Saiyûki (2006) | 西遊記 (film)

Par , le 14 septembre 2016

Malgré le succès très relatif de l’adaptation japonaise de Saiyûki datant de 2006, un film portant le même nom a vu le jour le 14 juillet 2007. Ce long-métrage dure approximativement deux heures et contre toute attente, il ne s’inscrit pas après la fin de la série télévisée, car il s’insère sûrement à mi-parcours. Il peut aussi se regarder indépendamment du reste, mais comme d’habitude, ce serait se passer de plusieurs références. L’équipe créative est la même que pour les épisodes précédents et Sakamoto Yûji s’est donc encore une fois chargé du scénario. Aucun spoiler.

Toujours sur la route de Tenjiku, la prêtresse Sanzô Hôshi et ses trois compagnons yôkai rencontrent la princesse d’une région devenue désertique suite aux actes malveillants de créatures surnaturelles. Le quatuor n’a aucune envie de s’attarder dans les environs tant leur voyage s’annonce interminable, mais ils finissent par accepter d’aider cette jeune femme désespérée. Il semblerait toutefois qu’elle ait un peu arrangé la réalité et que les apparences soient plutôt trompeuses…

Compte tenu de la conclusion logique de la série télévisée, il s’avère presque normal que ce film ne propose pas une continuation en bonne et due forme. Il s’apparente plus à une aventure supplémentaire et n’apporte pas grand-chose de plus à ce que l’on connaît de l’univers. Seul le budget plus important change la donne, ce qui permet d’offrir de jolis plans, paysages et décors sortis tout droit de la culture chinoise. Le générique d’ouverture, avec ses dessins stylisés, se veut aussi assez agréable. En revanche, n’attendez surtout pas des effets spéciaux spectaculaires parce qu’ils sont dans la même veine que précédemment. De toute manière, cet aspect un peu kitsch participe probablement au charme ridicule de Saiyûki. À défaut de se révéler sensationnelle, la forme convainc donc un peu plus. Malheureusement, tout le reste ne ressemble qu’à une longue répétition de ce qui a déjà été illustré à maintes reprises, le rythme languissant en sus. Le manque flagrant d’originalité et de créativité nuit grandement à l’ensemble. Les amateurs de la série seront aux anges puisque tous les ingrédients reviennent de plus belle. Autrement dit, le trio de démons se plaint, cherche avidement à manger, fait preuve égoïsme et se dispute. Ils tombent subitement sur un temple en proie à un maléfice et Sanzô Hôshi choisit de s’en mêler malgré les cris de ses compères. La pétillante voleuse Rin Rin et l’immortel Rôshi surgissent de nulle part pour lancer quelques vannes ou moqueries, les rebondissements prévisibles se multiplient, le naïf Son Gokû dépasse sensiblement les bornes et se fâche avec tout le monde avant de remporter la partie. Les antagonistes sont abattus après une petite leçon de vie et tout est bien qui finit bien. Cette recette éprouvée avait sérieusement montré des signes d’usure et ce n’est pas en lui offrant un plus grand écran qu’elle gagne des points. L’humour redondant et les gags au goût discutable répondent aussi à l’appel. Bref, tout est déjà vu et moyennement enthousiasmant. L’occasion aurait été d’approfondir les personnages, de rompre la monotonie ou d’apprendre des erreurs initiales, mais non, c’était sûrement trop demander.

À l’instar de la série, ce film place les protagonistes face à un dilemme moral. Doivent-ils continuer leur chemin ou secourir toute une région plongée dans les ténèbres ? Depuis que deux frères démons arborant des cornes, Ginkaku (Kishitani Gorô) et Kinkaku (Kaga Takeshi – Fire Boys), sont arrivés, l’eau s’est évaporée et le royaume s’apparente désormais à un vaste désert. Pire, ces êtres malveillants ont jeté un sort aux souverains afin d’occuper leur trône et les ont transformés en deux tortues. La princesse Reimi tente tant bien que mal de combattre ces monstres, mais peine grandement à la tâche. Lorsqu’elle apprend que le supposé illustre quatuor se trouve dans les environs, elle demande leur soutien. Bien sûr, Sanzô Hôshi accepte sans hésiter une seule seconde en dépit des récriminations des autres. Comme d’habitude, les ennemis à abattre se révèlent hautement caricaturaux, mégalomaniaques et idiots. L’accent n’est de toute façon pas réellement mis sur eux, mais plutôt sur Reimi, bien plus troublée que ce qu’elle laisse paraître. Elle cache effectivement la totalité de la situation à ces nouveaux amis et les utilise pour une raison mystérieuse, bien qu’aisément devinable. La jeune femme a la chance d’être incarnée par Tabe Mikako (Deka Wanko) qui propose un portrait bien plus fin et attachant que les trublions de service, égaux à eux-mêmes. Son Gokû hurle et gesticule dans tous les sens tandis que Sagojô et Cho Hakkai officient en tant que faire-valoir. Le récit suit une trame linéaire, l’humour vole au ras des pâquerettes et les scènes d’action demeurent en arrière-plan, ce qui n’est peut-être pas un mal en raison de leur fadeur. L’autodérision dont fait preuve ce long-métrage lui permet toutefois de se montrer supportable comme le démontre l’irruption d’une copie carbone du quatuor, avec notamment la présence de Kusanagi Tsuyoshi, le confrère de Katori Shingo. Autrement, le charmant Tanihara Shôsuke (Tsugunai) doit se satisfaire de la place du général ne détenant aucun moment digne de ce nom.

Pour résumer, le film Saiyûki s’apparente à un bonus dispensable de la série initiale déjà peu recommandable en se déroulant à mi-chemin du voyage vers Tenjiku. Plutôt que de veiller à offrir davantage à son public, il se contente d’employer une histoire familiale sévèrement éculée où les redondances côtoient les inepties et la morale bon marché. Les héros presque fades se bornent ainsi à aider des humains en proie à des monstres idiots et stéréotypés. Ce serait mensonger d’écrire que l’ensemble s’avère mauvais, mais l’interprétation en roue libre de la majorité de la distribution, les stupidités permanentes et les gags peu enthousiasmants ne font qu’accentuer la lourdeur ambiante. Alors que les épisodes précédents ennuyaient trop souvent, cette aventure inédite souffre sans surprise de son aspect rallongé et ne divertit qu’à de rares occasions grâce à quelques absurdités bien senties. En bref, seuls les amateurs du concept de base y trouveront possiblement un certain intérêt tandis que les autres passeront sans regret leur tour.


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