Galileo XX | ガリレオ XX (Épisode spécial)

Par , le 1 février 2017

Au grand dam de maints téléspectateurs, la deuxième saison de Galileo s’est passée des services d’Utsumi Kaoru et l’a remplacée par une plus jeune inspectrice jouée par Yoshitaka Yuriko. Le choix de la production semble assez curieux au vu du succès précédent, mais elle a tout de même veillé à offrir une jolie porte de sortie à cette femme avec l’unitaire Galileo XX. D’ailleurs, il porte le sous-titre Utsumi Kaoru Saigo no Jiken, soit la dernière enquête d’Utsumi Kaoru. D’une durée de cent dix minutes, il fut diffusé sur Fuji TV le 22 juin 2013 et peut être regardé indépendamment du reste de la série, même en ne connaissant absolument rien à l’univers du brillant physicien. Aucun spoiler.

Après plusieurs années à travailler à la police de Tôkyô, les supérieurs d’Utsumi Kaoru décident de l’envoyer aux États-Unis pour une supposée formation enrichissante. Avant de partir, elle se lance dans une affaire au demeurant facile, mais qui risque finalement de peut-être briser sa réputation.

Bien que Galileo XX se rapporte au monde de Galileo, il n’a pas grand-chose à voir avec le matériel initial. Déjà, beaucoup seront déçus de constater que Yukawa Manabu se contente de minuscules apparitions. La science est aussi rangée au placard. À la place, c’est bel et bien Kaoru l’héroïne. L’intrigue se déroule juste avant le début de la seconde saison de la série. Dans les faits, l’unitaire n’a rien d’exceptionnel et ressemble à une histoire typique du genre. Un homme se promène dans un parc et pousse dans un fauteuil roulant une femme âgée grotesquement maquillée. Or, cette personne est décédée. A-t-elle été assassinée ? La réponse ne traîne pas. Si elle souffrait de démence, elle est probablement morte d’épuisement physique. En revanche, l’individu en question travaillant à l’origine comme son auxiliaire de vie avoue avoir tué la fille de la vieille dame ; puis il se rétracte, accusant Kaoru de l’avoir menacé. Comment démêler le vrai du faux dans cette sordide affaire ? L’inspectrice a-t-elle fait arrêter un innocent ? Elle commence à douter de ses capacités, mais continue de faire preuve de pugnacité alors que ses collègues et supérieurs ne se gênent pas pour la maltraiter ouvertement. Plus que jamais, Kaoru réalise qu’être une femme au sein de la police s’avère compliqué. Contre toute attente, Galileo XX offre effectivement un registre féministe du plus bel effet et une certaine critique de la société patriarcale nippone.

Kaoru n’est pas dupe, si elle est envoyée aux États-Unis, c’est parce que ses patrons ne savent que faire de cette trentenaire célibataire s’accrochant à sa carrière. Généralement, aucune de ses consœurs ne poursuit cette voie tant elles finissent par toutes se marier et demeurer au foyer. Pour l’État, il paraît inconcevable de donner des responsabilités plus importantes à la policière maintenant assez chevronnée et de toute manière, cette idée ne vient même pas sur le tapis. Trop âgée, plus assez malléable et de sexe féminin, elle cumule les tares. Kaoru ne se formalise pas trop de cette situation inconfortable puisqu’elle comprend qu’il s’agit là d’un combat perdu d’avance. Cela ne l’empêche toutefois pas de soupirer à maintes reprises, d’être plutôt blasée et de rêver d’un monde plus égalitaire. Son affaire en cours ne fait qu’accentuer sa fatigue psychique, car ses supérieurs la malmènent, l’instrumentalisent et ne la considèrent jamais à sa juste valeur. Tout au long de Galileo XX, l’héroïne cherche à lever le voile sur une enquête bien plus complexe qu’à première vue tout en bataillant contre le système masculiniste, la politique de l’établissement, les préjugés et autres embûches apparentées. Quasiment seule contre tous, elle ne baisse pas les bras et croit réussir à obtenir le soutien d’une dirigeante incarnée par Yo Kimiko (Churasan). Cependant, celle-ci suit son propre agenda et ne désire que couvrir ses arrières, la police paraissant être vérolée de l’intérieur. Cette rapide analyse de la société refusant l’égalité des genres ne favorise pas du tout la carte du manichéisme et prouve à sa manière que le sexe d’un individu ne conditionne pas ses actes ou compétences.

