Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aura presque fallu attendre huit ans pour que je lance la suite de la série néerlandaise Gooische Vrouwen, plus connue ici sous l’appellation Jardins Secrets. En fait, ce délai n’est pas totalement de ma faute, car TF1 a brutalement arrêté la diffusion courant 2008 et il est assez compliqué de récupérer cette production. D’ailleurs, si je ne m’abuse, les deux dernières saisons et le film ne sont trouvables qu’en version originale, non sous-titrée bien évidemment. Sauf miracle, j’imagine que c’est donc avec ce billet que nous refermerons ce chapitre. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et discutons tout de suite de la troisième saison constituée de neuf épisodes passés sur RTL4 entre septembre et novembre 2007 ; en France, HD1 s’en est occupé, ce qui explique pourquoi il existe un doublage. Aucun spoiler.

De l’eau ayant coulé sous les ponts, j’ai décidé de rafraîchir mes souvenirs en regardant de retour les deux premières années de cette fiction plagiant sans honte le concept de Desperate Housewives. J’en ai profité pour le faire dans de bonnes conditions puisque j’ai récupéré la version originale. Cela m’a permis de remarquer que l’adaptation francophone aseptise plusieurs dialogues, voire modifie les prénoms. Anton devient Antoine, Evert se transforme en Édouard ; Tippi Wan ne parle initialement qu’en anglais. Ce choix du groupe TF1 paraît plus que douteux. En revanche, je n’ai trouvé que le doublage pour cette troisième année ce qui, je suis sûre, a joué d’une certaine façon sur mon appréciation générale. Il n’empêche que ces épisodes inédits semblent inférieurs aux précédents déjà moyennement enthousiasmants. La série n’apprend absolument pas de ses erreurs et répète inlassablement la même formule. Pire, elle multiplie les incohérences et développements absurdes comme l’illustre à merveille la fameuse fille au pair thaïlandaise. Cette femme très ambiguë gagne en importance, conserve son agenda bien à elle et passe à la vitesse supérieure dans ses machinations. La voir assassiner de sang-froid le comptable dans la saison antérieure laissait plus que perplexe, mais là, en fin de parcours, elle se transforme en véritable psychopathe. En fait, Gooische Vrouwen a pour défaut notable de ne jamais prendre son temps, de lancer un tas d’idées et de ne rien approfondir. Les personnages donnent l’impression de tout oublier ou excuser en une semaine, ce qui devient désagréable. Résultat, rien n’est fait pour s’attacher à ces héros matérialistes à la caractérisation changeante et dont la vie défile plus rapidement qu’un boulet de canon. En tout cas, cette salve d’épisodes n’est pas avare en situations riches en sentimentalisme.

Précédemment, Cheryl venait d’accoucher d’un petit Remy alors que son mari, Martin, s’écrasait dans un poteau téléphonique avec sa maîtresse. Bien sûr, il s’en est sorti indemne, mais ce n’est pas le cas de son couple ayant volé en éclats. L’ambiance se veut d’autant plus moribonde qu’une épée de Damoclès pèse sur les épaules de la nouvelle maman. Effectivement, qui est réellement le père de son enfant ? Le chanteur de variétés ou Tom, l’ex d’Anouk ? Les Morero passent la saison à se mentir, ce qui use malgré de bons moments comme ceux dépeignant Martin en papa gâteau. Le constat n’est absolument pas plus positif en ce qui concerne la pragmatique Claire et ses histoires de dettes à éponger. Elle se laisse étouffer par l’ancien paraplégique tout en rêvant de s’affranchir un jour du cadeau empoisonné de son défunt mari. Anouk, elle, dit désirer se ranger, mais en est totalement incapable, ne s’occupe pas de sa fille et continue de batifoler à droite et à gauche. Encore une fois, seule Willemijn s’en sort un peu mieux. Déprimée depuis son divorce, elle ne parvient pas à retrouver son entrain et tente de combler son mal-être de diverses manières. À vrai dire, les héroïnes n’évoluent que partiellement et leur amitié ne transparaît pas toujours à l’écran. Il manque une véritable alchimie pour convaincre le téléspectateur qui assiste à ces mascarades improbables ne favorisant jamais la logique ou la subtilité. Le psychiatre possède un peu plus d’antenne et montre des failles psychologiques nécessitant clairement un soin. Pour autant, ses liens avec Tippi Wan demeurent de nouveau aussi mystérieux qu’auparavant, ce qui prouve une énième fois le peu de constance de cet ensemble. Pour l’anecdote, le 3×05 utilise plusieurs chansons de variétés bien de chez nous, car un nouveau voisin arrive dans le paysage, fait craquer toutes les femmes aux alentours avec son accent et son comportement de séducteur. Si la version doublée le transforme en Espagnol, il est incontestablement français à l’origine.

Finalement, la troisième saison de Gooische Vrouwen poursuit la route amorcée initialement, mais oublie d’injecter l’autodérision et l’humour des débuts. Au bout de plusieurs années de diffusion, le public s’avère en droit d’attendre un minimum de renouvellement et pas une succession d’idées disparates traitées avec superficialité et où la caricature prévaut. Malgré ces écueils et des protagonistes élitistes peu sympathiques, le visionnage reste tolérable en raison du rythme endiablé et du nombre réduit d’épisodes, sauf qu’il ne laisse pas une note impérissable. Même si un cliffhanger conclut ce chapitre, je dois admettre n’avoir absolument rien à faire que la suite ne dispose pas un jour de sous-titres ou d’un doublage, preuve de l’intérêt que cette production poussive a à mes yeux.