Grey’s Anatomy (saison 12)

Par , le 3 mai 2017

À une époque où tout va très vite et où peu de productions ont l’opportunité de prendre le temps de façonner de solides bases, voir Grey’s Anatomy tracer sa route sans encombre fascine assez. Sa treizième saison se termine actuellement aux États-Unis, mais avant d’en discuter, il est plus que l’heure de traiter de la douzième. Ses vingt-quatre épisodes furent diffusés sur ABC entre septembre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Trois mois se sont écoulés depuis le retour de Meredith à Seattle. Veuve depuis plus de deux ans, elle a retrouvé son ancienne maison où vivent aussi maintenant Maggie et Amelia. La chirurgienne tente de se reconstruire à sa manière et fait preuve d’une grande dignité. Depuis plusieurs années, le personnage a grandement évolué, mûri, et plutôt que d’agacer, il réussit désormais à convaincre et à toucher. La saison veille à illustrer son cheminement qui, bien évidemment, se ponctue de hauts et de bas. En plus de devoir jongler entre ses activités hospitalières, Meredith a trois enfants à charge, des amis parfois envahissants, des subordonnés quelque peu incompétents pour certains et une propension à attirer les drames et coïncidences malheureuses. Effectivement, alors qu’elle croit bien se porter, elle voit surgir dans son quotidien une femme non étrangère au décès de Derek, son mari, et n’a pas d’autre choix que d’être obligée de travailler avec elle (Samantha Sloyan). Mais surtout, The Sound of Silence, le magnifique épisode 12×09, réalisé par Denzel Washington, la place au cœur d’une terrible situation et montre une fois de plus son courage et sa détermination. Pourtant, derrière cette force de caractère se cache un léger désinvestissement personnel, elle qui se refuse plus ou moins inconsciemment tout rapprochement intime avec un nouvel homme. Sa relation avec Maggie et Amelia tourne rapidement en rond, avec un fonctionnement cyclique et inégal. La disparition tragique de Derek duquel elle arbore dorénavant le calot ne se fait jamais sentir au sein de cette saison, comme quoi personne n’est ici indispensable. Quoi qu’il en soit, plus que jamais, l’héroïne représente le pilier de Grey’s Anatomy, l’élément immuable vers qui beaucoup se dirigent. Meredith n’est pas parfaite, tant s’en faut, mais elle avance, chute, se révèle et ne se laisse plus abattre comme dans le temps. Ce médecin est la véritable star de cette année et, à l’instar des précédentes, celle-ci ne se consacre pas suffisamment aux maints protagonistes vraiment trop nombreux de la série.

Après un démarrage plutôt réussi, la production retombe dans ses travers et ne parvient que trop rarement à retrouver l’équilibre de l’année passée. Les épisodes n’en deviennent jamais horripilants à regarder, mais en raison de diverses longueurs et redondances, ils donnent une sensation de surplace. Les principales figures ont en plus la désagréable manie de ne pas correctement communiquer, de multiplier les quiproquos évitables et de se complaire dans du mélodrame presque poussif. L’arc final avec Callie et Arizona symbolise justement l’un de ces écueils facilement dispensables. Leur divorce se déroule bien, mais la petite amie de l’orthopédiste, Penny, met le feu aux poudres et plonge l’ex-couple dans une bataille rébarbative à l’issue prévisible. Cette nouvelle interne n’est pas dénuée d’intérêt sauf qu’elle ne sert que de catalyseur d’évènements difficiles. D’ailleurs, Callie ne sort pas grandie de cette saison et ses derniers instants reflètent un cruel manque de considération de la part des scénaristes. April et Jackson représentent l’autre dynamique passant la majorité de l’année à se disputer. La jeune femme est revenue de Jordanie pensant récupérer son mariage comme si de rien n’était, mais ce n’est bien sûr pas le cas. L’intrigue les concernant s’enlise assez rapidement avant de finir par prendre une tournure plus posée et pertinente, bien que toujours peu enthousiasmante. Pourtant, les deux détiennent une alchimie palpable et se veulent sympathiques. Les écorchés vifs que sont Owen et Amelia provoquent des tensions à défaut d’injecter un véritable impact émotionnel, la faute à des évènements mal amenés ou développés. L’irruption du charmant et détendu Nathan Riggs (Martin Henderson) restaure les démons d’Owen pour une raison alors inconnue sauf qu’une fois de plus, le traitement patine légèrement. Toutes ces histoires ne sont en plus que le sommet de l’iceberg, car une multitude d’autres s’entremêlent au sein de cette saison moyennement homogène étirant parfois les problèmes à l’extrême.

Cette salve d’épisodes inédits ne possède pas sur le papier d’enjeux à proprement parler. Elle se contente d’enchaîner divers moments et crises qui, sans s’avérer ennuyants, ne transcendent pas les foules. Les cas médicaux, d’ailleurs, ne perdurent pas en mémoire malgré quelques visages familiers comme un sous-employé Lance Henriksen (MillenniuM), Nikki Deloach (Awkward.) ou Wilmer Valderrama (That ’70s Show) interprétant un intérêt romantique de Stephanie, condamnée à peau de chagrin. Sa comparse Jo n’est guère mieux lotie. Toutes deux, en plus d’irriter en raison d’une attitude trop immature, n’arrivent pas à s’intégrer au reste alors que précédemment, cet obstacle ne se posait pas trop. Que ces femmes soient en retrait se tolère, mais Alex, lui, mérite encore une fois plus d’exploitation. Sa jolie relation avec Meredith fait mouche, ne le nions pas, et plaît par sa sincérité et son naturel, mais ce titulaire ne doit pas uniquement servir de décor ou de faire-valoir. Difficile aussi de se passionner pour les remous du couple de Miranda et de Ben. La première dirige dorénavant la chirurgie et essaye tant bien que mal de tempérer les ardeurs d’un mari qu’elle juge parfois inconscient, arrogant et trop sûr de lui. Son dilemme moral peine à marquer. À côté de tout ça, la pétillante Maggie s’éprend de l’interne Andrew DeLuca (Giacomo Gianniotti) et rêve du grand amour ; Richard joue son rôle de médiateur paternaliste. Bref, l’histoire avance sans vague, de manière balisée et trop classique pour haranguer les foules. Les tragédies restent pour une fois plutôt en arrière-plan, l’atmosphère se voulant plus légère et optimiste, ce qui n’est en soi pas un mal. Mais bien sûr, chassez le naturel et il revient souvent au galop.

Pour résumer, la douzième saison de Grey’s Antomy ne réitère pas le succès de la précédente et retombe dans des travers déjà connus de la série, sans s’avérer pour autant mauvaise. Ses épisodes ne tiennent pas suffisamment sur la longueur et se voient rythmés par des prétextes scénaristiques et des occasions parfois ratées. L’affection pour plusieurs de ces héros permet de ne pas s’agacer surtout que l’ambiance assez malicieuse, cela malgré des drames légèrement excessifs, pimente les situations. Mais tout de même, il manque une vraie cohésion d’ensemble ou une solide empathie pour contenter. Cette mécanique trop bien huilée ponctuée de rebondissements éculés, voire caricaturaux, entrave ainsi le bon fonctionnement d’une fiction détenant pourtant encore de sérieuses capacités pour amuser, toucher et fédérer. Pour cela, il lui faut se montrer plus inspirée, peut-être resserrer ses intrigues et réduire sa galerie de personnages. En bref, elle doit relever la qualité générale de son écriture et arrêter de rester aussi ronronnante et presque paresseuse.


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