Community (saisons 3 à 6)

Par , le 2 novembre 2016

Ce jour est à marquer d’une pierre blanche puisque pour une fois, Luminophore met à l’honneur une sitcom. Il y a peu de chance que cela se reproduise rapidement, car Community représentait le dernier bastion du genre se trouvant sur mes tablettes. Je rappelle que je ne suis pas du tout une amatrice de productions à dominante humoristique et du format court, celle nous concernant aujourd’hui m’ayant d’ailleurs été plus ou moins imposée lors d’une animation de Noël. Cette série étasunienne s’est terminée au terme de sa sixième année, après plusieurs péripéties en coulisses, dont le départ pour la quatrième de son créateur, Dan Harmon, avant qu’il ne revienne dès la saison suivante, mais aussi une annulation par NBC et une diffusion finale sur la plateforme Yahoo! Screen. Les audiences décevantes n’ont pas permis de poursuivre l’aventure, mais rien ne dit qu’un film ne rouvrira pas un jour le chapitre, comme cela avait été initialement scandé par les personnages. Aucun spoiler.

Après l’avoir laissée en plan un sacré bout de temps, j’ai décidé courant 2016 de reprendre le chemin de Community et d’en venir à bout. Je ne le cache pas, je n’ai jamais totalement adhéré à cette production certes inventive, mais ayant rapidement usé son concept. Comme je suis incapable d’arrêter quoi que ce soit en cours de route, j’ai persévéré et si, sans surprise, mon avis n’a pas changé, le visionnage est demeuré tolérable à doses homéopathiques. Pourtant, la différence de qualité s’avère patente à partir de la quatrième saison et les nombreux fans ont dû plus que déchanter devant ce qui s’apparente parfois à un spectacle moribond. Sans l’ultime épisode, ce billet serait bien plus négatif sauf que ce final parvient, justement, à atténuer sensiblement les griefs passés. Intimiste, touchant et sobre, il émeut et prouve qu’au bout du compte, ce groupe d’individu a réussi à se construire une place digne de ce nom dans notre quotidien. Au-delà du fait que la production a bénéficié de maints sauvetages inattendus et pas forcément judicieux, elle se doit de rester sur ce joli épilogue approchant presque de la perfection et de ne pas risquer de tout abîmer avec une quelconque continuation, qu’elle arrive à la télévision ou sur grand écran. Dès sa deuxième année, Community accuse déjà des signes de faiblesse et comme souvent, à force de tirer sur la corde, celle-ci se rompt. Beaucoup conspuent la quatrième saison, car elle ne profite pas de la patte de Dan Harmon, mais avouons que les suivantes ne se montrent pas non plus satisfaisantes. Le ton faussement sarcastique couvre par ailleurs de nouveau un registre familial un tantinet moralisateur. Autant les intrigues manquent d’homogénéité, autant les défauts de cette fiction se veulent, eux, plus que constants.

Community joue avec une éternelle mise en abîme, tourne en dérision les clichés, propose des épisodes conceptuels novateurs et emploie à bon escient un nombre incalculable de références à la pop-culture. Le brio et l’intelligence de son écriture créative ne font aucun doute. En revanche, elle a dès le départ laissé craindre un rapide essoufflement et ce fatidique moment est survenu bien plus vite que prévu. La deuxième saison commence déjà à donner des signes de fatigue et plus la fin approche, plus l’intérêt décline. Pire, la série finit par se transformer en parodie d’elle-même à force de sombrer dans une permanente surenchère de gags et de pastiches en tous genres. Les aventures se succèdent les unes à la suite des autres et se ressemblent, la fraîcheur en moins, ce qui induit un arrière-goût de redondance monotone. Réutiliser des éléments ayant fonctionné auparavant afin de les remodeler ni vu ni connu n’apporte rien de bon. En plus, l’absurdité latente prend progressivement une place étouffante, les histoires étant souvent sans queue ni tête. Heureusement, des éclairs de génie transpirent à travers ces ultimes années, mais ils se révèlent trop peu fréquents. Si la majorité des épisodes sont donc oubliés une fois la télévision éteinte, quelques-uns sortent du lot. Citons par exemple l’excellent 3×04, Remedial Chaos Theory, avec ses mondes parallèles découverts lors d’un lancement de dés, ou bien l’amusant 5×02, Introduction to Teaching, parlant aux personnes ayant un faible pour l’illustre Nicolas Cage. Quand une fiction arrive en bout de course et ne délivre plus grand-chose de nouveau sur le plan scénaristique, elle parvient parfois à compenser avec ses protagonistes. Sauf que Community, en se focalisant par le passé autant sur ses délires, omet d’approfondir en bonne et due forme ses héros.

