Tim Kring, le créateur de Heroes, semblait croire pouvoir revenir sur le devant de la scène et y demeurer. Cinq ans après l’annulation de cette médiocre production, quelqu’un a subitement décidé qu’elle se rappelle au bon souvenir des téléspectateurs se passant pourtant très bien d’elle. Heroes Reborn est ainsi arrivée à l’écran alors que personne ne l’attendait. Bien qu’elle fut initialement annoncée comme une mini-série de treize épisodes diffusés sur NBC entre septembre 2015 et janvier 2016, il paraît évident que le scénariste souhaitait qu’elle perdure. Sauf que la chaîne a retrouvé ses esprits et rétorqué que non, toute bonne chose avait clairement une fin. Est-ce que cet univers de science-fiction a donc totalement refermé ses portes ? Seul l’avenir nous le dira, car après tout, tout est envisageable en qui le concerne. Aucun spoiler.

Un an s’est écoulé depuis l’attaque terroriste d’Odessa, au Texas, ayant fait un grand nombre de victimes. Le gouvernement et l’opinion publique accusent ouvertement les individus possédant des capacités extraordinaires, les Évolués ou Evos, de ce massacre. C’est pourquoi ceux-ci sont obligés de se cacher, de fuir et de veiller à toujours dissimuler leurs pouvoirs surtout qu’un couple les assassine de sang-froid. Depuis l’attentat, Noah Bennet s’est rangé et suit une existence aussi paisible que possible, mais quand le passionné de conspiration Quentin Frady surgit de nulle part, la situation commence à se corser. Et si tout n’était que secrets et manipulations ? Que fabriquent la puissante société Renautas et Erica Kravid, sa dirigeante visiblement dénuée de conscience morale ?

Avant d’arriver à l’antenne, Heroes Reborn a pris le temps de lancer ses principaux enjeux à travers la sympathique courte web-série Dark Matters. Si elle ne se montre pas indispensable, elle apporte plusieurs éléments scénaristiques intéressants et permet d’ailleurs de découvrir les personnages de Quentin et Phoebe Frady. Ses qualités d’ensemble laissent en plus imaginer que malgré les remous passés, Tim Kring a peut-être enfin appris de ses erreurs et se révèle désormais capable de proposer une histoire rondement menée. Tuons le suspense immédiatement, car, non, ces épisodes inédits ne risquent pas de bouleverser l’ordre établi. Pourtant, le concept a de quoi piquer la curiosité sur le papier. Au lieu de repartir à zéro, le récit réutilise l’ossature déjà connue, effectue un bond salvateur dans le futur, multiplie les références et clins d’œil, et ramène plusieurs figures, dont certaines assez attachantes. La fameuse vidéo de ses prouesses surhumaines que Claire Benett a dévoilée à la planète entière a fait l’effet d’une bombe. Le monde a découvert ces Évolués et a commencé à les accepter jusqu’à ce jour fatidique de juin où, lors d’un sommet pour la paix, le supposé terroriste Mohinder Suresh provoqua l’explosion des lieux. Depuis lors, le climat se veut délétère pour ces individus différents. Certains se terrent, d’autres sont tués et plusieurs disparaissent mystérieusement. Quentin cherche justement sa sœur et réussit à faire sortir de sa routine Noah Bennet qu’il pense être de mèche avec ce qui se déroule. Or, ce n’est pas le cas. Ce duo non dénué de charme et de piquant se lance ainsi dans une course contre la montre, car il semblerait qu’une apocalypse s’annonce. En progressant sur ce chemin dangereux et sinueux, ils se préparent à lever le voile sur ce qui s’apparente à un grand tour de passe-passe plutôt correctement amené à l’écran à travers une structure narrative jouant sur la ligne temporelle. Les flashbacks et flashforwards s’entremêlent et suivent une certaine logique, sans perdre au passage l’audience, mais malgré cela, la prévisibilité, les archétypes, les rebondissements téléphonés, les intrigues inutiles et les individus falots nourrissent cette mini-série prenant rapidement l’eau. La mise en scène moyennement engageante, avec des incrustations numériques de piètre qualité, continue d’alimenter le cahier des doléances dont la conclusion en représente éventuellement le point d’orgue. Effectivement, si l’arc principal se termine, subsistent maintes questions susceptibles de frustrer à juste titre plusieurs téléspectateurs.

