The Bastard Executioner (série complète)

Par , le 26 juillet 2017

À défaut de regarder Sons of Anarchy qui figure pourtant sur mon programme depuis belle lurette, j’ai donné récemment sa chance à une autre production signée Kurt Sutter : The Bastard Executioner. Celle-ci, en revanche, n’a clairement pas suivi le même destin que la précédente puisqu’elle a été annulée au terme de sa première saison de dix épisodes, diffusés sur FX entre septembre et novembre 2015. Ce n’est donc pas la peine d’espérer une conclusion en bonne et due forme. Aucun spoiler.

Début du XIVè siècle, Pays de Galles. L’ancien chevalier Wilkin Brattle vit humblement tel un modeste fermier en compagnie de son épouse attendant un heureux évènement. Bien qu’il ait déposé les armes, il décide avec ses comparses d’attaquer les collecteurs de taxes envoyés par le baron anglais Ventris, un individu méprisable et cupide imposant à ses serfs des lois toujours plus dictatoriales. Sauf que cette rébellion cause de terribles dommages matériels et surtout humains, car le village finit massacré. Wilkin jure alors de se venger et se retrouve plus ou moins malgré lui à devoir endosser le costume du bourreau et frayer avec la seigneurie locale.

Les lecteurs attentifs de Luminophore le savent déjà, j’ai beaucoup de sympathie pour les séries se déroulant à une autre époque, qui plus est celle du Moyen-Âge. En dépit de ses critiques guère élogieuses, voire assassines, The Bastard Executioner me donnait bien envie sur le papier. Avouons que le cadre et la période ne sont pas communs et plutôt inédits à la télévision, ce qui pique à mon sens davantage la curiosité. Rares sont les fictions à s’attarder sur l’histoire du Pays de Galles, sur ses nombreuses et sanglantes difficultés passées, sur ses inimitiés avec ses voisins anglais. D’ailleurs, une partie de l’intrigue s’attache à dépeindre ces conflits détenant souvent de vastes ramifications. Le début n’inspire toutefois pas l’enthousiasme et amène à penser que le visionnage s’annonce douloureux. La première scène délivre une sorte de flashback montrant le protagoniste, Wilkin Brattle, en pleine bataille, alors que les siens tombent comme des mouches et qu’il est laissé pour mort, trahi par son suzerain. Sans même évoquer la teneur du scénario, la réalisation outrancière avec une surutilisation de filtres aux couleurs saturées, de mouvements de caméra brutaux et d’une musique survoltée de Bob Thiele Jr. (Sons of Anarchy) pousse à craindre le pire. Heureusement, la suite tempère les ardeurs de cette scénographie douteuse, mais elle demeure dénuée de tout intérêt malgré de vaines tentatives originales. Même les jolis paysages du coin ne bénéficient pas d’une véritable mise en valeur, exception faite peut-être du dernier épisode. Les transitions sur des plans figés en noir et blanc avant chaque publicité, le soporifique générique chanté par Ed Sheeran se permettant lui-même quelques microapparitions et la constante violence gratuite ne sont que quelques éléments appuyant ce sentiment d’assister à un spectacle de mauvais goût. Les dialogues dépourvus de relief endorment tandis que les moments supposément plus humoristiques provoquent consternation en raison d’une insertion bancale. Tant qu’à faire, le fond continue sur cette lancée plutôt moribonde s’approchant de la parodie involontaire.

The Bastard Executioner a pour qualité de montrer une certaine ambition, mais pour défaut notable de ne jamais explorer en bonne et due forme ses intrigues et ses personnages. Et pourtant, elle ne manque pas d’idées en la matière. Son principal fil rouge se rapporte à la tentative de son héros de rendre justice à ceux qu’il a perdus, froidement assassinés par le baron et ses sbires assoiffés de sang. Suite à diverses circonstances, il atterrit au château et se fait passer pour le bourreau, tâche le répugnant d’autant qu’elle le place aux services de ses ennemis, mais qui lui offre la possibilité de les torpiller de l’intérieur. Pour cela, il compte sur le soutien d’un de ses amis revanchard, Toran (Sam Spruell), exerçant alors comme son second. Contre toute attente, l’identité de Wilkin n’est pas inconnue du chambellan, Milus Corbett, qui espère bien tirer avantage de cette situation pour asseoir son autorité. Pour un homme qui n’a plus d’attaches et supposément capable du pire pour atteindre son unique objectif, le protagoniste ne paraît pas franchement impliqué. Ses doutes, son dilemme moral vis-à-vis de sa profession tombée du ciel, sa douleur d’avoir perdu un être cher et son cheminement personnel restent à l’état embryonnaire. Fade, apathique et interprété par un monolithique Lee Jones, il n’inspire aucune sympathie. Sa caractérisation multiplie les clichés du genre et n’oublie par exemple pas de lui offrir une dimension plus glorieuse, voire légendaire, alimentée par l’énigmatique Annora insufflant pour sa part une dose de mysticisme ridicule et tout aussi stéréotypé. Cette femme aux longs cheveux gris, campée par Katey Sagal (Married… with Children), n’est pas qu’une sorcière un peu étrange. Outre ses facultés de guérisseuse, elle semble détenir le don de prescience et a le malheur d’être pourchassée par une congrégation cabalistique prête à tout pour la faire disparaître. Car elle possède la clé de révélations capables de bouleverser l’ordre préétabli, de renverser la chrétienté tant vénérée. Son protecteur mutique, incarné par Kurt Sutter lui-même, cache son visage en raison de grandes brûlures, l’aide dans ses activités brumeuses et continue d’essayer d’ajouter vainement une atmosphère non manichéenne. La série joue en effet sur plusieurs tableaux et dresse le portrait d’une époque en ébullition tourmentant les pauvres gens comme les hautes sphères du pouvoir.

