Damien (série complète)

Par , le 12 juillet 2017

À l’instar des mythes et légendes dont nous parlions il y a deux semaines avec Olympus, le registre de l’horreur reste encore plutôt minoritaire et souvent mal loti à la télévision. Pourtant, l’heure étant aux remakes et autres reboots, il n’est guère étonnant de voir d’anciennes franchises revenir au goût du jour. The Omen, connue en France sous le titre La Malédiction, a ainsi bénéficié récemment d’une sorte de suite avec Damien. Le succès autant critique qu’au niveau des audiences ne fut pas du tout au rendez-vous ; c’est probablement pourquoi cette série étasunienne fut annulée au terme de sa première saison composée de dix épisodes diffusés sur A&E entre mars et mai 2016. Aucun spoiler.

Le jour de ses trente ans, tandis qu’il travaille comme photographe de guerre dans une zone syrienne, Damien Thorne est attrapé par une vieille femme psalmodiant en latin et réveillant en lui des souvenirs d’enfance enfouis depuis presque toujours. Les circonstances font qu’il se fait expulser du pays manu militari et se voit forcé de retourner à New York. Incapable de reprendre le cours de sa vie, il part alors en quête de réponses sur son passé et réalise que toute son existence est jalonnée de curieux et tragiques décès le laissant étrangement indemne. Au même moment, d’apparents amis de la famille ressurgissent, dont l’ambiguë Ann Rutledge lui révélant qu’il est celui qu’ils attendent tous : l’Antéchrist.

Adolescente, j’ai regardé énormément de films d’horreur et si je m’en suis progressivement détachée, ne trouvant plus grand-chose à vraiment me plaire, je garde pour le genre beaucoup de sympathie et d’intérêt. Je ne crois pas avoir visionné l’intégralité de la série cinématographique The Omen, mais je me souviens du premier volet de 1976 ainsi que du remake peu convaincant de 2006 qui ne méritait pas que je dépense mon argent pour lui. C’est plutôt intriguée et enthousiaste que j’ai lancé Damien, ne sachant trop ce que je découvrirais. Rares sont les fictions télévisées à mettre en avant un protagoniste mauvais, donc que celle-ci veuille carrément aller à la source en optant pour la supposée quintessence du Mal s’avère assez stimulant sur le papier. Cependant, elle brise assez vite les espoirs puisque Damien Thorne est de prime abord un humain comme il en existe des milliards sur la planète et il ne comprend pas de suite ce qui lui arrive. Une partie non négligeable de la saison traite des doutes envahissant ce nouveau trentenaire, lui qui se demande s’il est réellement l’incarnation de Satan, s’il peut déjouer ce qui s’apparente à un funeste destin ou s’il n’est tout simplement pas manipulé par des personnes déséquilibrées. Les coïncidences sont toutefois troublantes, car son enfance dont il ne se souvenait plus remonte subitement à la surface, astucieusement illustrée à l’écran par des flashbacks du long-métrage original. Il revit des évènements mortellement tragiques avec la disparition de ses parents, de sa gouvernante et de plusieurs autres. Et maintenant qu’il vient de souffler sa trentième bougie, les morts s’entassent, toujours dans des conditions improbables et énigmatiques. La série ne laisse pas réellement d’incertitude sur la santé mentale de Damien. Il paraît rapidement clair qu’il est l’Antéchrist et que sa véritable nature sommeille depuis plusieurs décennies et s’apprête à se réveiller. Ces dix épisodes ressemblent surtout à une longue et laborieuse introduction posant les bases d’un univers au potentiel évident.

