Les lecteurs les plus fidèles de Luminophore s’en doutent déjà, je suis persévérante et probablement masochiste. Je n’hésite pas à poursuivre des fictions ne m’intéressant guère et de surcroît, j’ose en tester certaines s’annonçant comme affreuses. Je n’y peux rien, les sirènes de la curiosité s’avèrent toujours aussi fortes et je pars du principe que si je n’essaye pas, je ne détiens aucun droit de critiquer. C’est ainsi que j’ai donné sa chance à Boys Before Friends, la libre adaptation du shôjo manga Hana Yori Dango, lui-même auparavant transposé à l’écran maintes fois. Rappelons par exemple la version japonaise, mais également la sud-coréenne qui, d’ailleurs, est certainement celle ayant amorcé ce remake étasunien. Cette web-série sortie sur Internet entre décembre 2013 et février 2014 ne comporte que six épisodes d’un peu moins de quarante minutes chacun et un spécial ; seize étaient pourtant vraisemblablement prévus. Dès le début, la production fut entravée par de nombreux bouleversements en coulisse amenant à une brutale interruption du programme. Entre les difficultés budgétaires, dont notamment une tentative échouée de financement participatif avec Kickstarter, des acteurs remplacés au pied levé ou encore des plaintes pour chantage et diffamation, la courte vie de cette fiction ne fut clairement pas de tout repos. Ce travail des sœurs Kel et Eriden Williams ne bénéficie donc pas de conclusion et, pour information, n’a pas été validé par Kamio Yôkô, la mangaka, ou par sa maison d’édition, la Shûeisha. À l’heure actuelle, elle peut être regardée sur Viki. Aucun spoiler.

L’établissement Ellison n’accepte que l’élite de la société, mais une fois par an, sa direction propose des auditions permettant au commun des mortels d’intégrer ses prestigieux bancs. La talentueuse danseuse Zoey Taylor réussit à passer le concours et voit son futur prendre une voie inédite. Malheureusement, elle réalise vite que cette structure n’est pas si idyllique que ce qu’elle s’imaginait. Un quatuor de garçons se faisant appeler les F4 y fait la loi et n’hésite jamais à humilier, voire violenter leurs camarades de classe. Car elle ne supporte pas les injustices, Zoey choisit de se rebeller contre le meneur de ce groupe, le basketteur Liam Montgomery qui, contre toute attente, tombe sous son charme. Avec le soutien de ses deux amies, l’héroïne essaye de se forger une place dans ce microcosme huppé.

Les amateurs des séries asiatiques à succès adaptant ce manga tout aussi classique ne doivent pas attendre de Boys Before Friends une quelconque fidélité. D’ailleurs, les auteures se targuent de proposer une histoire originale. Effectivement, en dehors de quelques attributs disparates reflétant le matériel de base, il ne reste plus grand-chose. De toute manière, cette fiction s’apparente à une farce inepte donnant l’impression de ne jamais pouvoir s’arrêter. À la rigueur, les lacunes liées aux fonds limités pourraient demeurer tolérables si le scénario suivait, que l’ensemble ne se montrait pas prétentieux et que l’équipe créative cherchait au moins à soigner un minimum le résultat final. Sur la forme, ces épisodes ressemblent à un sinistre. Qu’il s’agisse de la réalisation branlante, du montage improbable, des chansons irritant les oreilles au son trop fort, des dialogues presque inintelligibles du fait d’un mauvais micro, de la nullité de la mise en scène ou d’une multitude d’autres éléments, rien n’est fait pour immerger l’audience assistant à cette débâcle visuelle. Les F4 sont apparemment richissimes, mais les décors ne sont pas luxueux et semblent sortis tout droit d’une émission de téléréalité de bas étage. Le budget n’excuse pas quoi que ce soit, car plusieurs sont déjà parvenus à enthousiasmer avec trois bouts de ficelle. Sans aucune surprise au vu de la catastrophe esthétique, le récit se révèle encore plus indigent.

Les six épisodes de Boys Before Friends se contentent d’une succession de séquences sans liant où des figures misérables au charisme inexistant défilent. La supposée pièce maîtresse de la série, Zoey, adore la danse, n’hésite pas à s’y adonner devant la caméra quitte à rompre le rythme laborieux, et ne tolère pas de voir le quatuor d’étudiants se moquer ouvertement de qui que ce soit. Si la protagoniste se limite à une caractérisation binaire, les autres personnages ne sont pas mieux lotis. Liam, le meneur, arbore une horrible coupe de cheveux, fait hurler les filles sur son passage pour une raison inconnue, et décide de forcer Zoey à l’apprécier. Une sorte de triangle amoureux tente de s’installer, maints individus gravitent autour des héros et se bornent à discuter de sujets futiles, prolongeant la confusion latente. L’espèce de développement se veut illogique avec des tempéraments unidimensionnels se transformant au gré du vent. L’histoire du manga n’est pas dépourvue d’éléments presque ridicules et caricaturaux, mais elle s’en amuse, les tourne en dérision et explore de manière rafraîchissante ses intrigues. Là, tout y reste au premier degré et, en sus de l’interprétation en roue libre de l’intégralité des acteurs, les répliques sidèrent par leur navrante vacuité. Impossible de prendre au sérieux cette fiction stupide à tous points de vue. Afin d’enfoncer définitivement le clou, la cinquième semaine de diffusion voit plusieurs des personnages changer de visage, voire Zoey affiche trois têtes différentes au sein d’un unique épisode. Consternant ? Oui, c’est le mot. Le spécial se rapproche même d’une critique à charge contre les supposés comédiens ayant quitté le navire.

En bref, Boys Before Friends ressemble à un effarant désastre. Avec le cabotinage de sa déplorable distribution, ses dialogues mortifères à peine compréhensibles du fait d’un son trop bas, son écriture grossière farcie d’incohérences, ses clichés à profusion, son horrible réalisation et son absence de véritable enjeu, elle ne raconte rien et se limite à une suite de scènes épouvantables et illogiques. Le visionnage de cette web-série grotesque et vaniteuse en devient alors immédiatement douloureux et se doit d’être évité comme la peste, que l’on soit curieux ou non. Croyez-moi, vous ne pouvez pas regretter de ne pas vous frotter à ce remake pitoyable ne possédant absolument aucun professionnalisme ou point commun avec l’histoire d’origine.