Malgré une érosion progressive de ses audiences, Sleepy Hollow continue sa route sur le réseau Fox et si elle termine actuellement sa quatrième saison, discutons auparavant de la troisième. Les dix-huit épisodes la composant furent diffusés aux États-Unis entre octobre 2015 et avril 2016. Aucun spoiler.

Neuf mois se sont écoulés depuis la mort accidentelle de Katrina des mains d’Ichabod Crane. Probablement en partie parce qu’il a besoin de faire son deuil, il s’occupe l’esprit en s’envolant en Angleterre à la recherche de mystérieux artefacts et en s’offrant une nouvelle coupe de cheveux. Ce n’est qu’à son retour de l’autre côté de l’océan Atlantique qu’il contacte Abbie à qui il n’a pas parlé depuis. La jeune femme n’a pas chômé entre-temps puisqu’elle fait désormais partie du FBI et lance enfin sa carrière dans la direction qu’elle convoitait depuis un moment. La fin de saison précédente a permis de donner un bon coup de balai dans les intrigues de qualité douteuse et d’évacuer de la scène des personnages inutiles, voire irritants. Une fois de plus, Sleepy Hollow essaye alors maintenant de se créer une identité propre. À ses débuts, elle se montrait rafraîchissante, s’amusait de ses incohérences et ne prenait pas de grands airs. Malheureusement, certains ont visiblement souhaité simplifier les scénarios et employer une formule plus classique, procédurale même. Ces épisodes inédits continuent sur cet élan de récits à la semaine, tout en tentant bon gré mal gré de récupérer le sel d’autrefois et de broder une mythologie aux bases branlantes. Effectivement, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes et la fiction poursuit son inexorable chute vers l’insipidité. Elle n’est pas foncièrement mauvaise, non, elle induit uniquement un sentiment de tristesse, de gâchis. D’ailleurs, comme le note justement Fabien sur Critictoo, elle laisse espérer ses téléspectateurs qu’elle retrouvera un jour sa verve d’antan. Sauf qu’il faut être réaliste, ce ne sera jamais le cas. La preuve en est qu’en se délestant d’un indispensable élément, la conclusion de cette saison se veut honteuse, trahit totalement l’esprit général et se moque tout aussi ouvertement de l’audience. La suite s’annonce à nouveau différente, handicapée d’un atout phare et peu enthousiasmante. Ce qui sauve jusqu’à présent Sleepy Hollow de la débâcle, c’est la relation qu’entretiennent ses deux héros, attachants ensemble comme séparément.

Ichabod commence à se faire à l’idée de devoir vivre au XXIè siècle, ce qui ne l’empêche évidemment pas de s’étonner de nos manies actuelles, toujours sur un ton satirique amusant. Ce comique de répétition a beau perdurer depuis les débuts de la série, il fonctionne encore et ne se révèle pas du tout rébarbatif. L’aristocrate anglais réalise que son statut de voyageur dans le temps le dessert et c’est pourquoi il décide de prendre le taureau par les cornes en demandant sa naturalisation. Cette intrigue alimente quelques situations, mais rien de bien probant comme l’illustre le personnage campé par Zoe (Maya Kazan – The Knick) se bornant à un artifice amoureux sans relief. L’ex-meilleur agent de George Washington souhaite ainsi aller de l’avant, mais la conjoncture le force plus ou moins volontairement à se remémorer d’anciens souvenirs. La saison en profite donc pour insérer maladroitement divers flashbacks à l’intérêt discutable et aux grossières ficelles. Dans chaque épisode ou presque, le duo de compères est confronté à divers obstacles et comme par hasard, ces évènements sont systématiquement liés à un moment qu’Ichabod a partagé jadis avec Betsy Ross (Nikki Reed), une espionne aux multiples ressources qui l’obsède, ce qui tranche radicalement avec son parcours narré précédemment. Et pour varier un peu la donne, Sleepy Hollow joue la carte de la sorcellerie avec l’ancêtre d’Abbie, à savoir Grace Dixon. La production ne fait aucun effort pour affiner son écriture et se limite à un style artificiel, mécanique et peu inspiré. Chaque semaine provoque l’irruption d’un monstre et de souvenirs bien opportuns, la formule se répétant à l’infini. Heureusement, Abbie et Ichabod ne manquent pas d’allant, se serrent les coudes, se respectent mutuellement et après s’être quelque peu éloignés en raison de Katrina, il est bon de les revoir soudés, fidèles et prêts à tout l’un pour l’autre. Les amitiés mixtes aussi profondes sont tellement rares à la télévision, et les réussies encore plus, qu’en découvrir une de cette trempe met du baume au cœur. Les dialogues piquants et leur alchimie sautent aux yeux tandis que les composants leur gravitant autour essayent, eux, de garder la tête hors de l’eau.