En filigrane, l’unitaire se permet ainsi d’illustrer les difficultés pour une femme d’évoluer dans un univers aussi conservateur. L’interprétation de Shibasaki Kô et la richesse de la caractérisation du personnage apportent à l’ensemble une densité, une vulnérabilité et une sensibilité appréciables. Autant la série ne parvient guère à fédérer et toucher l’audience avec son registre bancal, autant cet unique épisode atteint aisément son but que d’émouvoir, de pousser la réflexion et de divertir convenablement. Effectivement, l’affaire criminelle se veut correctement menée et tient en haleine jusqu’à l’épilogue. L’ambigu auxiliaire de vie incarné par un solide Yûsuke Santamaria (Anata no Tonari ni Dareka Iru) se joue de Kaoru et semble cacher divers éléments pour des raisons totalement obscures et au demeurant incompréhensibles. S’y enchevêtrent un vieux dossier, des luttes de pouvoir, une conspiration, des mensonges, du maquillage de preuves, des secrets enfouis depuis des décennies et des menaces plus ou moins déguisées. Kaoru a d’autant plus de peine à se faire entendre que l’investigation ne se déroule pas à Tôkyô, mais à Nagano, et que la presse s’en mêle. La mécanique de l’intrigue ne sort pas des sentiers battus sauf que l’écriture reste suffisamment habile pour ne pas ennuyer d’autant plus que quelques points d’humour transparaissent de-ci de-là. La patronne de l’hôtel fort particulier dans lequel séjourne l’inspectrice ainsi que son collègue du moment (Yagira Yûya – Yutori desuga Nani ka), otaku sur les bords, insufflent une sympathique légèreté. Notons aussi la présence d’un enquêteur local interprété par le convaincant Ibu Masatô (Fûrin Kazan).

Pour résumer, sans la science et Yukawa Manabu, l’unitaire Galileo XX s’écarte fortement de la série de laquelle il se rattache, ce qui s’avère une excellente idée. S’il n’a rien d’indispensable et se contente au bout du compte d’une histoire policière classique, il démontre un certain savoir-faire dans son déroulement et ne manque pas d’allant. En plus de se révéler donc suffisamment intrigant et d’injecter des touches parfois moins dramatiques, il se dote surtout d’une critique féministe subtile et tellement inattendue qu’elle en devient encore plus agréable. Les amateurs de l’inspectrice passionnée seront par ailleurs ravis de constater qu’elle détient l’opportunité de quitter la tête haute l’univers du brillant physicien cartésien, car elle mène elle-même l’affaire du début à la fin et sort psychologiquement grandie de cette expérience émotionnellement éprouvante. En un unique épisode, l’unitaire réussit là où la fiction mère a échoué, c’est-à-dire apporter davantage de dimension à cette protagoniste.


2 Comments

  1. Caroline
    Greg• 14 octobre 2017 at 21:40

    Bonjour,
    Je découvre le blog par l’intermédiaire de cette série et suis agréablement surpris d’y trouver des propos pleins de pertinence et d’intelligence.
    C’est cet épisode qui m’a poussé à faire une recherche car oui, il est nettement différent de la série. L’histoire, la mise en scène, l’atmosphère et même Kaoru sont méconnaissables. Les thèmes abordés sont justes, et sans lourdeurs. Kaoru prend vie et on ne peut avoir que de l’empathie pour son personnage. Autant la série va vite être oubliée, autant cet épisode va me rester en tête…

    ps: l’article entier est un spoiler, peut être fallait-il écrire  » attention spoiler » et non pas  » aucun spoiler »,non?

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    • Caroline
      Caroline• 14 octobre 2017 at 22:37

      Bonjour et bienvenue par ici~

      C’est vraiment dommage que la série hebdomadaire n’ait pas opté pour une approche similaire à celle de ce bonus. Je me suis d’ailleurs fait la même réflexion après avoir visionné le premier film, Yôgisha X no Kenshin, qui oublie totalement la touche humoristique et privilégie un scénario bien mené sublimé par une écriture sobre et pudique. Si je ne devais conseiller que deux histoires de cet univers, il s’agirait sans aucun doute de ces deux-là.

      (Non, ce n’est pas une erreur de ma part. Je ne dévoile aucun élément important de l’intrigue, du moins je crois, et me contente d’évoquer concrètement ce que l’on apprend rapidement et plus abstraitement ce qui s’annonce, cela afin que la personne ayant déjà regardé voie ce dont je parle. Le but est d’essayer de ne pas trop en révéler tout en appuyant quand même un minimum mes propos. Je fonctionne ainsi depuis un bon bout de temps maintenant. En fait, il me semble surtout que chacun a son propre curseur en matière de spoilers, ce qui rend la chose toujours un peu complexe ^^;;.)

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