Yottsu no Uso | 四つの嘘

Par , le 24 mai 2017

Comme trop souvent, à force de récupérer un tas de séries et de les laisser traîner maintes années, arrive un moment où l’on ne sait plus du tout de quoi il en retourne. Jusqu’à encore récemment, Yottsu no Uso faisait partie de cette catégorie digne d’une pochette surprise. Il s’agit d’une adaptation du roman d’Ôishi Shizuka dont le titre peut être approximativement traduit par quatre mensonges. Ses neuf épisodes furent diffusés sur TV Asahi entre juillet et septembre 2008 ; seul le premier d’entre eux détient quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Quand une de leur ancienne camarade de lycée décède dans des circonstances tragiques, au Canada, trois quarantenaires se retrouvent et découvrent que la défunte menait une double vie. En réalité, le quatuor semble étouffé par diverses cachotteries et autres non-dits. Alors que ces femmes essayent de reprendre une existence paisible, leur passé ressurgit constamment et les empêche d’avancer. Ne devraient-elles pas régler tous ces problèmes touchant parfois au plus profond de leur intimité ?

En ce qui concerne la romance, la télévision japonaise, voire internationale, préfère souvent choyer un jeune public. Voir des personnages plus âgés, même si l’on ne figure pas encore dans la génération étudiée, se révèle donc plutôt rafraîchissant et intrigant. Yottsu no Uso décide ainsi de s’attaquer à ce qu’elle nomme la période phare des femmes, celle de leur apparent épanouissement le plus complet : la quarantaine. Il est tout de même dommage qu’en dépit de son angle d’approche légèrement novateur, cette fiction se contente d’archétypes les plus basiques qui soient et se noie par moments dans plusieurs clichés fortement dispensables. Le rythme assez enlevé et la jolie musique de Sawada Kan (Doctor X) permettent heureusement de contrebalancer plusieurs de ces défauts d’écriture, surtout que le ton s’avère assez moderne et libérateur sur certains points. À travers diverses situations, le scénario veille à illustrer l’indépendance de la femme et la possibilité de toujours tout recommencer à n’importe quel instant, quitte à prendre des mesures allant à l’encontre des attentes sociétales. Les propos demeurent certes un peu timorés, mais l’idée est là et susceptible d’induire chez quelques téléspectateurs matière à réflexion. Afin d’ajouter un peu de piquant, les épisodes se dotent également d’une atmosphère mystérieuse puisque la vie cachée de l’amie s’évanouissant dès son arrivée à l’antenne est dévoilée au compte-gouttes, consécutivement aux secrets des autres protagonistes. Cette personne reste pour autant plus que présente, car elle officie en tant que narratrice, dans un style s’apparentant à Desperate Housewives. Sur un ton calme, elle se permet plusieurs gentilles railleries et tente de remettre les pendules à l’heure. Yottsu no Uso mélange beaucoup de registres, probablement trop, finalement. Le drame, la romance, les énigmes et l’humour s’associent maladroitement et cette absence de ligne directrice claire rend la production bancale. Ce manque d’hétérogénéité se ressent d’ailleurs au sein même du quatuor.

Bien que la série vante initialement la quarantaine, en répétant qu’il s’agit d’une exceptionnelle période, ses héroïnes ne paraissent à première vue pas rayonner de joie, à l’exception de la placide Tokura Miwa (Hada Michiko – Keishichô Sôsa Ikka 9 Gakari), celle disparaissant en mer dans un accident de bateau. Que fait-elle au Canada, accompagnée d’un ancien amour de jeunesse campé par Nakamura Tôru (Soratobu Tire) ? Cette mort inattendue touche plus particulièrement Nishio Makiko (Terajima Shinobu – Onna wa Sore wo Yurusanai), une femme au foyer souffrant du détachement de son pleutre de mari (Watanabe Ikkei – Galileo) et de ses enfants la prenant pour la bonne à tout faire. Outre la caricature de sa caractérisation, ce personnage s’avère la majeure partie du temps insupportable. Têtue, immature et ridicule, elle se comporte comme une adolescente écervelée et agace plutôt que de provoquer de l’amusement malgré les velléités cocasses du récit en devenant presque incongrues. Yottsu no Uso ponctue ses épisodes de réguliers flashbacks, vingt-trois ans plus tôt, alors que les filles évoluaient au lycée. Elles n’étaient pas toutes amies, se sont disputées, jalousées et depuis lors, guère revues. La disparition de Miwa les amène à se retrouver et à enfin régler des inimitiés latentes. Haitani Neri (Takashima Reiko – Kekkon Dekinai Otoko), elle, travaille comme chirurgienne et dirige avec talent son service. Carriériste, arrogante, sûre d’elle et de ses compétences, elle a mis sa vie personnelle entre parenthèses et ne regrette rien même si elle est célibataire, sans enfant. Elle s’occupe toutefois de près de ses subordonnés, dont Fukuyama au tempérament assez ambivalent (Hasegawa Hiroki – Suzuki Sensei). Une fois de plus, la psychologie de cette femme ne brille pas par son originalité et le scénario pousse le vice jusqu’à lui offrir un développement assez ridicule et improbable digne d’un roman à l’eau de rose. Par chance, la verve de ce médecin, ses répliques enlevées et son fort caractère permettent de ne pas trop tiquer. Autrement dit, Yottsu no Uso emploie les ressorts éculés de la confrontation entre la douce représentée par Miwa, la désespérée avec Makiko et la vive d’esprit jouée par Neri. Et forcément, la quatrième roue du carrosse ne peut qu’avoir trait à la vipère !

