Gotham (saison 2)

Par , le 23 août 2017

Alors que la quatrième saison de Gotham arrive prochainement sur les écrans étasuniens, il est plus que l’heure de discuter de la deuxième. Ses vingt-deux épisodes furent diffusés sur FOX entre septembre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Après les tumultes mafieux, James Gordon est rétrogradé au rang de modeste policier. Obligé de rendosser l’uniforme, il se contente de réguler la circulation tout en serrant les dents, dans l’espoir de retrouver un jour sa place. Pendant ce temps, la ville continue de sombrer dans ses pires travers surtout que les méchants prennent un ascendant considérable. Pour preuve, la saison offre deux chapitres distincts portant chacun un titre évocateur, à savoir rise of the villains et wrath of the villains. Si dans les faits elle se montre un peu mensongère par ses annonces de colère, elle ne lésine clairement pas sur l’irruption d’antagonistes. C’est bien simple, Gotham voit sa galerie de personnages exploser, ce qui pose par moments problème, car beaucoup manquent d’approfondissement et laissent un sentiment de frustration. Butch Gilzean, Harvey Bullock et Harvey Dent, présents depuis le départ, se réduisent à peau de chagrin. L’écriture se doit de recentrer son cadre un minimum au risque de finir par ressembler à un catalogue superficiel, à une sorte de compilation de références gratuites sur l’univers du Chevalier noir. Mais pour l’heure, la recette tient encore la route d’autant que ce microcosme en ébullition s’est forgé une véritable identité et ne semble plus se chercher. Les scénaristes n’hésitent pas à employer les éléments les plus connus, à remodeler la mythologie à leurs goûts et à jouer la carte des fausses pistes. Les surprises foisonnent, même chez le passionné de longue date. La série a trouvé son ton, ne se prend pas forcément au sérieux et s’amuse constamment du décalage entre son humour cocasse et l’aspect dramatique de ses récits. L’absurde n’est jamais loin et expose aux critiques acides, mais cette approche offre au contraire à l’ensemble ses lettres de fabrique, bien que le traitement soit parfois à la limite du grand-guignolesque. Gotham apprend d’ailleurs de ses erreurs et oublie son format schématique du monstre de la semaine pour mieux se consacrer à des arcs au long cours. Les histoires plus indépendantes s’intègrent au fil rouge et ne servent pas qu’à du banal remplissage. Le rythme s’intensifie, les situations ne s’enlisent pas et tout avance vite. Rien que pour ces raisons, la saison s’avère supérieure à la précédente en dépit d’incohérences de parcours, de facilités et de quelques illogismes. Difficile alors de ne pas avoir envie d’enchaîner ces épisodes tour à tour énergiques, drolatiques, intrigants et touchants.

La poisseuse et pourtant si fascinante Gotham poursuit son inexorable déliquescence. Toutes les strates du pouvoir sont gangrénées de l’intérieur et l’espoir s’amenuise chez les habitants. Est-ce réellement possible de sortir de ce cycle infernal ? Pas un jour ne se passe sans qu’une multitude de crimes crapuleux ne s’abattent sur des innocents. Le problème ne vient-il pas plutôt des fondations de cette ville, elle qui cannibalise les locaux ? Dans ces quartiers à l’esthétique sublimée à l’écran, tous semblent finir par s’avilir, brouillant les frontières entre le bien et le mal. Si même la droiture d’un intègre Jim Gordon s’ébranle, comment résister ? Le futur commissaire et ami de Batman souffre toujours d’une envergure assez limitée et peine à fédérer. Harvey Bullock, son fidèle acolyte à la verve inénarrable dispose de moins de temps d’antenne, mais séduit davantage. C’est aussi l’occasion d’introduire au G.C.P.D. Nathaniel Barnes (Michael Chiklis – The Shield) et une unité d’élite ne servant à rien. Jim bataille ferme dans ces épisodes inédits et lutte sur tous les fronts. Des dirigeants corrompus l’empêchent de mener son travail à bien, les moyens policiers sont presque inexistants, la psychopathie d’une instable Barbara Kean trouble sa relation naissante avec le Dr Leslie Thompkins et ses accointances avec le Pingouin l’amènent à des actions radicales. La saison le dépeint perdu, navigant à vue et subissant nombre contrecoups. Sa pugnacité frôlant l’obsession dangereuse alimente les intrigues, voire les catalyse. La paix ne faisant pas partie du vocabulaire de Gotham, très vite, les clans mafieux se réorganisent, mais se voient quelque peu malmener par l’arrivée d’un notable cossu, Theo Galavan, et de sa sœur Tabitha (Jessica Lucas – Life As We Know It) ayant une appétence pour le fouet. Face aux concitoyens, cet individu sorti de nulle part milite pour des causes justes. Mais en vérité, il fomente des plans diaboliques conjuguant des forcenés d’Arkham, une congrégation religieuse fanatique, une adolescente manipulable et manipulatrice, et un riche hériter aspirant au respect de grandes valeurs morales. La première moitié de la saison s’attarde donc sur cet homme perfide solidement campé par James Frain (The Tudors). Capable du pire, il réussit à se jouer de tous et se rapproche de Bruce Wayne. Bien que le jeune garçon n’ait pas encore embrassé son rôle de justicier masqué, il représente le liant de toutes les intrigues. C’est sa famille qui obnubile Galavan et c’est aussi elle qui est à l’origine d’Indian Hill, le complexe rayonnant dans une seconde période.