Wilkin ne se borne pas à torturer des individus plus ou moins coupables et à chercher abstraitement les meurtriers de ses proches. Il gère une femme psychologiquement instable et s’amourache à sa manière de Love (Flora Spencer-Longhurst), la souveraine des environs et épouse du baron Ventris (Brían F. O’Byrne – Aquarius). Si son mari est anglais, elle est bel et bien galloise et fière de ses racines. Pour divers motifs, elle a dû étouffer ses désirs d’indépendance et accepter une union raisonnable, du moins d’un point de vue géopolitique. Cette suzeraine mesurée et intelligente navigue avec adresse dans ce monde misogyne lui rappelant sans cesse cette discrimination. Love n’est pas dénuée d’intérêt, mais son association avec l’insipide Wilkin n’apporte rien si ce n’est de l’ennui. Sa relation avec le chambellan s’avère plus plaisante à suivre, probablement parce que ce perfide manipulateur est le seul à sortir un minimum du lot. Stephen Moyer (True Blood) l’interprétant semble s’amuser bien qu’il doive se contenter d’un traitement souvent branlant et délayé. Ajoutons à tout cela des rebelles gallois – dont le chef est porté par Matthew Rhys (The Americans) – luttant contre l’envahisseur anglais qui, eux aussi, ne jouissent que d’un développement approximatif. La fiction aurait pu en profiter pour injecter un souffle épique, une vraie densité dramatique et fraternelle, mais non. Comme si elle ne s’éparpillait pas assez, elle se permet de corser l’affaire avec l’irruption de la cour du roi Édouard II et de satanés Français bouffis d’orgueil et d’arrivisme. Bref, The Bastard Executioner lance un tas d’idées sur le tapis et paraît naviguer à vue. Les enjeux changent au gré du vent ; la série tente maintes choses n’ayant parfois aucune légitimité ou un lien entre elles ; les principales figures voient leurs motivations passer d’un registre à l’autre ; seul prime finalement la médiocrité d’une écriture informe. Si ses débuts se révèlent donc ineptes, elle s’améliore en cours de route grâce à des réflexions sur la religion et la loyauté un peu mieux senties, ainsi qu’à des rôles secondaires presque attachants à défaut d’être convenablement approfondis. La bande de villageois de Wilkin et la suivante de Love à l’humour acéré rendent l’expérience assez tolérable en dépit d’un rythme monocorde. Les rebondissements censés favoriser une tension tombent régulièrement à l’eau et symbolisent à merveille tout ce qui ne fonctionne pas dans cette production propice aux scènes inutiles et excessives.

Pour résumer, que The Bastard Executioner ait été annulée après une unique saison ne surprend pas du tout. Au lieu de tirer parti d’un matériel enrichissant et exaltant associant une vengeance viscérale et personnelle à la cause plus large d’une authentique rébellion, elle multiplie les intrigues fumeuses et illogiques. Son protagoniste falot donne de toute manière le ton, car l’ensemble prend trop de temps à s’installer et à se créer un semblant de caractère. La surenchère de violence macabre et la réalisation parfois ubuesque ne font pas oublier la monotonie ambiante et ne cachent jamais la vacuité d’un scénario pétri d’autosuffisance. Certes, pour peu que l’on apprécie le genre et que l’on soit capable de taire momentanément son sens critique, le visionnage demeure plus ou moins supportable, mais tout de même, cette production bâclée n’est qu’un idiot gâchis !


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