La grande menace de la saison surgit dès le début et porte les traits de Pandora incarnée par Shannyn Sossamon (Moonlight). Le personnage s’installe au long cours, relie plus ou moins les histoires hebdomadaires entre elles, et s’il ne se révèle pas désagréable, il peine à causer un réel intérêt malgré une fin de parcours mieux amenée. Compte tenu de son nom, il paraît évident qu’elle n’arrive pas les mains vides, mais bel et bien avec sa fameuse boîte au contenu fort inquiétant. Son but est de conditionner la peur parmi les habitants de Sleepy Hollow, pour une raison initialement mystérieuse. Elle délivre ainsi sur un plateau des créatures malfaisantes telles qu’une version fantastique de Jack l’Éventreur ou de la Petite souris, et plus tard, un puissant mégalomaniaque sans relief, mais caricatural (Peter Mensah – Spartacus). Rapidement, Ichabod et Abbie cherchent à la contrer et pour ce faire, Jenny les seconde avec le soutien de Joe Corbin duquel elle se rapproche. À ce sujet, la série en profite pour injecter une dimension plus romantique, voire tragique, sauf qu’encore une fois, rien ne décolle et les émotions ne touchent que trop rarement. La sœur d’Abbie mérite davantage d’exploitation et de ne pas se contenter d’interagir avec d’autres. La famille demeure au centre des propos et la survenue d’un membre disparu rate également le coche. De toute manière, cette année n’est qu’idées lancées à la sauvette et associations approximatives. Cet aspect bancal transparaît à merveille à travers l’incursion dans l’univers de Bones avec le 3×05, Dead Men Tell No Tales. Sleepy Hollow possède de solides cartes dans le versant fantastique si elle ose tirer parti de son exubérance décoiffante, mais elle ajoute un registre policier très conventionnel et peu haletant. L’intégralité des intrigues se déroulant à Quantico et la dynamique qu’Abbie entretient avec son ex-collègue ne riment pas non plus à grand-chose de consistant.

Pour résumer, après une précédente saison commençant déjà à montrer de francs signes d’usure, cette nouvelle salve d’épisodes confirme la chute qualitative de Sleepy Hollow. La série essaye continuellement de se réinventer même si cela signifie devenir incohérente avec ses débuts. Dire qu’elle détenait à l’origine une formule certes imparfaite, mais délicieuse, car décalée et décomplexée… Les scénaristes y mettent du leur, ne le nions pas, puisque la créativité surnaturelle répond notamment à l’appel, sauf que la recette ne fonctionne plus ou alors de manière anarchique. Ce manque de suspense et d’enjeux impliquant réellement les téléspectateurs nuit à l’appréciation générale, voire au divertissement. Les récits stériles se succèdent, se conforment à une mécanique sérieusement éprouvée, introduisent divers personnages et idées, sans jamais les explorer un tant soit peu. La production ressemble maintenant à une fade association de pièces de puzzles disparates et non pas à une œuvre au caractère affirmé. Difficile, donc, de souhaiter suivre ce duo pourtant si sympathique ; l’épilogue donne d’ailleurs envie d’oublier une bonne fois pour toutes cette fiction générique jadis dotée d’un innocent charme désinvolte.