Braquo (saison 4)

Par , le 5 avril 2017

Contre toute attente, la quatrième et dernière saison de la série française Braquo ne s’est pas trop fait prier comme les autres et est sortie assez rapidement après la fin de la troisième. Enfin, il aura tout de même fallu patienter plus de deux ans. Ses huit épisodes de cinquante-deux minutes chacun furent diffusés sur Canal+ en septembre et octobre 2016, avec un scénario toujours signé d’Abdel Raouf Dafri. Aucun spoiler.

Les aventures précédentes se terminaient sur le démantèlement d’un vaste trafic de drogues impliquant les Russes et les Turcs. Si le succès de la police s’avère incontestable, les conséquences directes s’annoncent compliquées pour Caplan et ses collègues. Effectivement, Morlighem ayant tué le fils unique de Baba Aroudj au cours d’une opération, ce patron de la pègre turque entend bien se venger tout en continuant ses activités souterraines. Pour cela, il s’associe à des gangsters marseillais tombant dans le piège de la caricature et des stéréotypes du genre. Leur dirigeant âgé (Michel Subor) ne tolère guère la frustration, règne tel un tyran et abat quiconque le gênant, même un éventuel bras-droit. Braquo montre une certaine ressource en changeant du cadre parisien, mais comme d’habitude, elle s’y adonne maladroitement et range toute finesse au placard. Ce manque de subtilité représente de toute manière l’un de ses principaux écueils, la surenchère de violence gratuite en étant un autre. Alors qu’il veille à mettre de l’ordre avec cette mafia se croyant tout permis et se jouant de la police, Caplan décide de régler une bonne fois pour toutes la situation de Vogel. Le psychopathe a auparavant enterré vivante Roxanne et espère faire souffrir au maximum celui qu’il déteste viscéralement. Le scénario a la bonne idée d’évacuer rapidement le personnage qui, aussi amusant qu’il soit, est devenu totalement incontrôlable et ridicule. L’atrocité de son sort prouve toutefois que les héros de cette série sont arrivés à un point de non-retour et que cette saison ne s’apprête pas à prendre des gants. Maintenant, tout peut survenir et Caplan ne sera jamais plus en mesure de faire machine arrière. Le pessimisme ambiant étouffe pour tant de lourdeur, de drames oppressants et de tendance autodestructrice. Cette âpreté n’est pas une tare, mais la fiction en abuse, ce qui empêche de pleinement adhérer à ces situations critiques, souvent fatalistes. L’ensemble a par ailleurs pour défaut de multiplier les intrigues secondaires inutiles et de ne jamais préciser clairement ses enjeux. La caméra part à Marseille, revient à Paris, plonge dans l’univers carcéral avec de dangereux caïds, emploie divers visages à l’intérêt discutable, car initialement peu explorés, s’attarde sur un ancien braquage, dépeint le travail sans relâche de l’IGPN, etc. Le téléspectateur, pendant ce temps, ne comprend pas exactement de quoi il en retourne en dehors de bains de sang.

À force de s’amuser avec le feu, Eddy finit par être rattrapé par ses vieux démons. Son passé ressurgit et c’est l’occasion de découvrir son frère benjamin, Nathan (Boris Terral). Le calme rassurant de ce nouveau personnage plaît et permet au protagoniste de Braquo de montrer une facette familiale inédite, d’expliquer certains de ses choix. Néanmoins, ces scènes issues de nulle part créent une cassure trop appuyée parmi les autres allant tambour battant. Le cadet des Caplan fait sûrement office d’une voie de rédemption, d’une lueur d’espoir, aussi faible qu’elle puisse être. Quelques figures paraissent susceptibles de s’en sortir sans trop se brûler les ailes tandis que d’autres sont condamnées depuis le début. La dynamique que Nathan développe avec Roxanne sonne malheureusement trop forcée et peu naturelle, tout comme plusieurs évènements en découlant. La policière n’aura de toute façon jamais bénéficié d’une mise en valeur suffisante. Morlighem n’est pas mieux loti, ne le nions pas. Il n’empêche que la saison en profite une fois de plus pour dépeindre les liens indéfectibles de ce trio sur la brèche. Plus soudés que jamais, fidèles, ils s’aiment d’un amour sincère, désintéressé et joliment retransmis à l’écran bien qu’étonnamment, individuellement, ils peinent à provoquer une véritable empathie. La conclusion cherche justement à illustrer cette relation presque fusionnelle, intense et à l’image de ce qu’ils ont vécu au fil de ces années sur le qui-vive. Le dénouement final se montre beaucoup trop facile et prévisible en dépit d’une scénographie plutôt soignée, avec une inspiration évidente de l’épilogue de Breaking Bad. Sans mériter d’être fustigé, il confirme que Braquo était arrivée en bout de course et que ses souffrances nécessitaient d’être abrégées. Comme d’habitude, les ennemis de Caplan ne sont pas uniquement extérieurs puisque cette fois, il doit rendre des comptes à des supérieurs hiérarchiques, dont un (Thierry René) décidé à user de tous les moyens à sa disposition pour faire tomber coûte que coûte ce policier incontrôlable à la conscience morale bien fluctuante. Les dangers n’ont donc jamais autant ponctué le quotidien de cette unité aux tendances suicidaires souvent haïe, méprisée, jalousée, crainte. La voir foncer tête baissée et refuser les compromis laisse perplexe surtout que les dialogues empesés appuient le manque de réalisme.

Pour résumer, l’ultime saison de Braquo continue sur la lancée des trois précédentes et pour l’occasion, plonge notamment dans le milieu de la mafia marseillaise. Bien qu’elle cherche à renouer avec l’esprit d’antan à travers cette descente aux enfers dépressive correctement interprétée, elle ne parvient une fois de plus pas à se départir des écueils handicapant la série depuis trop longtemps. À trop souhaiter se montrer sombre et létale, elle apparaît surtout clichée, glauque et, par moments même, grotesque. Le rythme enlevé permet toujours de ne pas trop ennuyer, mais en y réfléchissant, derrière ces nombreux rebondissements éclatants, grosses cylindrées, coups de feu et de sang, le scénario demeure inconsistant, superficiel, voire anémique. Dire que ces épisodes déçoivent serait mensonger parce qu’en réalité, ils suivent la logique amorcée auparavant, mais ils rappellent de plein fouet qu’à ses débuts, ce polar français s’avérait nettement plus profond, désabusé et intense. En se voulant spectaculaire, la production est devenue démesurée et a perdu en humanité. Dommage.


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