Olympus (série complète)

Par , le 28 juin 2017

Les années ont beau défiler, les mythologies n’ont toujours guère la cote à la télévision. Cela n’empêche nullement certaines fictions de tenter de les explorer, à l’instar d’Olympus. Cette série anglo-canadienne ne comporte qu’une petite saison de treize épisodes diffusés simultanément sur Super Channel et Syfy entre avril et juillet 2015. La chaîne étasunienne n’a jamais pris la peine d’officialiser l’annulation de cette production créée par Nick Willing (Tin Man, Alice), mais il paraît clair que depuis le temps, elle a rejoint le cimetière des disparues au combat. Aucun spoiler.

Athènes, 2015 av. J.-C. La cité et ses habitants traversent une période très compliquée entre pauvreté, guerres et luttes de pouvoir. Après avoir vécu une vingtaine d’années dans la forêt, un jeune homme choisit d’en sortir et de partir en quête d’une femme susceptible de lever le voile sur son existence. Il est loin de se douter de ce qu’il va découvrir et des conséquences en découlant. Cyclope, magie, prophéties, assassins et duperie ne sont que quelques-uns des ingrédients jalonnant son parcours parsemé d’embûches. Est-il le meneur tant attendu capable de défier et de renverser ces dieux tout puissants ?

C’est à croire que la grande majorité de séries s’attelant aux mythes gréco-romains a pour impératif d’être mauvaise, voire horrible. Parce que, oui, impossible de faire durer le suspense, Olympus s’apparente à un véritable carnage. Tout d’abord, elle ne ressemble esthétiquement à rien. Bien qu’elle date de 2015, elle semble avoir quinze ans de moins en raison d’effets spéciaux hideux lamentablement dissimulés derrière une luminosité digne d’une grotte. En clair, on n’y voit rien et le peu que l’on aperçoit n’inspire guère l’enthousiasme. Les créatures monstrueuses détiennent pour certaines un visuel assez intéressant, car tranchant avec les habitudes du genre, mais le traitement se veut tellement affreux qu’il devient compliqué de prendre quoi que ce soit au sérieux. L’absence de décors naturels au profit d’images de synthèse très artificielles prolonge ce sentiment d’infâme bouillie numérique, là où les personnages paraissent en plus seuls au monde puisque les figurants se résument à peau de chagrin. Certes, le budget limité ne joue pas en la faveur de la production, mais à ce stade, difficile de lui trouver de vraies excuses. La réalisation en tant que telle ne se montre pas mieux lotie, avec des mouvements de caméra hasardeux, des sortes de pauses temporelles et une mise en scène discutable. Pour la petite anecdote, Amanda Tapping (Stargate SG-1) s’est chargée de quelques épisodes. Histoire de se révéler encore plus ridicule, Olympus opte pour une approche à moitié violente et un style lorgnant vers 300 ou Spartacus, avec un résultat hautement navrant étant donné qu’elle ne va jamais jusqu’au bout de ses idées. À force de se donner de grands airs, elle se prend les pieds dans le tapis, autant sur la forme que sur son fond.

La série commence in media res avec son protagoniste enchaîné, prisonnier d’un cruel cyclope. Par chance, il réussit rapidement à se libérer et peut secourir par la même occasion l’oracle qu’il était venu chercher. Son nom doit être tu, au risque sinon de se statufier, et si les autres l’appellent dans un premier temps le mercenaire, il se transforme plus tard en Héros, au cas où le téléspectateur n’aurait pas compris qu’il camperait un rôle majeur. Bien sûr, la prophétesse est connue en tant qu’Oracle, son identité étant dévoilée dans l’ultime épisode. Tous deux s’entendent comme chien et chat, mais doivent plus ou moins collaborer pour déchiffrer le destin du jeune homme qu’ils savent hors du commun. Et pour cause, il est le fils d’Égée, le roi d’Athènes égoïste, irascible et incapable de gouverner correctement un peuple se languissant. Il possède également en lui une compétence énigmatique convoitée, celle de s’approcher de l’Olympe et d’acquérir des pouvoirs divins. Tout au long de sa courte durée de vie, Olympus joue la carte du mystère et du parcours initiatique. Elle divulgue les informations au compte-gouttes et transforme son histoire au gré du vent, selon les envies du moment. Bien qu’elle tire sa source de la mythologie grecque, avec notamment de nombreuses figures emblématiques telles que Dédale, Minos, Ariane et Médée, elle n’en profite jamais et propose une version inepte sortie de nulle part. En dépit de modifications improbables, les prises de liberté ne gênent pas plus que ça puisqu’elles sont noyées dans tout le reste, horrible et catastrophique. Outre les facilités scénaristiques, l’interprétation peu inspirée de la plupart de la distribution, les dialogues idiots et une autre pelletée de défauts, la production a surtout pour principale tare de cheminer de façon totalement ubuesque et incohérente.

Malgré tous les écueils la caractérisant, la première moitié d’Olympus demeure encore seulement très passable. Peut-être pour essayer de densifier ses personnages et leur apporter une dimension plus trouble, le récit décide en cours de route de métamorphoser Héros (Tom York) en individu détestable agissant cruellement. Et il n’est pas le seul, car quasiment tous ses congénères se révèlent peu sympathiques, voire méprisables. Le génie Dédale tente d’injecter quelques touches d’humour finissant par tomber à l’eau. Le fils d’Égée change d’avis et de sentiments comme de chemise, voue un amour éternel à une femme qu’il rabrouait trois secondes plus tôt, tue de sang-froid et se comporte de manière erratique. Au regard de son héritage, le mercenaire est sûrement une approximative mouture de Thésée, l’aspect légendaire en moins. Ce protagoniste ne dégage qu’une vague de désespérance. Oracle (Sonya Cassidy – The Paradise), elle, souffre d’une caractérisation binaire où elle se plaint constamment. Les autres ne servent pas à grand-chose et comblent le vide en oubliant le potentiel parfois latent. Les mensonges, complots, secrets familiaux et manipulations alimentent les couloirs du froid palais, avec un discours redondant sur l’amour. Les épisodes progressent et poussent le vice jusqu’à dégrader la qualité déjà anémique, avec des retournements de situation, un registre faussement noir et une complexification d’une intrigue imbécile en dehors d’exceptionnels éléments plus fins sur la foi. Quant à la conclusion qui n’en est donc pas une, elle symbolise à merveille tout ce qui cloche et risque de frustrer les rares amateurs.

Au final, la courte série Olympus essaye de proposer sa propre version de l’histoire d’un héros grec prêt à en découdre pour renverser les dieux omnipotents. Sauf qu’elle échoue sur tous les plans, si ce n’est celui de laisser l’audience consternée par tant de médiocrité et de débilité. En plus d’écorner la rétine avec sa surutilisation du fond vert, elle souffre d’une écriture à la truelle, de personnages sans relief changeant de tempérament douze fois en deux minutes, de rebondissements éventés et illogiques, de relations croquées sans subtilité, d’une absence totale d’un souffle épique ou émotionnel et de tant d’autres défauts prépondérants. En bref, cette production fumeuse se prenant très au sérieux est d’une rare indigence. À côté, Atlantis mérite maintes récompenses !


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