Ne le nions pas, les trois quarts des héroïnes ne méritent pas le déplacement. La série gagne ses galons avec son dernier membre, Hara Shifumi, parfaitement interprétée par Nagasaku Hiromi (Magerarenai Onna). Exposée comme étant une sorcière, croqueuse d’hommes et vénale, elle n’a sur le papier rien de bien enthousiasmant. Or, l’histoire veille à nuancer ces propos et offrir un visage bien plus fin, troublé et attachant. Shifumi habite avec son père dément et son adolescente de fille dans une petite librairie désuète en proie à d’importantes difficultés financières. Elle n’a de cesse que d’économiser, sans jamais quémander ou trop se forcer. Fière à sa manière, elle choie l’instant présent et entretient une relation avec un jeune boxeur passionné (Katsuji Ryô – Cat Street) qui paraît l’aimer. Cet électron libre se sent mort de l’intérieur, tient à son indépendance et l’air de rien, se montre bien plus psychologue qu’au premier abord. Shifumi a beau jouer l’indifférence, elle ne l’est pas. Elle comprend parfaitement les tourments de Makiko constatant ne vivre qu’à travers sa famille ou les besoins charnels de Neri. Son rapport tendu avec son ex-belle-mère (Nogiwa Yôko) rigide et cossue propose également de jolis moments réalistes, pudiques. Tout au long de la série, ces trois femmes en vie se côtoient parfois bien malgré elles et finissent enfin par régler tout ce qui les travaille depuis plus de deux décennies. Si elles n’ont pas grand-chose en commun, elles se serrent consciemment ou non les coudes et en dépit des adversités, elles réussissent toujours à s’en sortir. Cette amitié particulière plaît pour son absence d’idéalisation, d’effusions et de promesses de grands sentiments éternels. Si les héroïnes représentent l’essence de cette œuvre télévisuelle, les hommes, eux, sont croqués de manière tantôt abstraite, tantôt stéréotypée. Les épisodes auraient gagné à les dépeindre avec plus de profondeur et à ne pas les assimiler à de banals ressorts scénaristiques.

Pour résumer, Yottsu no Uso retrace le parcours de quatre quarantenaires confrontées à leurs actions passées, tentant d’aller de l’avant et de s’affranchir de leurs propres démons. Malgré un sujet susceptible de favoriser les tragédies, la série ne sombre pas vraiment dans les excès mélodramatiques et, au contraire, injecte une atmosphère souvent légère et amusante. Cet humour en devient d’ailleurs autant une qualité qu’un défaut, car plusieurs situations saugrenues s’avèrent contreproductives et rendent le visionnage parfois un peu laborieux. Les circonstances du décès d’une ancienne camarade de lycée alimentant des notes mystérieuses ne conduisent pas non plus à des révélations à couper le souffle et tombent assez vite à l’eau. Si l’alchimie du trio visible à l’écran fonctionne et apporte de sympathiques moments, c’est surtout la supposée vile manipulatrice qui transcende l’ensemble par sa grâce naturelle. Finalement, en dépit de quelques bons éléments et de sa capacité à divertir correctement, cette fiction se montre un peu trop caricaturale et bancale pour pleinement convaincre.


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