Rares sont les principales figures de cette production à totalement fédérer et se montrer attachantes sur le long terme. Aucune ne bénéficie d’un développement satisfaisant en dépit de velléités d’aller de l’avant et de s’accepter dans la conclusion. Ce ne sont pas les individualités qui fonctionnent, mais plutôt le groupe en intégralité, bien qu’il ait été régulièrement amputé de ses membres. L’exécrable Pierce, parti le premier, ne manque pas, c’est certain. Troy, si. Shirley, elle, a disparu sans laisser de trace, preuve de son inutilité. Pour pallier ce saignement à blanc, la série s’offre de nouveaux visages surgissant et s’évanouissant dans la nature au gré du vent. Le professeur de criminologie Buzz Hickey (Jonathan Banks – Breaking Bad), la consultante Frankie Dart (Paget Brewster – Criminal Minds) supposée remettre Greendale sur les rails et le scientifique Elroy Patashnik (Keith David) se trouvent sur les rangs de ces pièces rapportées non désagréables, mais peu mémorables. Les plus anciens dans le paysage se contentent de rester dans leur image étriquée et certains comme Britta ne sont définis qu’à travers une unique caractéristique névrotique digne d’une sitcom conventionnelle. Si le fantasque doyen garde de sa cote de sympathie, c’est peut-être parce qu’il demeure en retrait, contrairement à Chang se transformant en objet irritant et proprement inepte. Les relations les unissant tous ne nourrissent pas non plus suffisamment les récits, font du surplace, et cette continuation aléatoire amène à se demander si un épisode n’a pas été oublié en cours de route. En bref, les personnages manquent de constance et laissent souvent indifférent. Il s’avère d’ailleurs complexe de comprendre pour quelle raison ils se considèrent comme une vraie famille. En fustigeant cette absence de profondeur et de liant, d’aucuns répliqueront qu’avec une série de cette trempe, seul prime l’humour, mais là aussi le bât blesse, car les rires vont decrescendo.

Pour résumer, dès ses débuts, Community a révolutionné à sa manière le monde du petit écran. Avec son approche expérimentale mêlant une dimension métafictionnelle, une autocritique, des références cinématographiques et télévisuelles, des clins d’œil à foison et des parodies enlevées, elle a immédiatement su se forger une identité. Son ambiance choyant la folie douce et un soupçon de cynisme décalé participe à cette recette susceptible de plaire aux amateurs d’univers atypique. Cependant, malgré ses atouts narratifs et la maîtrise de son concept, elle s’est trop rapidement perdue dans des pastiches, des exercices de style et une cohérence souvent douteuse, à tel point de se transformer en caricature assez consensuelle. Outre l’inégalité de ses épisodes, ceux-ci finissent par se contenter de recycler des idées déjà utilisées sans jamais parvenir à retrouver la qualité initiale, ou mieux, développer les personnages et leurs dynamiques. Contre toute attente, bien que plus de la moitié de son existence soit finalement anecdotique, voire ennuyante, subsiste cette impression que l’extravagante Community aura au moins tenté des choses sur sa forme, ce qui est tout à son honneur.


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