Neko Zamurai | 猫侍 (film)

Par , le 29 mars 2017

Il y a quinze jours nous discutions par ici de l’adorable première saison de la série japonaise Neko Zamurai. En sus de sa deuxième salve d’épisodes, elle se dote de deux films. Le premier d’entre eux, tout simplement intitulé Neko Zamurai (Samurai Cat à l’international), est sorti dans les salles nippones le 1er mars 2014 et dure cent minutes. Contre toute attente, il ne s’inscrit pas du tout à la suite du matériel télévisé, mais s’apparente à une sorte d’histoire parallèle et indépendante. Aucun spoiler.

Avec son physique inspirant la crainte, Madarame Kyûtarô resplendissait autrefois en tant que samouraï. Désormais, il n’est plus qu’un rônin, un de ces épéistes sans maître. Puisqu’il a grandement besoin d’argent, il accepte la curieuse mission proposée par le fils héritier d’un clan amateur de chiens : assassiner le chat vénéré de leur grand ennemi. Or, arrivé devant l’animal en question, il ne peut s’y résoudre et sans même réfléchir, il maquille la scène et prend avec lui le joli félin, une femelle nommée Tamanojô.

Ceux ayant regardé au préalable la série télévisée comprendront immédiatement à la lecture de ce synopsis que quelque chose cloche. Effectivement, ce film se contente de réécrire le récit initial à sa manière. Ce n’est donc pas la peine d’y espérer découvrir la suite des aventures de Kyûtarô, ce qui s’avère au demeurant décevant. L’amertume est d’autant plus marquée qu’au bout du compte, ce long-métrage ne présente rien de nouveau et oublie en partie le sel des épisodes de naguère. Il en devient impossible de ne pas comparer avec ce que l’on connaît déjà. Cela ne signifie nullement que l’ensemble soit mauvais, tant s’en faut, mais il ne répond pas du tout aux attentes des téléspectateurs. En revanche, les néophytes devraient y trouver davantage leur compte. Le rythme se révèle cette fois beaucoup plus enlevé et la douce tranquillité laisse sa place à davantage de rebondissements. Le quotidien de Kyûtarô n’est que brièvement retranscrit à l’écran et la dimension légèrement sociale, avec le statut des rônin, ou plus dramatique à travers le passé du héros et de ses proches, beaucoup plus ténue nonobstant une intrigue essayant d’insuffler des émotions. Le registre favorise surtout l’humour et se veut moins absurde, plus accessible aussi probablement, malgré des moments volontairement ridicules améliorés par des figures jouant la carte de la parodie. Sur la forme, le résultat se montre identique et continue de bénéficier de la chouette musique d’Endô Kôji s’amusant de diverses sonorités et induisant un côté truculent, burlesque. Les décors demeurent crédibles, la photographie soignée. Notons par ailleurs que plusieurs séquences de la série sont reprises telles quelles, bien que le scénario, lui, change sur de nombreux points. Finalement, Neko Zamurai propose cette fois une comédie où deux clans ennemis s’écharpent gentiment tandis que le samouraï tente de mener sa vie sans faire de vague. Les personnages récurrents ont disparu et sont remplacés par d’autres, dont une fille (Renbutsu Misako – 37.5°C no Namida) forcée de travailler chez les passionnés de félins.

À Edo, deux groupes d’hommes se haïssent farouchement pour des raisons fallacieuses. À leur tête se trouve un patriarche adorant son animal de compagnie. L’un préfère son chat tandis que l’autre ne jure que par son chien. Afin de mettre la pagaille et humilier ses adversaires, le jeune successeur des friands de canidés, Yonezawa Saburôta (Totsugi Shigeyuki – The Quiz Show), demande à Kyûtarô d’aller tuer Tamanojô. Derrière sa mine austère, le héros cache un cœur tout mou et ne réussit pas à commettre ce crime qu’il juge en plus plutôt dégradant pour sa condition d’épéiste. Il dissimule cette jolie boule de poils blanche chez lui et cherche à reprendre ses activités habituelles. Peu d’informations transpirent sur ce protagoniste si ce n’est qu’il a quitté sa femme et sa fille pour la capitale. Il part tous les jours quémander du travail auprès d’un seigneur du coin et se heurte à chaque fois au refus catégorique et railleur de l’homme montant la garde joué par Nukumizu Yôichi (Tonsure). La solide interprétation de Kitamura Kazuki continue de plaire, lui qui parvient à se montrer attendrissant et quelque peu inquiétant. Le rônin se laisse rapidement toucher par son chat et commence à sourire. Forcément, le supposé meurtre de l’animal met le feu aux poudres dans cette ville animée et les deux bandes s’échauffent surtout que les héritiers n’hésitent jamais à fomenter des plans ridicules. S’y ajoutent un samouraï opportuniste, Shimazaki Shinuemon (Terawaki Yasufumi – Aibô), et un jeune garçon, Zenba Shinsuke (Asari Yôsuke – Môsô Kanojo), avide de vengeance après l’assassinat de son père. Le scénario ne se borne pas à la lutte entre les ennemis, mais injecte une dimension plus mélodramatique et un petit peu trop didactique et convenue pour passionner. La série a pour elle de faire preuve de beaucoup de naturel, ce qui n’est pas nécessairement le cas du film. Si les moments avec le félin se veulent toujours plaisants et attendrissants, ils se noient régulièrement dans le reste. De même, la finesse de la psychologie de Kyûtarô, ses doutes, tergiversations et ses difficultés à communiquer avec les siens se limitent à de vagues esquisses en dépit d’une réponse quant à la raison du renvoi de son ancien clan. Encore une fois, ceux n’ayant pas découvert le matériel original n’en tiendront sûrement pas rigueur, mais les autres, si. Tout y est ici beaucoup plus précipité, moins riche, bien qu’amusant à suivre.

En résumé, le long-métrage Neko Zamurai ne vaut pas du tout un visionnage si l’on a testé la première saison de la série télévisée tant il se borne à une banale réécriture. Les principaux éléments de l’intrigue de départ sont repris avec ce samouraï à la mine patibulaire s’attachant à un mignon chat tout blanc, mais il n’est plus vraiment question de son quotidien et des personnages récurrents. La simplicité initiale se transforme en un récit davantage enlevé s’émaillant de quelques traits plus grossiers et classiques. Certes subsistent l’humour sensiblement absurde, la perpétuelle bonne ambiance et les scènes adorables avec cette fameuse boule de poils, mais en comparaison avec ce que l’on connaît déjà, il s’avère compliqué de ne pas faire la fine bouche. Et tant qu’à plonger dans cet univers, autant se contenter de la fiction du petit écran qui, elle, mérite plus que le coup d’œil.


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