À l’instar des sitcoms, je regarde désormais très peu de séries étasuniennes à destination des adolescents. Je crois qu’Awkward. était la dernière du genre à se trouver sur mes tablettes et en plus, je ne l’ai jamais commencée de moi-même, mais suite à une demande pour l’animation de Noël du blog. C’était en 2011 et un bon petit nombre d’années plus tard, voilà que cette production se termine avec sa cinquième saison. Celle-ci se compose de vingt-quatre épisodes diffusés sur MTV en deux temps : la première moitié est passée entre août et novembre 2015 et la seconde entre mars et mai 2016. À noter que par chance, il s’agit d’une conclusion prévue en amont et pas d’une annulation sauvage. Aucun spoiler.

Au début, Awkward. proposait des histoires rigolotes où la jeune héroïne et ses camarades s’amusaient des lieux communs pour mieux se les approprier. Avec un ton rafraîchissant, une certaine authenticité et une absence totale d’orgueil, cette série se révélait sympathique comme tout. Malheureusement, elle a fini par se prendre les pieds dans le tapis pour ne jamais réussir à redécoller. Et sans aucune surprise, cette ultime année ne change pas la donne, voire ne fait que clouer définitivement le cercueil. Les showrunners actuels espéreraient que la chaîne commande une suite, mais croisons les doigts pour que la porte de ce microcosme devenu une véritable autoparodie ne se rouvre pas. Autant la première moitié de la saison demeure encore tolérable malgré un déplaisant sentiment de redondance, autant la seconde s’avère imbuvable pour cette succession de clichés et d’inepties en tous genres. Le public n’escompte pas forcément de la fiction une grande inventivité, mais au bout de cinq ans, il est en droit de souhaiter un vrai impact émotionnel et pas ce récit interminable et répétitif ne menant à rien de concret. L’épilogue ne donne même pas l’impression d’en être un et la série s’en va dans l’indifférence la plus totale. Alors que MTV a annoncé suffisamment tôt la fin aux producteurs, ceux-ci ne semblent pas avoir désiré remercier les téléspectateurs en délivrant une sorte de célébration. Non, ces péripéties laissent surtout un désagréable arrière-goût en bouche.

Les épisodes diffusés en 2015 démarrent quarante-huit jours avant que les personnages quittent le lycée. Ils s’apprêtent pour la majorité à entrer en fac, attendent quelques résultats d’admission, imaginent leur futur et font parfois des plans sur la comète. Jenna, de son côté, se remémore ses bons souvenirs estivaux avec le Marine Bryan, mais retombe dans ses travers en apprenant par mégarde que Jake a eu une aventure avec la petite amie actuelle de Matty, Gaby. La série a déjà trop souvent utilisé la carte de ces marivaudages et persévère de la sorte, quitte à écœurer tout le monde. Bien sûr, l’écriture n’en rate pas une pour tenter d’en remettre une couche sur l’héroïne et son amour de jeunesse. Ils s’aiment, essayent de se protéger mutuellement, le timing n’est jamais optimal, etc. Awkward. n’injecte pas un seul soupçon de nouveauté dans cette intrigue courant depuis ses premiers pas à l’antenne. Matty a beau se révéler adorable, il ne peut pas faire des miracles. À côté de ça, les autres personnages manquent singulièrement de charisme et se perdent dans des développements abscons. Tamara se prépare à se marier avec le garçon rencontré sur la plage au Mexique, les atermoiements de Jake endorment et Sadie continue d’asséner des méchancetés malgré le soutien incroyable de Sergio. Bref, on se fiche de tout ça. Les épisodes défilent, n’approfondissent rien, ne possèdent pas d’enjeux, ne provoquent pas un quelconque rire et réussissent seulement à ne pas assommer grâce à leur courte durée. De nouveau, la production ne se montre pas mauvaise, mais trop prévisible et superficielle. La suite, en revanche, mérite les tomates et transforme définitivement Jenna en une femme indécise dépendante des hommes.

Les séries adolescentes s’installant dans le temps finissent à chaque fois par se retrouver confrontées à un même problème. Que faire quand les protagonistes quittent l’école ? Awkward. choisit la solution de facilité en s’octroyant une ellipse temporelle. Entre le douzième et le treizième épisode, un an s’est écoulé et les héros sont tous de retour à Palos Hills, après leur année scolaire, dans le but de profiter des vacances d’été. Et là, encore une fois, la relation unissant Jenna à Matty prend le pas sur tout le reste. Les deux s’aiment, se disputent et répètent leur jeu ad nauseam. Outre cette redondance narrative définitivement irritante, cette partie se dote surtout d’un registre caricatural poussif et consternant. La jeune femme se plaît à la fac, croit avoir grandi et commence un stage à IdeaBin où exercent des clichés ambulants. Elle arbore un piercing au nez, se dit végétarienne, a changé de style vestimentaire et n’a pas vraiment communiqué avec Tamara ou les autres au cours des mois passés. Les scripts s’évertuent à clamer qu’elle est snob et condescendante si ce n’est qu’elle n’a pas vraiment évolué et est uniquement illustrée à travers ses ruptures sentimentales. En vérité, les personnages font du surplace depuis plusieurs années. Luke est de retour, le bébé des parents de Jenna est né, Lacey n’échange plus avec sa fille, Jake se morfond de son futur moribond et, étonnamment, le seul rayon de lumière est la supposée lunaire Lissa injectant un peu d’énergie. Quoi qu’il en soit, ces ultimes épisodes se perdent dans des vignettes insipides ou agaçantes. Le public est en droit de se demander s’il s’agit bien de la fiction jadis amusante et décomplexée parce que là, elle ressemble à un condensé de stéréotypes et de poncifs du genre.

Pour résumer, la cinquième et dernière saison d’Awkward. poursuit la chute qualitative amorcée précédemment. Au lieu d’essayer d’apporter un minimum de renouveau et d’originalité, elle use avec la valse des hésitations de ses héros. D’ailleurs, en dehors de Jenna et Matty passant toutes leurs journées à répéter inlassablement un discours romantique déjà sérieusement éprouvé, les autres ne disposent d’aucune exploration digne de ce nom. Arrivée à ce stade, seul l’attachement envers cet univers semble capable de le sauver du naufrage, mais même ici, la série botte en touche tant elle n’a plus rien à voir avec son identité du début. L’humour et le divertissement ont eux aussi déserté les rangs depuis longtemps. C’est donc un peu amer, mais surtout soulagé, que l’on referme ce chapitre en souhaitant très fort que cela soit bel et bien définitif.