Smile | スマイル

Par , le 7 juin 2017

C’est avec un grand sourire que je commence à écrire ce billet, car il représente l’avant-dernière marche de mon tri de dossiers japonais datant de Mathusalem. Eh oui, plus qu’un et j’aurai enfin terminé cette tâche qui paraissait sans fin. Quoi de mieux alors que de discuter de Smile, une série au titre opportun ? Ses onze épisodes furent diffusés sur TBS entre avril et juin 2009 ; comme d’habitude, le premier d’entre eux possède quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Depuis toujours, Hayakawa Vito est stigmatisé et victime de préjugés en raison de son métissage. Son prénom peu commun ainsi que son physique légèrement différent de la masse lui causent bien des tracas dans un pays assez frileux envers les étrangers. Pourtant, si son père est philippin, il n’a lui-même jamais quitté le sol japonais, y est né et a été élevé par sa mère. Malgré un cadre inconfortable et un douloureux parcours de vie, il ne baisse pas les bras et travaille dur en attendant de pouvoir un jour ouvrir son restaurant. Malheureusement, sa rencontre avec une jolie jeune fille marque aussi le début d’une longue succession de tragédies amenant à faire ressurgir un passé peu glorieux. Ces obstacles ne l’empêchent pour autant pas d’oublier de sourire envers et contre tout, surtout lorsqu’il ne peut plus que se raccrocher à ça.

L’affiche de Smile donne immédiatement le ton avec ces visages constipés. La série semble vouloir prendre à contre-pied ses téléspectateurs avec un titre au demeurant positif alors que dans le fond, elle favorise les drames en tous genres. Tout au long de ses aventures, elle multiplie les situations artificielles et veille à bien remuer le couteau dans la plaie en assommant son protagoniste de toutes les injustices possibles et inimaginables. Personne n’a appris aux scénaristes qu’à force de charger la mule, les émotions ne réussissent plus à atteindre leur but. Le récit s’apparente à un long et interminable chemin de croix. Le début laisse d’ailleurs comprendre qu’effectivement, Vito s’apprête à devoir faire preuve de patience puisqu’en 2015, il se trouve derrière les barreaux pour une raison encore inconnue de l’audience. Cette structure narrative éclatée n’est pas dépourvue d’intérêt et atténue quelques longueurs en insufflant un dynamisme bienvenu animé au gré de la musique peu mémorable, mais jolie, de Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango). Les épisodes alternent ainsi entre des moments dans le futur et d’autres plus anciens, dont la majorité en 2009, quand il est à l’air libre. Que lui est-il arrivé pour être emprisonné ? Il n’a pas l’air bien méchant. Et pour cause, l’écriture le croque tel un individu affable, presque naïf, bienveillant et, avouons-le, profondément insipide. Probablement dans le but de lui offrir quelques aspérités, le script se préoccupe de lui associer une adolescence bouleversée par de dangereuses fréquentations. Sauf que depuis, il s’est repenti et de toute manière, ses actions passées n’étaient que les conséquences presque légitimes de son enfance difficile. Avec son protagoniste dépourvu de finesse, Smile part déjà avec un énorme handicap surtout que l’interprétation de Matsumoto Jun (Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) ne s’avère guère concluante. L’affubler de fond teint pour le rendre plus bronzé et vraisemblablement plus philippin ne fait qu’accentuer la superficialité de cette production reflétant trop bien les écueils de la télévision japonaise. Drames, sens de la famille, romance en filigrane, procureur incompréhensif, guerre de gangs et policiers corrompus ponctuent le quotidien de cette série. La caméra s’attarde aussi au tribunal avec quelques procès, dont un non négligeable montrant le travail délicat du jury populaire amené à décider de l’issue du présumé coupable. Les éléments pertinents ne manquent donc pas, mais le traitement approximatif et les clichés phagocytent cet ensemble dépeignant une société raciste.