Heroes Reborn veille à proposer une nouvelle galerie de personnages et ne lésine pas sur les moyens. Dans l’Illinois, le lycéen Tommy (Robbie A. Kay – Once Upon a Time) apprend à employer ses capacités tout en s’amourachant de la jolie Emily (Gatlin Green). Depuis aussi loin qu’il se souvient, il déménage constamment avec sa mère célibataire parce que personne ne doit connaître son secret. Cette figure est l’une des rares à disposer le plus de matériel, ce qui lui permet un tant soit peu de se montrer un minimum agréable, à défaut de sortir d’une caractérisation bien stéréotypée. Les autres, en revanche, ne servent qu’à du décor et à ralentir une intrigue principale s’éternisant dans des longueurs et une volonté de tarabiscoter un récit qui n’en a pas besoin. Luke (Zachary Levi – Chuck) et Joanne Collins (Judi Shekoni) sillonnent les États-Unis dans le but d’assassiner le plus d’Evos possibles, car ils les jugent responsables du décès de leur enfant. Difficile d’adhérer à la souffrance de ce couple en perdition tant il manque de profondeur et de relief. Ne parlons surtout pas de Carlos Gutierrez (Ryan Guzman) revenant de la guerre. À l’instar de la série mère, celle-ci choisit de s’envoler en direction du Japon avec Katana Girl (Kiki Sukezane) et Ren (Tôru Uchikado), son fidèle acolyte tentant d’injecter un semblant d’humour. Ajoutons également Malina (Danika Yarosh) une jeune fille apparemment vouée à un destin incommensurable et patientant pour l’instant tout au nord de la Terre. Sans oublier, forcément, la grande méchante qu’est Erica Kravid (Rya Kihlstedt) que le script essaye en fin de parcours d’humaniser. Les stéréotypes pullulent et rien n’est jamais fait pour intégrer convenablement ces trop nombreuses figures à l’ensemble. Heroes Reborn capitalise peut-être trop sur un effet nostalgique et de toute manière, ce sont les anciens personnages qui, pour la plupart, éveillent un quelconque intérêt. Revoir Hiro fait par exemple plaisir, mais c’est surtout Noah qui mérite des louanges même si à lui tout seul, il ne peut sauver l’intégralité du récit. La famille détient de nouveau un rôle primordial et pousse plusieurs individus à des comportements parfois désespérés. Quoi qu’il en soit, les épisodes défilent, s’embourbent dans des longueurs et si l’ennui est enrayé par un certain sens du spectacle, la qualité générale ne répond que trop rarement à l’appel en raison de dialogues artificiels, de scènes trop explicitées et d’une avancée laborieuse.

En conclusion, Heroes Reborn passe tristement à côté de son potentiel et se noie dans une exécution approximative. Cette mini-série inégale remémore les heures difficiles de la production lui ayant donné naissance parce qu’elle non plus ne réussit pas à s’affranchir de plusieurs défauts handicapants. Plutôt que d’aller à l’essentiel, le récit tente de brouiller les pistes, traîne les pieds et laisse la curieuse impression d’un brouillard cachant la vacuité d’un scénario prévisible pétri de clichés. Encore une fois, les héros s’apprêtent à vivre une apocalypse plus ou moins orchestrée par un vil conglomérat et essayent tant bien que mal de se débattre, quitte à devoir perdre la vie pour sauver les leurs. Faute de se renouveler et de répéter à l’infini une formule ayant déjà montré ses lacunes, cette fiction au suspense un brin éventé patine rapidement et ne parvient pas à divertir de bout en bout. Avouons-le, si l’ensemble se visionne sans souffrir, cet échec n’est finalement pas très surprenant.