La vengeance motive Galavan et voir ses machinations s’imbriquer les unes dans les autres se révèle plutôt plaisant, à défaut de créer une vraie surprise. Le scénario se développe effectivement de manière assez prévisible bien que la folie meurtrière des sbires du fieffé ennemi amuse. Il s’entoure d’aliénés échappés d’Arkham, dont Barbara, l’intéressant Jerome Valeska (Cameron Monaghan – Shameless) et quelques-uns plus anecdotiques. Cette bande incontrôlable sème la terreur, assassine de sang-froid et bouleverse de fond en comble la police. La série étonne en écartant rapidement certaines figures, mais à la réflexion, elle évite ainsi d’abattre toutes ses cartes attendues sur la table. Le milieu du crime ne peut donc se reposer sur ses lauriers et le Pingouin, croyant enfin régner en maître absolu, se retrouve pieds et poings liés. Cet homme dérangé confirme tout au long de la saison sa place indispensable dans la production. Outre l’interprétation de haute volée de Robin Lord Taylor, il n’a de cesse que de provoquer répulsion, fascination, pitié et amusement. Sa fort curieuse amitié à sens unique avec Jim lui confère une touche parfois émouvante. Le récit veille à approfondir sa psyché et sort d’un chapeau magique un de ses proches, mais cette intrigue densifie surtout le personnage et permet de voir Melinda Clarke dans le rôle d’une épouse vénéneuse. Alors qu’il cherche à conserver son trône et plonge dans une sorte de paranoïa, Oswald Cobblepot est pris à son propre piège et rencontre le charismatique psychiatre Hugo Strange. Sans le vouloir, le Pingouin finit toujours par emprunter une voie similaire à celle de Jim. Ou inversement. Gotham plaît par sa tendance à diversifier ses alliances. Ennemis un jour, complices le lendemain. À Arkham, l’atmosphère s’annonce lugubre, étouffante, presque sale. Toutefois, ses sous-sols abritant le complexe d’Indian Hill sont immaculés, d’un blanc clinique. De chaque cellule s’échappent des hurlements terrorisés, de colère et de frustration. Le fantastique s’intègre adroitement à la production à travers la science. Et pour cause, le médecin aux lunettes rondes et à la voix doucereuse parfaitement incarné par B. D. Wong (Oz) s’adonne à des expérimentations, modifie le génome humain, torture psychologiquement ses patients prisonniers, joue avec la mort. Le psychiatre se révèle délicieux à observer en raison de son flegme et des mystères qui l’entourent. Que fait-il réellement ? Qui l’emploie ? Quel est son lien avec les Wayne ? Tant de questions auxquelles Bruce veut des réponses. Coûte que coûte. Il refuse d’attendre encore et encore.

Depuis qu’il sait que son manoir abrite une pièce secrète, l’héritier des Wayne compte bien y pénétrer. Or, il n’y arrive pas malgré toutes ses tentatives. L’irruption du perspicace Lucius Fox (Chris Chalk – The Newsroom) lui est d’un grand secours et apporte une nouvelle pierre à l’édifice de la légende en construction. L’écriture abuse d’ailleurs par moments avec ses dialogues sur le destin de Bruce manquant de subtilité. Quoi qu’il en soit, celui-ci peut se reposer sur son fidèle majordome, toujours autant savoureux, mais également sur Jim pour qui il entretient de forts sentiments, et sur Selina, en dépit de son ambivalence si caractéristique. Au cours de la saison, Bruce essaye de lever le voile sur l’assassin de ses parents et commence à réaliser que rien n’est aussi simple, qu’il va devoir tempérer ses ardeurs, car la vérité se cache derrière un nombre incommensurable de portes et de voies sans issue. L’intrigue se déplace justement pas à pas vers une organisation secrète tirant les ficelles en arrière-plan, prête à tout pour parvenir à ses fins, inconnues de l’audience. Si le garçon a grandi trop vite pour son âge, il laisse transparaître de temps à autre qu’il est encore jeune, immature et impatient. Il s’aperçoit souvent trop tard que ses actions entraînent des conséquences et des dommages collatéraux. Bruce chemine et se dirige peu à peu vers sa Batcave, tout comme les grands méchants vers leur diabolique avenir. Edward Nygma est sans conteste le plus intéressant des ennemis à venir. Il embrasse pleinement sa double personnalité, utilise son intelligence à son potentiel et distille ses énigmes avec facétie. Sa fantaisie symbolise le registre choyé par Gotham, avec toujours cet humour déjanté en toile de fond. Victor Fries et Mr. Freeze (Nathan Darrow – House of Cards) figurent également dans le rang des individus les plus remarquables, surtout que cet antagoniste très refroidissant dispose d’un passé plus humain, tragique et presque compréhensible. Bref, ces aventures inédites veillent continuellement à rappeler la mythologie de Batman avec une fidélité plus ou moins fluctuante, l’idée étant de tirer parti de cet héritage touffu et d’insuffler sa touche attitrée.

Pour conclure, en se montrant plus feuilletonnante, mieux construite et homogène, la deuxième saison de Gotham surpasse sensiblement la première. La fiction ne se sépare pas de plusieurs de ses écueils et souffre parfois d’une certaine approximation et de grossières facilités, mais cela ne l’empêche nullement de proposer un divertissement avançant à un rythme soutenu où les grands et fantasques vilains sont aussi travaillés que les héros. Son ambiance entremêlant un délicieux humour noir et une ironie grinçante à un soupçon de folie cocasse amuse et injecte à l’ensemble une identité assumée. La série à la forme étudiée ne se prend effectivement pas vraiment au sérieux, sans pour autant sombrer dans une exubérance excessive ou oublier d’apporter à ses intrigues une tessiture plus dramatique et profonde. Certes, l’équilibre de ces épisodes ne repose souvent que sur un fil et la production ne paraît toujours pas pouvoir le tenir sur le long terme, mais autant en profiter tant que cela fonctionne.


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