Anata no Tonari ni Dareka Iru | あなたの隣に誰かいる

Par , le 16 août 2017

Avec Anata no Tonari ni Dareka Iru, poursuivons les fictions japonaises scénarisées par Sakamoto Yûji (Saikô no Rikon). Pour le coup, il n’adapte aucun travail préexistant et propose sa propre histoire. Cette œuvre, dont le titre peut être approximativement traduit par il y a quelqu’un à côté de vous, fut diffusée sur Fuji TV pendant dix épisodes entre octobre et décembre 2003 ; le premier d’entre eux dure une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Matsumoto déménagent dans un joli petit quartier résidentiel tout ce qu’il y a de plus banal. Alors que la routine commence à s’installer, de curieux évènements se produisent et induisent un sentiment progressif de malaise. Entre les voisins fort particuliers, une vieille femme s’érigeant en prophétesse pessimiste et l’irruption d’un homme dangereusement séduisant, rien n’est fait pour rasséréner cette petite famille bien sous tous rapports. Mais justement, ce masque affable ne dissimule-t-il pas de nombreux squelettes dans les placards ?

Assez rares sont les séries japonaises à aborder un registre à suspense et aux tonalités potentiellement surnaturelles. Et quand c’est le cas, elles n’ont pas pour cadre l’univers supposément doux et rassurant du cocon familial. Rien que par son ambiance, Anata no Tonari ni Dareka Iru sort du lot et vaut le détour. Elle ne ressemble pas à ce qui se fait d’ordinaire et si elle ne manque pas de défauts, elle parvient à garder la tête haute et à ne pas dévier de son chemin ambigu, pittoresque et presque inqualifiable. Ses premiers pas sont classiques avec l’arrivée des Matsumoto dans leur nouvelle maison, héritée du récemment décédé père du mari qu’il ne côtoyait plus vraiment depuis plusieurs années. Le domicile en lui-même n’est pas très accueillant et nécessite un bon coup de rafraîchissement, mais une fois l’opération effectuée, tout devrait bien se passer. Sauf que décidément, l’atmosphère n’est pas à la tranquillité. Les voisins à la coloration volontairement caricaturale dévisagent, s’invitent à n’importe quel moment de la journée, se montrent intrusifs et… bizarres. Quelque chose dans l’air ne paraît pas habituel aux yeux de la mère au foyer, Azusa. Elle ne réussit pas à mettre le doigt sur ce qui la travaille surtout que son époux lui répète que tout est normal, mais rien à faire, elle a un mauvais pressentiment. Est-ce qu’elle est saine d’esprit, d’ailleurs ? Peut-être qu’elle hallucine, non ? Or, le téléspectateur ressent aussi cet insidieux trouble progressant crescendo, amplifié par la musique avec ses bruitages dignes d’un film d’horreur, l’utilisation de filtres de couleurs et les effets brusques de caméra. Le montage et la structure narrative n’y vont justement pas avec le dos de la cuillère pour bien appuyer le côté énigmatique de cette production non dénuée d’un humour un peu excentrique, décalé. Les éléments insolites s’y multiplient et petit à petit, la paranoïa s’installe. La série en devient par moments presque surréaliste, comme si tout ce qui s’y déroulait sortait d’un conte fantastique, là où tous cachent de lourds secrets…

Parler d’Anata no Tonari ni Dareka Iru sans enlever tout ce qui fait sa surprise relève un peu de la gageure. C’est typiquement le genre de fiction méritant d’être lancée vierge de toute information. Mais puisque je suis ici, autant essayer d’aiguiser votre curiosité, tout en me montrant un minimum vague. De toute manière, une fois l’écran de fin arrivé, de nombreuses interrogations demeurent volontairement en suspens, laissées à la libre interprétation de l’audience. L’ensemble s’attelle à plusieurs registres, le familial en premier lieu, mais aussi le thriller, le surnaturel, le policier et même le sulfureux. La sexualité y occupe en effet une place assez prédominante, qu’elle concerne les hommes comme les femmes. Les personnages ont des envies, des fantasmes, mettent parfois tout en œuvre pour les combler et s’en mordent ensuite amèrement les doigts. En dehors du cadre plus global avec les Matsumoto, un fil rouge s’étend tout au long des épisodes et ne paraît pas vraiment connecté au reste. Il est effectivement question d’une vieille affaire criminelle datant d’il y a plus de trente ans, avec un duo d’enquêteurs atypiques incarnés par Satô Aiko (Itazura na Kiss) et feu Ikariya Chôsuke, chapeauté par un policier sous les traits de Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi). Bien sûr, cette histoire ne sort pas de nulle part et finit par rejoindre l’intrigue principale, mais pendant longtemps, elle maximise cette impression d’un scénario partant un peu dans tous les sens. Car finalement, Anata no Tonari ni Dareka Iru ne divulgue pas d’emblée ses enjeux et se limite surtout à travailler son ambiance suspicieuse. Cette approche représente autant une de ses forces qu’une de ses faiblesses. En papillonnant de la sorte, elle plaît à ceux appréciant d’être baladés en n’y comprenant pas grand-chose, mais elle risque de perdre au passage plusieurs téléspectateurs qui souhaiteront plus de constance et de crédibilité. Son dernier tiers plonge en plein domaine ésotérique, avec en sus des développements improbables proches du ridicule comme le cheminement de Juri, la meilleure amie d’Azusa (Toda Naho – Lunch no Akko-chan). Mais si l’on accepte ce parti pris très clivant, ces écueils participent au charme incongru de cette série.

