour alimenter des histoires familiales où les truismes, les leçons de vie et les bons sentiments prédominent. Les épisodes au récit indépendant se suivent et réitèrent à l’infini une recette schématique multipliant les poncifs du genre. Tout s’y révèle superficiel, caricatural et prévisible. Heureusement pour elle, la série ne se donne pas de grands airs et sait pertinemment dans quelle cour elle joue. C’est pourquoi elle n’hésite pas à s’amuser de ses cocasseries et de son comique de répétition, quitte à devenir gentiment idiote. La complicité et le charme de son duo phare atténuent par ailleurs quelques-uns de ces nombreux écueils plutôt handicapants, rendant ainsi le visionnage tolérable à dose homéopathique. À moins d’être un passionné d’Ishihara Satomi ou de Tanihara Shôsuke, cette production sans saveurs ne nécessite pas un quelconque investissement.


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