Vito a été appelé de la sorte par sa mère en hommage au fameux mafieux Vito Corleone de la trilogie The Godfather (Le Parrain). Ce prénom original confirme les doutes des autochtones s’interrogeant sur les origines du jeune homme. Smile a la bonne idée de vouloir mettre en avant la xénophobie, la stigmatisation et les préjugés envers les métisses et immigrés. Vito a beau ne parler que japonais et ne connaître que ce qu’il considère à juste titre comme son propre pays, il est constamment victime de discriminations, à l’instar d’autres comme les Zainichi, les Coréens ou leurs descendants vivant au Japon. La série veille à pointer du doigt ces injustices prégnantes dans la société nippone et qui sont d’autant plus méprisables qu’elles restent encore trop acceptées, mais elle s’y adonne avec caricature, manichéisme et une telle absence de finesse qu’elle ne parvient pas à atteindre totalement son but. Difficile alors de ne pas en ressortir un minimum déçu, car l’effort est louable et le potentiel évident. Bien qu’un vent optimiste soit toujours appréciable, la conclusion symbolise trop bien le côté sirupeux de la fiction. Vito se retrouve perpétuellement confronté à des regards dédaigneux et des personnes bornées, voire ouvertement racistes. Le premier épisode le montre en train de discuter gaiement avec son avocat, Itô Kazuma (Nakai Kiichi – Saigo Kara Nibanme no Koi), seule figure méritant ici un quelconque intérêt, sauf qu’il se trouve dans le parloir d’une prison depuis apparemment maintes années. Il a la chance de pouvoir compter sur la sympathie d’un gardien un peu simplet (Katsumura Masanobu) avec qui il partage des échanges badins. En dépit de sa litanie dramatique, Smile injecte par moments une ambiance plus légère se voulant parfois amusante. Après cet interlude dans le futur, la caméra repart donc dans le temps et illustre le héros travaillant sans relâche pour se créer une vie digne et dont il n’a pas à rougir. Il ne rechigne pas devant la besogne et en sus de son activité diurne dans la petite entreprise des Machimura préparant des plats pour des collectivités, il exerce le soir dans un bar. D’ailleurs, c’est en s’y rendant qu’il rencontre dans une librairie la jeune Mishima Hana ; et presque immédiatement, il s’attache à elle.

Si beaucoup de Japonais vilipendent Vito, ce n’est pas le cas des Machimura chez qui il est employé avec deux anciens camarades ayant aussi traversé une mauvaise passe. Le couple de commerçants se révèle profondément bienveillant et prêt à tout pour venir en aide à leurs protégés. Leur enthousiaste de fille, Shiori (Koike Eiko – Shokuzai), travaille auprès d’Itô Kazuma, l’avocat que l’on sait à même de défendre le protagoniste dans le futur. Ces personnages incolores et génériques répondent au fidèle cahier des charges des histoires de cet acabit. Bien sûr, afin de créer du dilemme et placer son héros dans une situation encore plus inconfortable, le scénario n’hésite pas à malmener les Machimura qui, vaillamment, continuent de prouver leur gentillesse. Simultanément, ceux-ci n’en ratent pas une pour pousser leur salarié à se rapprocher de Hana qu’ils connaissent. Vito est si gauche et timide que sans coup de pouce, il ne parviendra jamais à fréquenter la jeune fille souffrant de mutisme. Effectivement, encore une fois, Smile ajoute une dimension dramatique avec le récit de Hana (Aragaki Yui – Zenkai Girl) qui, en dépit de son sourire et de sa bonne humeur, a jadis subi un choc psychologique et ne réussit plus à parler. Mieux, la série décide d’inclure entre eux deux une sorte de fil rouge du destin totalement prévisible et presque ridicule. Les amateurs de romance ne seront pas totalement satisfaits, car leur relation reste limitée, pudique et même fleur bleue. Alors qu’ils essayent de se connaître, Vito voit d’anciennes fréquentations ressurgir, dont le glaçant Seiji susceptible de provoquer une succession d’évènements incontrôlables. Oguri Shun l’incarnant s’en sort assez bien malgré, une fois de plus, une caractérisation moyennement persuasive. Vito ne parvient guère à se défaire de cet homme déterminé à brimer celui qu’il juge coupable de divers maux. Là aussi, les rebondissements supposés injecter une tension létale se veulent trop inconstants et peu crédibles pour convaincre de bout en bout tant tout y paraît factice, sentimental et forcé.

Pour conclure, malgré son titre annonçant de joyeux moments, Smile choisit plutôt de favoriser le misérabilisme à travers le parcours d’un métisse stigmatisé et malmené depuis son enfance. Quitte à en devenir peu subtile et poussive, cette série n’hésite jamais à multiplier les injustices pour mieux appuyer le courage et l’abnégation de son héros tristement fade. Si le scénario a le mérite de souhaiter critiquer ostensiblement la xénophobie, son message perd de sa force avec une interprétation limitée et une écriture grossière et artificielle. Le constat s’avère tout autant mitigé en ce qui concerne les malheurs préfabriqués et les maintes facilités. Au bout du compte, l’impact émotionnel tant attendu demeure au placard et empêche d’apprécier cette mièvre production se bornant à employer les codes de la télévision nippone jouant la carte du mélodrame familial.


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