Azusa et Ôtarô sont mariés depuis six ans et ont une petite fille, Suzu (Yamada Natsumi), d’à-peu-près du même âge. Bien qu’ils ne forment pas un couple modèle et qu’ils traversent une période un peu plate, ils ont l’air de s’aimer. Pendant que la première s’occupe de la maisonnée, le second dirige son entreprise et cherche à recruter un nouvel employé. Natsukawa Yui (Kekkon Dekinai Otoko) et Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi) campent avec solidité ces époux souriants de face et arborant un visage hypocrite de dos. Si le mari se révèle bien plus méprisable et pleutre, la femme n’est pas non plus dénuée de reproches. Entre adultère, mensonges et faiblesses, ils n’inspirent guère confiance, mais restent agréables à leurs manières. La malchance d’Ôtarô et les désirs inconscients d’Azusa les rendent surtout très humains, normaux. Le déménagement dans cette grande bâtisse n’est que le catalyseur de tout ce qui ne va pas avec eux. Et quand un autre voisin s’installe avec sa conjointe à côté, le vase déborde. Ce Sawamura Kazuma ressemble trait pour trait à quelqu’un qu’Azusa a fréquenté jadis. Sauf qu’il est censé gésir six pieds sous terre. Est-ce un sosie ? La similarité est tellement déconcertante… Dès sa rencontre, l’héroïne se remémore de vieux souvenirs enfouis, panique et retourne consulter un psychothérapeute qui connaît bien la famille, pour verbaliser ses peurs. Mais même là, elle tait ce qui la ronge. Seule Juri, sa fidèle confidente, est au courant de la situation, de ce passé cryptique occupant la majeure partie du scénario. Kitamura Kazuki (Neko Zamurai) apporte à cet homme tout ce qu’il faut pour le rendre ambivalent, magnétique et diaboliquement dangereux. Peu à peu, il s’installe dans la vie des Matsumoto et avec ses yeux bleus d’une froideur glaciale, il semble omnipotent et omniprésent. Son épouse interprétée par la sympathique Shiraishi Miho (Densha Otoko) finit par prendre du galon et se révéler d’une force de caractère insoupçonnable. Outre quelques figures récurrentes s’ajoute aussi à cette galerie l’envahissante belle-mère d’Azusa (Kaji Meiko), apparemment à la recherche d’une sorte de trésor et devant laquelle Ôtarô s’efface et accepte les remarques acerbes à l’encontre de sa femme. Décidément, personne ne joue franc jeu dans ce microcosme.

Pour conclure, avec son ambiance paranoïaque et parfois sensuelle, ce thriller inquiétant sur fond de duperies familiales ménage habilement le suspense et donne envie d’enchaîner les épisodes. Malgré toute sa bonne volonté et un potentiel évident, Anata no Tonari ni Dareka Iru s’étiole un peu en fin de parcours à force de trop vouloir en faire. Son mélange des genres avec les voisins proches de la parodie, les éléments fantastico-mystiques et les éventuelles fausses impressions d’une héroïne sur la brèche manque par moments de fluidité et de cohérence. La fin plonge d’ailleurs dans des développements improbables susceptibles de perdre une partie de l’audience. Il n’empêche que cette série ressemblant à un insolite puzzle aux divers mystères propose un divertissement original et souvent enthousiasmant pour qui a un faible pour ce style à mi-chemin entre le cocasse haletant et les bizarreries surréalistes.


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