Damien a grandi et n’est plus le mignon petit garçon à l’aura angoissante. Assez solitaire et tempétueux, il exerce en tant que photographe de guerre et se retrouve régulièrement dans des situations très dangereuses. Bien qu’il soit orphelin, il n’a jamais manqué de rien et mène une vie qui semble lui convenir. Tout du moins jusqu’à son anniversaire où cette femme très âgée lui appose ses mains sur le visage en débitant un discours ésotérique. Il ne comprend pas ce qu’elle lui a dit ni ce qu’elle lui a fait, mais il réalise que quelque chose en lui s’est ouvert. Par chance, il peut compter sur deux amis, Kelly (Tiffany Hines) et Amani (Omid Abtahi – Sleeper Cell), qui proposent de l’aider à démêler le vrai du faux. Dès son retour aux États-Unis, il rencontre Ann Rutledge (Barbara Hershey – Once Upon a Time) lui annonçant à brûle-pourpoint qu’il est l’Antéchrist, qu’elle veille sur lui en catimini depuis sa tendre enfance, qu’elle l’aime et qu’elle est prête à tout pour lui. Et effectivement, elle l’est. Supportant difficilement d’être séparée de l’objet de son obsession, elle met tout en œuvre pour le mener vers sa supposée voie démoniaque et possède pour cela de solides moyens. Un ancien mentor de Damien, John Lyons (Scott Wilson – The Walking Dead), travaille avec elle et dirige Armitage, une société aux secrètes motivations cabalistiques qui aurait pu insuffler un registre conspirationniste tentaculaire, complexifiant ainsi le tout. Damien commence à perdre pied, sombre dans la paranoïa et plus il s’énerve, plus la situation devient incontrôlable. La sœur de Kelly, Simone (Megalyn Echikunwoke – The 4400), prend sa relève et cherche tant bien que mal à comprendre ce qui se déroule avec la progéniture de Satan. Toutes ces relations censées injecter des sentiments, des tourbillons émotionnels et une cohérence globale bottent en touche en raison d’une artificialité constante. Simultanément, un inspecteur de police, le pugnace James Shay (David Meunier – Justified), relie les éléments entre eux et trouve fort étrange que le nom de Damien revienne toujours sur le tapis. Les chiens agissant tels de véritables cerbères, le nombre de la Bête dissimulé sous ses cheveux et l’arrivée d’assassins envoyés par la Vatican ne font qu’essayer de favoriser cette ambiance oppressante, fataliste.

Malgré son sujet démoniaque, Damien ne joue pas vraiment la carte horrifique, mais plutôt celle du thriller religieux, tout comme la série de films la précédant. Cela ne sert à rien d’attendre des scènes effrayantes et gores parce que les épisodes en sont dépourvus. En revanche, elle veille à travailler son atmosphère normalement propice à l’angoisse et à la psychose. Les couleurs sont froides, parfois métalliques, les ombres y occupent une place assez importante et les musiques par moments trop caricaturales de Bear McCreary (Battlestar Galactica, Outlander) cherchent à créer un climat délétère. Sauf que la production n’atteint que peu son but. Elle aurait gagné à se montrer plus subversive et moins plate, ne serait-ce qu’en appuyant davantage son rythme qui se révèle souvent branlant. Si elle ne manque pas d’idées, elle ne parvient à les concrétiser qu’en de rares occasions et suit un chemin balisé, prévisible et dénué de véritable palpitation. Le visionnage n’en devient pas désagréable à condition d’apprécier le genre, mais tout de même, une approche plus originale et surtout une montée en puissance lui auraient permis de proposer un divertissement intrigant et exaltant. Là, tout s’y veut fade et assez monotone. La faute aussi à l’écriture de ses figures principales dépourvues de relief et d’aspérités, dont son protagoniste souffrant d’une caractérisation approximative. L’ensemble aborde avec une certaine justesse les questionnements de cet homme se demandant ce qu’il ferait s’il était l’Antéchrist, si cela allait changer quelque chose et le forcer à propager le Mal sur Terre. Mais pour l’heure, il demeure presque un spectateur de ce qui se déroule et n’a rien d’effrayant, de magnétique ou d’attachant. Bradley James (Merlin) – avec un accent américain pour l’occasion – l’interprète plutôt correctement bien qu’il ne puisse faire de miracles compte tenu des circonstances. Le défaut est le même pour les antagonistes qui n’embrassent pas la dimension machiavélique attendue, mais également pour les amis de Damien comme Amani ne servant qu’à diriger le scénario vers le point choisi. La deuxième moitié de saison commence à dévoiler des signes plus encourageants parce que Damien s’approche de sa véritable nature, mais tout y arrive bien trop lentement et tardivement, avec en sus une conclusion échouée du fait de l’annulation.

Au final, la série avortée Damien a beau vouloir mettre en avant un protagoniste symbolisant le Mal à l’état pur, elle ne s’avère ni glaçante, ni palpitante. Et pourtant, elle se montre très sérieuse dans son exécution et ses ambitions, mais elle n’atteint jamais ses objectifs finaux qui semblent d’ailleurs assez brumeux. En s’attardant autant sur la quête identitaire de ce fameux Antéchrist guère charismatique et en multipliant les scènes d’exposition, elle perd progressivement de sa force, surtout que les personnages sont presque semblables à des coquilles vides n’existant que lors de leur présence à l’écran. Au lieu de surprendre, de clouer au sol et de concocter une mythologie se complexifiant avec nuances et ambivalence, ces épisodes se déroulent mécaniquement. Les clichés, l’absence de développement ou d’une multidimensionnalité salvatrice s’ajoutent à ces nombreux écueils ne rendant certes pas le voyage désagréable, mais l’empêchant d’en devenir convaincant. Dommage.


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